Affirmation 1
« Refuser les aliments nouveaux est fréquent entre 2 et 6 ans. »
Vrai. La néophobie alimentaire est très répandue à cet âge, puis elle s’atténue en général. Elle ne dit rien de la façon dont vous élevez votre enfant.
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« Encore trois bouchées. » « Une pour papa, une pour mamie. » L’assiette repoussée, les petits pois triés un par un, la purée qui ne doit surtout pas toucher le poisson. Il ne veut que des pâtes, nature, et encore. Le dîner dure trois quarts d’heure, finit en larmes, et vous vous surprenez à cuisiner trois menus différents. Pendant ce temps, une grand-mère soupire que « de son temps, on finissait son assiette ». Entre 2 et 6 ans environ, se méfier des aliments nouveaux et n’accepter qu’une petite liste de plats est une étape très fréquente. La table devient un champ de bataille quand l’inquiétude des adultes et les refus de l’enfant se nourrissent l’un l’autre. Cette page explique ce qui se joue dans ces refus, ce que nous mettons nous-mêmes dans l’assiette, ce qui apaise les repas sans forcer, et à quels signes il faut s’inquiéter. Les questions de nutrition et de croissance, elles, sont suivies par le médecin.
Quand les parents nous disent « il ne mange rien », ils veulent souvent dire autre chose : il mange peu de ce qu’on aimerait le voir manger, il refuse ce qui est nouveau, il ne finit jamais son assiette, il s’en tient à quelques plats. Cette nuance compte, car elle décrit des situations très différentes, de la plus ordinaire à celle qui demande un avis.
La plus fréquente porte un nom : la néophobie alimentaire, c’est-à-dire la méfiance envers les aliments que l’on ne connaît pas. Elle apparaît souvent vers deux ans, à l’âge où l’enfant marche, explore et pourrait porter à sa bouche à peu près n’importe quoi ; on l’interprète volontiers comme une prudence ancienne, qui protégeait les tout-petits de ce qui pouvait être dangereux. Elle culmine en général entre 2 et 6 ans, puis s’atténue. Un enfant néophobe regarde, renifle, touche du bout de la fourchette, refuse. Ce n’est ni un caprice ni un défi : c’est une méfiance, au sens propre.
Les chercheurs distinguent de la néophobie ce qu’ils appellent l’enfant « difficile » ou sélectif : celui qui refuse aussi des aliments qu’il connaît, n’accepte qu’un nombre restreint de plats, et selon une préparation précise. Les deux se mélangent souvent. Une équipe française autour de Jérémie Lafraire s’est intéressée à ce qui se passe dans la tête de l’enfant devant son assiette : la façon dont il reconnaît et classe les aliments joue un rôle dans ses refus. Pour un enfant de trois ans, la courgette en rondelles et la courgette en purée peuvent être deux choses bien différentes ; le gratin d’hier, servi dans une autre assiette, peut redevenir suspect.
Ces refus sont donc souvent une étape. Ce qui les transforme en problème, ce sont surtout deux choses : un trouble réel chez l’enfant, dont nous parlons plus bas, ou un climat de tension qui s’installe autour de la table.
Le scénario est presque toujours le même. L’enfant refuse, le parent s’inquiète. Pour qu’il mange, on insiste : on compte les bouchées, on négocie, on promet le dessert, on fait l’avion avec la cuillère, on allume un dessin animé pour qu’il avale sans y penser, on se fâche. L’enfant, lui, sent la pression, et refuse davantage. Le parent s’inquiète encore plus. Au bout de quelques semaines, chacun arrive à table tendu, et le repas, censé être un moment partagé, devient le moment le plus redouté de la journée.
La pression ne marche pas, et c’est une équipe américaine qui l’a montré de façon très simple. En 2006, Amy Galloway et ses collègues ont proposé à des enfants de 3 à 5 ans une soupe, à plusieurs reprises. Certaines fois, on leur demandait de la finir ; d’autres fois, on ne leur demandait rien. Les enfants en ont mangé davantage quand on ne les pressait pas, et ils ont fait beaucoup plus de remarques négatives sur la soupe sous la pression : 157 contre 30. Insister fait manger moins, et aimer moins.
Il y a aussi, dans ces batailles, une question de pouvoir. Un jeune enfant décide de très peu de choses dans sa vie : on l’habille, on choisit ses horaires, on décide où il va. Ce qu’il avale, en revanche, personne ne peut le décider à sa place. La bouche fermée est l’un de ses rares territoires de souveraineté, et plus les adultes veulent y entrer, plus il le défend. La page mon enfant dit non à tout décrit ce besoin d’affirmation, qui trouve souvent la table comme terrain.
Cette jauge vous propose de prendre la température de vos repas, ces dernières semaines.
Si les refus d’un enfant à table touchent autant les parents, c’est que la nourriture n’est jamais seulement de la nourriture. Nous y mettons beaucoup de nous-mêmes, souvent sans le savoir. Quand un enfant repousse l’assiette, c’est parfois tout cela qu’il semble repousser.
Prenons un exemple fictif. Chez Samira et Léa, les dîners avec Nina, 4 ans, sont devenus pénibles. En parlant, Samira découvre que ce qui l’agace le plus, c’est que Nina refuse le couscous de sa mère, qu’elle prépare chaque dimanche « comme là-bas ». Léa, elle, a grandi dans une famille où l’on se taisait à table et où il fallait tout finir ; elle se surprend à répéter les phrases de son père. Aucune des deux ne s’en était rendu compte. Rien qu’en le nommant, les repas ont commencé à se détendre. Si vos propres rapports à la nourriture ou à votre corps vous pèsent, la page sur les troubles des conduites alimentaires peut vous intéresser pour vous-même.
Les repas difficiles n’ont pas tous la même cause. Ce petit questionnaire pédagogique vous aide à repérer la piste principale chez vous : une étape ordinaire, un bras de fer, l’inquiétude des adultes, ou des signes qui demandent un regard plus attentif.
Il n’y a pas de recette miracle. Mais certaines façons d’être à table font baisser la tension, et les familles qui les adoptent nous disent souvent que le reste suit, plus lentement qu’elles ne l’espéraient, mais plus sûrement.
Le changement le plus difficile est souvent intérieur : accepter de voir son enfant manger peu pendant quelques jours sans intervenir. C’est là que l’inquiétude des parents demande à être soutenue. Pour les liens entre alimentation, sommeil et humeur en général, la page sommeil, alimentation, écrans et émotions propose un autre éclairage.
Autour de la table familiale circulent beaucoup de certitudes, souvent transmises de génération en génération. Testez-en quelques-unes.
Affirmation 1
Vrai. La néophobie alimentaire est très répandue à cet âge, puis elle s’atténue en général. Elle ne dit rien de la façon dont vous élevez votre enfant.
Affirmation 2
Faux. Insister pour qu’un enfant finisse diminue souvent ce qu’il mange et le plaisir qu’il y prend, comme l’a montré une étude sur des enfants de 3 à 5 ans. Laisser l’enfant décider de la quantité l’aide au contraire à écouter sa faim.
Affirmation 3
Faux, du moins à long terme. Ce marché apprend surtout à l’enfant que le légume est une corvée et le dessert un trésor. Il peut avaler ce soir-là, mais il n’apprend pas à aimer ce qu’on lui demande.
Affirmation 4
C’est plus nuancé. C’est souvent vrai pour un enfant qui grandit bien et traverse une phase de refus. Ce n’est pas vrai pour un enfant qui a peur de manger, qui ne supporte pas certaines textures, ou dont le médecin suit le poids avec inquiétude : dans ces situations, attendre ne suffit pas.
Affirmation 5
Faux. La plupart des enfants élargissent leur répertoire avec le temps, surtout quand les repas restent des moments agréables. Beaucoup d’adultes qui mangent de tout ont été des enfants très sélectifs.
Affirmation 6
Vrai. La tension, les cris, l’attention portée sur chaque bouchée rendent le repas désagréable, et l’on mange mal quand on a l’estomac noué, à tout âge.
La croissance et le poids d’un enfant sont suivis par le médecin, qui peut dire si l’alimentation pose une question de santé ; une perte de poids, une fatigue inhabituelle ou un enfant qui boit à peine relèvent de lui sans attendre. Notre regard porte sur ce qui se passe autour et dans la tête de l’enfant. Plusieurs situations méritent qu’on ne se contente pas d’attendre.
Quand ces signes sont importants, on peut parler d’ARFID, sigle anglais du trouble de restriction ou d’évitement de l’ingestion d’aliments, décrit dans le DSM-5 en 2013. Il se distingue de l’anorexie mentale par le fait qu’il ne repose pas sur une préoccupation pour le poids ou l’apparence : l’enfant évite de manger par manque d’intérêt, par sensibilité aux caractéristiques des aliments, ou par peur de ce qui pourrait arriver en mangeant. La page ARFID et autres troubles alimentaires le décrit en détail. Chez un enfant plus grand ou un adolescent qui se met à restreindre par souci de son corps, c’est une autre question, abordée dans le dossier troubles des conduites alimentaires.
Situation
Côme a 8 ans. Il y a trois mois, il s’est étouffé avec un bonbon à la cantine ; un surveillant l’a aidé, tout s’est bien terminé. Depuis, il ne mange plus que des yaourts, des compotes et des soupes mixées. Il mâche très longtemps le moindre morceau, puis le recrache. Il refuse la cantine et les goûters d’anniversaire. Son père, qui l’élève seul, est épuisé et ne sait plus s’il doit insister ou attendre.
Quelle piste aiderait le plus Côme et son père ?
Le plus souvent, les parents viennent nous voir les premiers. Nous leur demandons de raconter un repas récent, minute par minute : qui est à table, ce qui est servi, ce que chacun dit, comment cela se termine, ce qu’ils ressentent pendant et après. Ce récit montre vite si l’on est face à une étape ordinaire alourdie par la tension, à un bras de fer, à une inquiétude parentale qui a besoin d’être entendue, ou à des signes qui demandent un regard plus spécialisé.
L’enfant, lui, rencontre notre pédopsychothérapeute dans un second temps, seul ou avec vous. La dînette et les poupées que l’on nourrit sont, chez les plus jeunes, une mine : on voit ce que l’enfant met en scène autour de la nourriture et du « manger ». Les outils de la TCC aident à desserrer la pression à table et, quand il y a peur ou sensibilité sensorielle, à avancer par étapes très progressives. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, explore ce que la nourriture porte dans cette famille, d’une génération à l’autre. Quand les difficultés ont commencé après un événement, comme un étouffement, un bilan psycho-traumatique peut précéder l’EMDR avec l’enfant, en séances de 80 minutes.
Si un fonctionnement autistique se pose comme question, un bilan par notre neuropsychologue, suivi d’un compte rendu écrit, peut éclairer la situation. Nous travaillons en lien avec le médecin qui suit l’enfant, avec l’accord de la famille. Si la table est devenue le lieu de toutes les tensions, nous pouvons réunir la famille pour des séances de 80 minutes. Ces séances peuvent avoir lieu au cabinet ou en téléconsultation. Le dossier Parent aborde d’autres moments sensibles de la vie de famille, et la page consulter pour un enfant présente notre façon de recevoir les plus jeunes.
C’est une situation très fréquente entre 2 et 6 ans. Plutôt que de lutter, gardez un repas commun où figure souvent un plat qu’il accepte, comme les pâtes, à côté des autres, sans l’obliger à goûter ni commenter ce qu’il mange. Laissez-le voir, toucher, aider à cuisiner. La croissance est suivie par le médecin, qui peut vous dire si cette sélectivité pose une question de santé. Si la liste rétrécit ou s’il panique devant d’autres aliments, il vaut la peine d’en parler.
L’obligation de goûter, même une seule bouchée, transforme souvent l’aliment en épreuve et le repas en négociation. Beaucoup d’enfants goûtent plus volontiers quand on ne leur demande rien, simplement parce que le plat est sur la table, que les adultes en mangent avec plaisir et qu’ils peuvent se servir eux-mêmes. On peut proposer, encourager, sans exiger. Un aliment souvent croisé, touché, préparé ensemble, finit par devenir moins étranger.
C’est très courant, et plutôt rassurant : il sait manger. À la cantine, il imite les autres enfants, personne ne surveille ses bouchées, et l’enjeu affectif est faible. À la maison, la table est chargée d’attentes, de fatigue, parfois de tensions, et c’est aussi le lieu où il peut affirmer ses refus. Alléger la pression à la maison, et lui laisser décider de la quantité, rapproche souvent les deux situations.
C’est le trouble de restriction ou d’évitement de l’ingestion d’aliments, décrit dans le DSM-5. L’enfant mange très peu ou très peu d’aliments différents, non par souci de son poids ou de son apparence, mais par manque d’intérêt pour la nourriture, par sensibilité aux textures, aux odeurs, aux couleurs, ou par peur, par exemple de s’étouffer ou de vomir. Ce trouble peut avoir des conséquences sur la santé, suivies par le médecin, et sur la vie sociale. Il se soigne, d’autant mieux qu’il est repéré tôt.
Parlez-leur en dehors des repas et hors de la présence de l’enfant, sans procès : ils agissent souvent par amour, selon ce qu’on leur a appris. Expliquez ce que vous avez choisi et pourquoi, par exemple que l’insistance fait manger moins, et demandez-leur de suivre la même règle chez eux. L’enfant supporte bien que les maisons soient un peu différentes, mais il a besoin que les adultes ne se contredisent pas devant lui à table.
Quand le médecin s’inquiète de son poids ou de sa croissance, quand l’enfant a peur de manger, a des haut-le-cœur devant certaines textures, quand la liste de ce qu’il accepte rétrécit, ou quand il ne peut plus manger ailleurs qu’à la maison. Et aussi quand les repas sont devenus un lieu de lutte qui épuise toute la famille. Un premier rendez-vous, avec ou sans l’enfant, au cabinet ou en téléconsultation, permet de faire le point.
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
Parler de ce qui se joue à votre table, alléger l’inquiétude qui l’entoure, choisir un premier changement : c’est souvent ce qu’apporte une première consultation. Vous pouvez venir seuls ou avec lui, au cabinet ou par écran interposé.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.