Adoption : l’attente, l’arrivée, et les questions de l’enfant
Il y a eu l’attente, parfois des années, avec ses espoirs et ses téléphones qui ne sonnent pas. Puis un jour, une photo, un prénom, une rencontre. Et ensuite, la vie réelle : un enfant qui ne dort pas, qui vous teste ou au contraire se colle à vous, un amour qui ne vient pas toujours d’un coup, et, quelques années plus tard, des questions auxquelles on s’était préparé sans jamais être prêt : « Pourquoi elle ne m’a pas gardé ? » « Tu n’es pas ma vraie mère. » Être parent par adoption, c’est être parent tout court, avec quelques chapitres en plus.
Cette page parle de ce que vivent les familles adoptives, de l’attente à l’adolescence : comment le lien se construit, pourquoi il prend du temps, comment raconter à l’enfant son histoire, que faire quand il met le lien à l’épreuve, et comment accompagner, plus tard, une recherche des origines. Elle ne traite d’aucune démarche : seulement de ce qui se passe entre vous.
L’attente d’une adoption : un temps suspendu, souvent solitaire
L’attente d’une adoption ne ressemble à aucune autre. Elle n’a pas de terme connu, pas de ventre qui s’arrondit pour la rendre visible aux autres, et souvent pas de mots tout faits pour en parler. On prépare une chambre pour un enfant dont on ne connaît ni l’âge exact, ni le visage. On répond aux questions des collègues (« alors, ça avance ? ») avec un sourire qui coûte. On apprend à ne pas trop espérer, puis on espère quand même.
Pour beaucoup de couples, cette attente vient après un autre parcours : des années d’essais, des traitements, des fausses couches, parfois la décision douloureuse de renoncer à une grossesse. Ce chagrin-là n’est pas toujours terminé quand l’adoption commence, et il revient parfois au moment où l’on s’y attend le moins : une annonce de grossesse dans la famille, une échographie sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas un signe que l’on adopte « par défaut » : on peut désirer profondément un enfant adopté et porter en même temps le deuil d’une grossesse qui n’a pas eu lieu. La page couple, enfants et famille parle de ce que ces épreuves font au couple.
Pour d’autres, l’adoption est un premier choix, ou un projet mené seul, ou celui d’un couple de deux hommes ou de deux femmes, ou encore l’accueil d’un enfant de la famille. Chacun de ces chemins a ses propres questions, mais on y retrouve souvent la même chose : le sentiment de devoir prouver qu’on fera un bon foyer, et la peur, rarement dite, de ne pas réussir à aimer cet enfant comme on l’imagine.
Quand l’attente envahit tout, au point que l’on ne vit plus que pour le téléphone, que le couple ne parle plus que de cela, ou que l’angoisse empêche de dormir, il est utile d’en parler. Non pour « aller mieux avant l’arrivée », mais parce que ce temps-là fait partie de votre histoire de parents, et qu’il mérite d’être vécu plutôt que seulement subi.
La rencontre : quand l’amour ne vient pas d’un coup
On s’est souvent représenté la rencontre comme un coup de foudre : l’enfant qui tend les bras, les larmes de joie, la certitude immédiate. Cela arrive. Mais il arrive aussi, très souvent, que les premiers jours soient étranges, épuisants, ou simplement vides d’émotion. L’enfant pleure dans les bras de ses nouveaux parents et se calme dans ceux d’une inconnue. Il refuse de manger, ou mange sans s’arrêter. Il dort à peine, ou dort tout le temps. Il sourit à tout le monde de la même façon, comme s’il ne faisait pas encore la différence.
Les parents, eux, peuvent se sentir comme devant un étranger qu’on leur aurait confié. « Je m’en occupais très bien, mais je ne ressentais rien », nous disent certains, avec une honte immense. Cette honte est inutile : le lien entre un parent et un enfant, qu’il soit né de soi ou non, se tisse dans la répétition des soins, des regards et des nuits. Il faut du temps pour que cet enfant devienne le vôtre, et pour que vous deveniez les siens. Les parents qui ont attendu longtemps sont parfois les plus déstabilisés, parce que l’écart entre l’enfant rêvé et l’enfant réel est plus grand. La page quand le lien tarde à venir décrit ce même mouvement chez les parents de nouveau-nés.
Il faut aussi se rappeler ce que l’enfant vient de vivre. Même très jeune, il a perdu tout ce qu’il connaissait : des voix, des odeurs, une langue parfois, un lit, des personnes qui s’occupaient de lui. Ce qui est pour vous une arrivée est pour lui, d’abord, une séparation. Ses réactions des premières semaines parlent souvent de cette perte, et pas d’un refus de vous.
L’attachement d’un enfant adopté : il prend du temps, et il se rattrape beaucoup
Il y a une très bonne nouvelle, solidement établie par la recherche, que l’on oublie parfois de dire aux parents adoptifs. En 2006, deux chercheurs néerlandais, Marinus van IJzendoorn et Femmie Juffer, ont rassemblé dans une grande synthèse des centaines d’études portant sur des enfants adoptés. Leur conclusion tient dans le titre même de leur article : l’adoption est une intervention, et elle produit un « rattrapage massif ». Comparés aux enfants restés en institution ou dans des conditions difficiles, les enfants adoptés progressent nettement dans presque tous les domaines du développement. Le rattrapage reste incomplet dans certains domaines, notamment la croissance et l’attachement, et il est, dans plusieurs domaines, plus complet quand l’adoption a lieu avant un an.
Concrètement, cela veut dire deux choses. D’abord, que l’attachement d’un enfant adopté peut devenir sûr, même quand il est arrivé grand, même quand les débuts ont été difficiles. Ensuite, que cela prend du temps, et que certains enfants gardent plus longtemps une forme de vigilance : peur des séparations, besoin de contrôler, difficulté à se laisser consoler, ou au contraire familiarité excessive avec des inconnus.
Ce qui aide l’attachement à se construire n’a rien de spectaculaire. La prévisibilité d’abord : les mêmes adultes, les mêmes rituels, les mêmes réponses. La proximité ensuite : dans les premiers mois, rester très présent, limiter le nombre de personnes qui s’occupent de l’enfant, retarder un peu les gardes et les visites de toute la famille. L’acceptation des régressions enfin : un enfant de quatre ans qui réclame un biberon ou veut être porté comme un bébé rattrape peut-être un temps de soins qui lui a manqué. Ce n’est pas un retour en arrière, c’est souvent une façon de commencer par le début avec vous.
Quand un enfant a vécu, avant son adoption, des négligences, des violences ou des séparations répétées, les blessures d’attachement peuvent être plus profondes. Elles se travaillent, avec l’enfant et avec ses parents : la page EMDR et traumatisme d’attachement explique comment.
Comment dire à un enfant qu’il a été adopté : tôt, vrai, et avec des mots
La question n’est plus vraiment de savoir s’il faut le dire : les enfants adoptés qui apprennent leur adoption tard, par hasard ou par un tiers, en gardent souvent un sentiment de trahison qui dépasse de loin la nouvelle elle-même. La question est de savoir comment, et quand. Notre réponse : dès le début, avant même que l’enfant puisse comprendre, et ensuite toute la vie, à chaque âge avec de nouveaux mots.
Dire tôt permet d’abord aux parents de s’entraîner. Raconter à un bébé de six mois « le jour où nous t’avons rencontré » peut sembler inutile ; c’est en réalité une façon d’apprivoiser des mots qui, plus tard, viendront plus facilement. Et l’enfant grandit dans une histoire qu’il a toujours entendue, au lieu de la découvrir un jour comme un secret.
Les chercheurs qui se sont intéressés à la façon dont les familles parlent de l’adoption ont mis en évidence un point important. Le psychologue américain David Brodzinsky a distingué deux formes d’ouverture : l’ouverture « structurelle », c’est-à-dire le degré de contact avec la famille de naissance, et l’ouverture « de communication », c’est-à-dire la liberté avec laquelle on peut parler de l’adoption à la maison, avec les émotions qui vont avec. Dans ses travaux, une plus grande ouverture de communication était associée, chez les enfants, à une meilleure estime de soi et à moins de difficultés de comportement. Autrement dit, ce qui compte d’abord n’est pas tant ce que l’on sait des origines que la possibilité d’en parler.
Une histoire du soir comme les autres. « Avant de nous connaître, tu as grandi dans le ventre d’une autre dame. Elle s’appelait Nadia. Après ta naissance, elle n’a pas pu s’occuper de toi. Nous, on t’attendait depuis longtemps. Le jour où on t’a vu, tu portais un pyjama vert. » Les mots exacts comptent moins que le ton : un récit tranquille, répété, sans gêne. Un album avec les photos de son arrivée, et ce que l’on sait d’avant, l’aidera à s’en saisir peu à peu.
Les premières questions, souvent sur le ventre. Vers trois ou quatre ans, l’enfant s’intéresse à la naissance des bébés. C’est le moment de dire clairement : « Tous les enfants grandissent dans le ventre d’une femme. Toi, tu as grandi dans le ventre de Nadia. Moi, je suis ta maman pour toujours, et tu n’es pas né de mon ventre. » Il peut le redemander souvent, en parler à l’école, le dire à un inconnu à la boulangerie : il essaie l’histoire, comme on essaie un vêtement. À cet âge, il comprend surtout qu’il a une histoire particulière, sans encore en mesurer la perte.
Comprendre qu’être adopté, c’est aussi avoir été séparé. C’est souvent à l’âge de l’école que l’enfant saisit l’autre face de l’histoire : pour être adopté, il a d’abord fallu ne pas être gardé. Viennent alors les questions difficiles : « Pourquoi elle ne m’a pas gardé ? » « Est-ce qu’elle pense à moi ? » « Est-ce que j’ai été méchant ? » On répond avec ce que l’on sait, sans inventer, sans juger et sans idéaliser : « Elle n’a pas pu s’occuper d’un bébé. Ce n’était pas à cause de toi. Un bébé ne peut rien faire pour être abandonné. » Une tristesse, une colère ou des questions répétées à cet âge ne signifient pas que vous avez mal expliqué : elles signifient que l’enfant comprend mieux.
Tout dire, y compris ce qui est dur. L’adolescent a le droit de connaître ce qui figure dans son histoire, y compris les éléments douloureux, dits avec tact. Il peut vouloir en parler beaucoup, ou plus du tout, ou seulement avec quelqu’un d’extérieur. Vous pouvez lui dire que ses questions ne vous blessent pas, que ses origines lui appartiennent, et que vous serez là s’il souhaite un jour en savoir plus. Nous revenons plus bas sur ce moment particulier.
Deux pièges à éviter, quel que soit l’âge : dénigrer la famille de naissance (l’enfant entend qu’une part de lui est mauvaise) et l’idéaliser (il entend qu’il a perdu un paradis). Entre les deux, il y a la place pour des faits, des incertitudes reconnues, et le respect. La psychanalyste Françoise Dolto plaidait déjà, dans Tout est langage, pour que l’on parle vrai aux enfants des situations qui les concernent, l’adoption comprise.
Vrai ou faux : six idées reçues sur l’adoption
Ces phrases, les familles adoptives les entendent souvent, dans leur entourage ou dans leur propre tête.
Affirmation 1
« Adopté bébé, il ne se souviendra de rien, donc son histoire ne compte pas. »
Faux. Il ne s’en souviendra pas avec des mots, mais ses premiers mois ont compté, et il découvrira un jour qu’il a eu une vie avant vous. Mieux vaut que cette histoire lui vienne de vous, dite tôt et sans gêne.
Affirmation 2
« Il vaut mieux attendre qu’il pose des questions pour lui parler de son adoption. »
Faux. Certains enfants ne posent jamais de questions, justement parce qu’ils sentent que le sujet est difficile pour leurs parents. C’est à l’adulte d’ouvrir la porte, et de la rouvrir régulièrement.
Affirmation 3
« Un attachement solide peut se construire même après une arrivée tardive. »
Vrai. Les grandes synthèses de la recherche montrent un rattrapage important chez les enfants adoptés, plus complet quand l’adoption est précoce, mais réel aussi plus tard. Il demande du temps, de la constance, et parfois un accompagnement.
Affirmation 4
« S’il cherche ses origines, c’est que nous avons raté quelque chose. »
Faux. Le désir de connaître ses origines est très fréquent, y compris chez des adolescents et des adultes très attachés à leurs parents. Il parle de la question « d’où je viens », pas d’un manque d’amour pour ceux qui l’ont élevé.
Affirmation 5
« Les difficultés d’un enfant adopté viennent de son adoption. »
C’est plus nuancé. Tout n’est pas l’adoption : un enfant adopté peut avoir un TDAH, une anxiété, un haut potentiel, des chagrins d’enfant ordinaires. Mais rien n’est tout à fait sans elle non plus. Un bilan aide à démêler ce qui relève de l’histoire et ce qui relève d’autre chose.
Affirmation 6
« Un parent adoptif a le droit d’être épuisé, déçu, et même de regretter par moments. »
Vrai. Comme tous les parents. L’ambivalence est une part ordinaire de la vie de parent ; elle est simplement plus difficile à avouer quand on a tant désiré cet enfant. La dire à quelqu’un aide à ne pas la faire porter à l’enfant.
« Tu n’es pas ma vraie mère » : quand l’enfant met le lien à l’épreuve
La phrase arrive presque toujours au pire moment : au milieu d’une dispute sur les écrans, après un refus de goûter chez une copine, un soir où vous êtes à bout. « Tu n’es pas mon vrai père. » « Ma vraie mère, elle, m’aurait laissé. » Elle fait l’effet d’une gifle, et elle est faite pour cela. Mais elle n’est pas d’abord un jugement sur vous.
Tous les enfants, adoptés ou non, s’inventent un jour d’autres parents. Freud a décrit ce phénomène dans un court texte de 1909, « Le roman familial des névrosés » : vers l’âge où il découvre que ses parents ne sont pas parfaits, l’enfant imagine qu’il est en réalité l’enfant d’autres parents, plus nobles, plus riches, plus aimants. C’est une étape ordinaire de la séparation psychique. Pour un enfant adopté, la particularité est que ces autres parents existent vraiment. Le fantasme s’appuie sur une réalité, et il peut prendre plus de place, ou faire plus peur.
Il y a aussi, chez certains enfants qui ont connu des ruptures, un besoin de vérifier que le lien tient. Comme s’ils se demandaient : « Si je suis odieux, est-ce que vous allez me laisser, vous aussi ? » Les provocations, les rejets, les comportements qui semblent tout faire pour être renvoyé sont souvent des tests, et le seul moyen de les réussir est de ne pas lâcher. Ni en se vengeant, ni en se laissant tout faire : en restant là, et en tenant les limites.
Concrètement, face à « tu n’es pas ma vraie mère », on peut répondre calmement : « Je suis ta mère pour de vrai, pour toujours. Tu as aussi une mère de naissance, et c’est vrai qu’elle compte. Là, tu es très en colère contre moi, et tu as le droit. Mais ça ne change pas la règle. » Puis, plus tard, au calme, revenir sur la phrase : « Tout à l’heure, tu as parlé de ta mère de naissance. Tu y penses souvent ? » C’est parfois le début d’une conversation que l’enfant ne savait pas comment ouvrir. Pour tenir la règle sans crier, la page poser des limites à son enfant peut aider.
Exemple fictif : Lina, 6 ans, arrivée à 3 ans
Lina et sa famille sont inventées. Leur histoire rassemble des éléments que nous retrouvons souvent.
Situation
Lina est arrivée dans sa famille à trois ans, après deux ans en pouponnière dans un autre pays. Trois ans plus tard, elle est très collée à son père, mais rejette sa mère, Sophie : elle refuse ses câlins, la tape quand elle vient la chercher à l’école, et lui a crié la semaine dernière : « Je veux retourner là-bas, tu n’es pas ma maman. » Sophie, épuisée, a fini par répondre : « Eh bien vas-y. » Elle ne dort plus depuis, persuadée d’avoir tout gâché.
Qu’est-ce qui pourrait le plus aider cette famille ?
Beaucoup de parents adoptifs vivent ce moment où ils disent, à bout, la phrase qu’ils s’étaient juré de ne jamais prononcer. Elle se répare, à condition de ne pas faire comme si elle n’avait pas été dite.
À l’adolescence : « D’où je viens ? » revient autrement
L’adolescence est, pour tous, l’âge où l’on se demande qui l’on est. Pour un adolescent adopté, cette question en contient une autre : de qui je tiens ce visage, ce caractère, cette colère ? Il peut se mettre à scruter son reflet, à chercher des ressemblances qu’il ne trouve pas, à s’inventer des origines, ou à rejeter tout ce qui vient de sa famille adoptive. Certains se passionnent pour leur pays de naissance, sa langue, sa cuisine ; d’autres refusent d’en entendre parler.
Quand l’adoption est visible, parce que l’enfant n’a pas la même couleur de peau que ses parents, l’adolescence est aussi l’âge où il découvre le regard des autres sans la protection de l’enfance : contrôles, remarques, racisme ordinaire, questions incessantes sur « ses vrais parents ». Ses parents ne vivent pas ces expériences, et il faut parfois du courage pour reconnaître qu’on ne peut pas tout comprendre de ce que vit son enfant. L’écouter sans minimiser (« ce n’est pas méchant ») est déjà beaucoup.
La colère de l’adolescent peut aussi se tourner contre l’adoption elle-même : « Vous m’avez acheté », « Vous m’avez pris à ma famille ». Ces phrases, souvent violentes, disent une tentative de se réapproprier son histoire. Elles méritent mieux qu’une justification : une écoute, et parfois le relais de quelqu’un d’extérieur. Les tempêtes ordinaires de l’adolescence, qui n’ont rien à voir avec l’adoption, sont décrites dans la page les émotions des adolescents.
La recherche des origines : accompagner sans se sentir menacé
Un jour, votre enfant, adolescent ou adulte, vous dira peut-être qu’il veut savoir. Retrouver une trace, un nom, un lieu, peut-être une personne. Avec les réseaux sociaux et les tests génétiques vendus en ligne, cette recherche peut aussi commencer sans vous, et aller beaucoup plus vite qu’autrefois. Pour les parents, c’est souvent un moment de grande vulnérabilité : peur d’être remplacés, d’être moins aimés, de voir leur enfant blessé par ce qu’il trouvera.
Ces peurs sont légitimes, et il vaut mieux les dire à quelqu’un qu’à votre enfant. Car ce qui l’aide le plus, c’est de sentir qu’il peut chercher sans trahir. Un adolescent ou un adulte qui doit mener sa recherche en cachette, pour protéger ses parents, la vit souvent plus difficilement, et seul quand elle tourne mal.
Il faut aussi préparer la possibilité d’une déception : un dossier vide, une personne introuvable, une rencontre qui ne ressemble pas à ce que l’on espérait, ou au contraire une famille de naissance qui attend beaucoup trop. Ces moments réveillent souvent la blessure de la première séparation, et ils méritent un accompagnement, pour l’enfant devenu grand comme pour ses parents. La page les deuils sans mort parle de ces pertes que l’on porte sans enterrement.
Les parents qui doutent : « Est-ce qu’on a bien fait ? »
Il existe un silence particulier chez les parents adoptifs : celui des difficultés qu’on n’ose pas avouer. On a tant voulu cet enfant, on a tant dû convaincre de sa capacité à l’élever, que dire « je n’y arrive pas » semble impossible. Alors on se tait, devant la famille qui pense que « ces enfants-là ont des problèmes », devant les amis qui ne comprennent pas, parfois même devant son conjoint.
Pourtant, les doutes sont fréquents : le sentiment de ne pas être un « vrai » parent, l’impression que l’enfant aurait été mieux ailleurs, la jalousie envers la famille de naissance, la culpabilité de ne pas l’aimer « assez », la fatigue devant un enfant qui demande beaucoup plus que prévu. Ils ne disent rien de votre légitimité. Ils disent qu’être parent est difficile, et que l’adoption ajoute des couches. La page la culpabilité des parents aide à faire le tri entre ce qui vous revient et ce qui ne vous revient pas.
Et parfois, l’arrivée d’un enfant réveille chez les parents leur propre histoire : une enfance où l’on a soi-même manqué de quelque chose, un deuil, une séparation. Les cris de l’enfant appuient exactement là. Faire un travail pour soi n’est pas un aveu d’échec : c’est souvent ce qui permet de redevenir disponible pour lui.
Faire le point : qu’est-ce qui occupe votre famille en ce moment ?
Ce petit outil n’évalue ni votre enfant, ni vous. Il vous aide à voir, d’un coup d’œil, ce qui prend le plus de place dans votre vie de famille aujourd’hui. Réglez chaque curseur selon ce que vous vivez ces dernières semaines.
Gardez en tête que ces dimensions se répondent : un enfant qui teste le lien fatigue les parents, la fatigue tend le couple, et le couple tendu rend le lien plus difficile à tenir. Agir sur une seule d’entre elles soulage souvent les autres.
Ce que nous proposons aux familles adoptives
Au cabinet, une famille adoptive est d’abord une famille : nous ne réduisons pas tout ce qui s’y passe à l’adoption, mais nous ne l’oublions jamais. Selon les moments, plusieurs formes d’aide sont possibles, souvent combinées.
Pour l’enfant. Notre pédopsychothérapeute reçoit les plus jeunes avec le jeu, le dessin et les histoires, qui leur permettent de raconter ce qu’ils n’ont pas de mots pour dire, et d’élaborer leur histoire à leur rythme. Un adolescent a son propre espace de parole, seul ; ses parents sont reçus séparément, à d’autres moments.
Pour les blessures anciennes. Quand l’histoire d’avant l’adoption comporte des ruptures, des négligences ou des scènes traumatiques, l’EMDR, adaptée aux enfants avec des dessins et des histoires, peut aider à apaiser ce qui reste à vif. Un bilan psycho-traumatique peut être utile avant de commencer.
Pour la famille. Des séances de famille de 80 minutes, au cabinet ou en téléconsultation, permettent de travailler le lien, les places de chacun, les phrases qui blessent et celles qui réparent.
Pour les parents. Des séances pour vous seuls, quand l’enfant refuse de venir, ou quand vous avez besoin d’un lieu pour vos doutes, votre fatigue, votre histoire. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, aide à comprendre ce que cet enfant-là réveille chez vous, et les outils de la TCC donnent des prises concrètes sur le quotidien.
Quand l’école coince. Notre neuropsychologue peut réaliser un bilan neuropsychologique (attention, mémoire, raisonnement) pour comprendre des difficultés d’apprentissage, et notre psychothérapeute un bilan psychologique ; chaque bilan donne lieu à un compte rendu écrit.
Il arrive que notre psychothérapeute propose à la neuropsychologue de participer à certaines séances, quand les difficultés de l’enfant touchent à la fois l’histoire et les apprentissages. Vous pouvez venir à deux, ou avec la personne de votre choix, au premier rendez-vous, qui ne vous engage à rien.
Questions fréquentes
À quel âge dire à un enfant qu’il a été adopté ?
Le plus tôt possible, avant même qu’il puisse comprendre. Raconter son histoire à un bébé permet aux parents d’apprivoiser les mots, et l’enfant grandit ensuite dans un récit qu’il a toujours entendu, plutôt que de le découvrir un jour comme un secret. On reprend ensuite l’histoire à chaque âge, avec plus de détails et de nouvelles questions. Les enfants qui apprennent leur adoption tard ou par hasard en gardent souvent un sentiment de trahison.
Comment répondre à mon enfant qui me dit « tu n’es pas ma vraie mère » ?
Calmement, sans contre-attaquer : « Je suis ta mère pour de vrai, pour toujours. Tu as aussi une mère de naissance, et elle compte. Là, tu es en colère contre moi, et tu as le droit, mais ça ne change pas la règle. » Puis, plus tard, au calme, revenir sur la phrase pour lui demander s’il pense souvent à sa mère de naissance. Cette phrase est souvent un test du lien, ou une porte vers son histoire.
Est-ce normal de ne pas ressentir d’amour tout de suite pour un enfant adopté ?
Oui, c’est fréquent. Le lien entre un parent et un enfant, qu’il soit né de soi ou non, se construit dans la répétition des soins, des regards et des nuits. Beaucoup de parents adoptifs s’occupent très bien de leur enfant les premières semaines sans ressentir l’émotion qu’ils attendaient, puis la voient venir peu à peu. Si l’absence de lien dure, ou s’accompagne de tristesse ou d’épuisement, il est utile d’en parler.
En lui montrant qu’il peut chercher sans vous trahir. Gardez vos peurs pour un lieu où les déposer, et restez disponible pour l’aider, s’il le souhaite. Préparez aussi avec lui la possibilité d’une déception : un dossier vide, une personne introuvable, une rencontre différente de ce qu’il espérait. Ces moments réveillent souvent des blessures anciennes, et un accompagnement peut aider l’enfant devenu grand comme ses parents.
Un enfant adopté a-t-il plus de risques d’avoir des difficultés ?
Certains enfants adoptés, surtout ceux qui ont vécu des carences ou des ruptures avant leur adoption, rencontrent plus de difficultés d’attachement, d’apprentissage ou de comportement. Mais la recherche montre aussi un rattrapage massif après l’adoption, dans presque tous les domaines du développement, plus complet quand elle est précoce. Beaucoup d’enfants adoptés vont bien. Quand des difficultés apparaissent, un bilan aide à comprendre ce qui relève de l’histoire et ce qui relève d’autre chose.
Comment parler de sa famille de naissance à un enfant adopté ?
Avec des faits, sans juger et sans idéaliser. On dit ce que l’on sait, on reconnaît ce que l’on ne sait pas, et on évite à la fois le dénigrement (l’enfant entend qu’une part de lui est mauvaise) et l’idéalisation (il entend qu’il a perdu un paradis). Une phrase comme « elle n’a pas pu s’occuper d’un bébé, et ce n’était pas à cause de toi » répond souvent à la question qu’il n’ose pas poser.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
van IJzendoorn, M. H., et Juffer, F. (2006). « The Emanuel Miller Memorial Lecture 2006: Adoption as intervention. Meta-analytic evidence for massive catch-up and plasticity in physical, socio-emotional, and cognitive development ». Journal of Child Psychology and Psychiatry, 47(12), 1228-1245. doi.org/10.1111/j.1469-7610.2006.01675.x
Brodzinsky, D. (2006). « Family structural openness and communication openness as predictors in the adjustment of adopted children ». Adoption Quarterly, 9(4), 1-18. doi.org/10.1300/J145v09n04_01
Freud, S. (1909). « Le roman familial des névrosés ». Texte paru dans Otto Rank, Le Mythe de la naissance du héros.
Dolto, F. Tout est langage. Paris : Gallimard, 1995 (première édition en 1987).
Que vous soyez dans l’attente, dans les premiers mois, face aux questions d’un enfant ou d’un adolescent, ou devant une recherche des origines, un premier rendez-vous permet de faire le point avec vous et de proposer ce qui convient à chacun. Au cabinet ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.