« Je ne ressens rien pour mon bébé » : quand le lien tarde à venir
Vous attendiez une vague d’amour, et rien n’est venu. Vous faites tout : les biberons ou les tétées, les bains, les nuits. Mais quand vous le regardez, vous ne ressentez pas ce que les autres décrivent, ce que les films promettent, ce que vos amies racontent les larmes aux yeux. Alors vous vous taisez, de peur de passer pour un monstre. Ne rien ressentir pour son bébé, au début, est bien plus fréquent qu’on ne le dit, et cela ne prédit pas l’amour qui viendra. Le lien n’est pas un éclair : c’est un tissage, qui prend chez certains quelques heures, chez d’autres quelques mois. Cette page explique pourquoi il tarde parfois, ce qui l’aide à se faire, et quand il est utile d’en parler.
Non, pas en soi. En 1980, deux chercheurs britanniques, Kay Robson et Channi Kumar, ont interrogé des mères sur leurs premiers jours. Environ quatre mères sur dix qui accouchaient pour la première fois, et une sur quatre parmi celles qui avaient déjà des enfants, se souvenaient que leur première réaction, en tenant leur bébé, avait été l’indifférence. La plupart avaient vu naître leur affection dans la semaine qui suivait. Les chercheurs notaient aussi que ce démarrage lent était plus fréquent après un travail très douloureux ou éprouvant. Autrement dit, le « rien » des premières heures est une expérience répandue, que l’on tait parce qu’elle ne ressemble pas au récit attendu.
Chez certains parents, l’attachement met plus longtemps : des semaines, parfois quelques mois. Ce délai a presque toujours des raisons, que nous verrons plus bas : l’épuisement, une naissance difficile, un bébé hospitalisé, une dépression, une histoire personnelle qui se réveille. Il ne dit rien de définitif sur la relation que vous aurez avec votre enfant. Et pendant ce temps, quelque chose se passe déjà : un parent qui nourrit, change, berce et veille, même sans rien ressentir, offre à son bébé ce dont il a besoin. Le lien commence souvent dans les gestes avant de s’installer dans le cœur.
Ce qui mérite attention, ce n’est donc pas le vide des premiers jours. C’est un vide qui dure, qui s’accompagne de tristesse, d’angoisse, de colère ou de rejet, ou qui vous fait redouter de rester seul avec le bébé. Ces situations ne sont pas rares non plus, et elles se soignent.
À retenir
Beaucoup de parents ne ressentent rien de particulier en découvrant leur bébé ; l’attachement vient souvent dans les jours, parfois dans les mois qui suivent.
Il n’existe pas de « fenêtre » unique après la naissance : un lien qui commence plus tard n’est pas un lien raté.
Les soins donnés sans émotion sont déjà une forme de présence pour le bébé.
Un vide qui dure, avec tristesse, rejet ou peur d’être seul avec l’enfant, mérite une consultation : cela se travaille, pour vous et pour lui.
Le coup de foudre à la naissance : un récit qui fait du tort
Le récit est partout : le bébé posé sur le ventre, les larmes, l’amour immédiat et total. Il existe, bien sûr, et certains parents le vivent ainsi. Mais présenté comme la règle, il transforme une expérience banale, ne rien ressentir tout de suite, en échec personnel.
Ce récit a aussi une histoire scientifique. En 1976, deux pédiatres américains, Marshall Klaus et John Kennell, ont publié un livre qui a beaucoup marqué les maternités, Maternal-Infant Bonding. Ils y décrivaient une période sensible, dans les heures qui suivent la naissance, pendant laquelle le contact entre la mère et le bébé serait décisif pour l’attachement. Leurs travaux ont contribué à changer les pratiques : on sépare moins volontiers les bébés de leurs parents, et c’est un progrès. Mais l’idée d’une fenêtre unique, que l’on pourrait « rater », reposait sur de petits échantillons, et les auteurs eux-mêmes l’ont nuancée dans une édition révisée, en 1982, intitulée cette fois Parent-Infant Bonding.
Les parents de bébés nés prématurément, séparés d’eux pendant des semaines, les pères tenus à l’écart des salles de naissance pendant des générations, les parents qui adoptent un enfant de deux ou cinq ans le savent d’expérience : l’attachement ne se joue pas en une heure. Il se construit dans la répétition des soins, des regards, des retrouvailles, et il peut commencer à tout moment.
Comment le lien se tisse : ce que Winnicott et Daniel Stern ont observé
Le pédiatre et psychanalyste anglais Donald Winnicott a décrit en 1956 un état qu’il a appelé la préoccupation maternelle primaire : une sensibilité accrue qui se développe vers la fin de la grossesse et dure quelques semaines après la naissance, pendant lesquelles la mère, absorbée par son bébé, devient capable de deviner ses besoins presque avant qu’il les exprime. Il la comparait à un état proche de la maladie, dont on se remet ensuite. Ce que l’on cite moins souvent, c’est que Winnicott ne la tenait pas pour automatique : il connaissait des femmes, très bonnes mères par ailleurs, qui n’y parvenaient pas, ou qui y parvenaient avec un enfant et pas avec un autre. Nous observons d’ailleurs quelque chose de très proche chez les pères et les coparents qui s’occupent beaucoup du nouveau-né. La page consacrée à Winnicott présente son œuvre plus largement.
Le psychiatre et psychanalyste américain Daniel Stern, qui a passé des années à filmer et à observer les échanges entre les parents et les bébés, a décrit dans The Motherhood Constellation, en 1995, l’organisation psychique particulière des premiers mois. L’une des questions qui occupent alors la mère, et l’autre parent, touche à la relation elle-même : saurai-je entrer en lien avec ce bébé, le comprendre, l’aimer à ma façon ? Stern a surtout montré que le bébé n’est pas un récipient passif : il regarde, détourne les yeux, imite, puis sourit, et ces réponses nourrissent le parent à leur tour. Les premiers sourires adressés apparaissent souvent vers six semaines, et beaucoup de parents nous racontent que quelque chose s’est ouvert le jour où leur enfant les a vraiment regardés.
Le lien n’est donc pas un interrupteur, ouvert ou fermé. C’est un mouvement qui passe par plusieurs étapes, dans un ordre qui varie. Faites glisser le curseur vers ce qui ressemble le plus à ce que vous vivez aujourd’hui.
rien encorepar momentsune évidence
Pourquoi le lien avec le bébé tarde parfois : six raisons fréquentes
Quand l’attachement se fait attendre, ce n’est presque jamais un manque de cœur. Le plus souvent, quelque chose occupe la place que le lien devrait prendre. Choisissez un onglet.
L’épuisement. Des nuits en morceaux, un corps qui se remet, des journées sans fin. Le manque de sommeil émousse toutes les émotions, les bonnes comme les mauvaises. Beaucoup de parents décrivent un brouillard dans lequel ils fonctionnent « en pilote automatique ». Quand le sommeil revient un peu, la tendresse revient souvent avec lui. La page les premiers mois avec bébé décrit ce brouillard et ce qui peut l’alléger.
Une naissance difficile. Une césarienne en urgence, une anesthésie générale, une hémorragie, une peur intense pour sa vie ou celle du bébé. Quand la naissance a été vécue comme un choc, le psychisme se protège en mettant les émotions à distance, et le bébé peut rester associé, sans qu’on le veuille, à ce moment terrible. Ce n’est pas lui que l’on rejette : c’est la scène qui n’est pas digérée. La page accouchement difficile ou traumatique y est consacrée.
Un bébé hospitalisé. Prématurité, détresse à la naissance, réanimation : le bébé est derrière une vitre, entouré de machines, soigné par d’autres. Les parents ont peur de s’attacher à un enfant qu’ils pourraient perdre, et se sentent spectateurs. De retour à la maison, certains ont l’impression de découvrir un inconnu. Ce décalage est normal ; il se rattrape, et les semaines d’hôpital méritent souvent d’être racontées et apaisées.
Une dépression. La dépression du post-partum, qui peut toucher les mères comme les pères, éteint précisément la capacité à ressentir du plaisir et de la tendresse. Le vide envers le bébé en est parfois le premier signe, avec la culpabilité, l’épuisement qui ne cède pas et l’impossibilité de dormir même quand on le pourrait. Soigner la dépression, c’est aussi libérer le lien. Voir la dépression périnatale.
Une histoire personnelle. Avoir manqué de tendresse enfant, avoir eu une mère distante ou un père violent, avoir été placé, avoir perdu un parent tôt : tout cela peut rendre l’attachement à son propre enfant à la fois désiré et effrayant. On ne sait pas toujours comment faire ce qu’on n’a pas reçu, et la proximité d’un bébé peut réveiller de vieilles douleurs. La page EMDR et traumatisme d’attachement explique comment ces blessures se travaillent.
L’écart avec le bébé imaginé. Pendant la grossesse ou l’attente, on se fabrique un enfant intérieur : une fille, un bébé calme, quelqu’un qui ressemblerait à un grand-père aimé. L’enfant réel arrive avec son sexe, son visage, son tempérament, parfois une maladie ou un handicap. Rencontrer celui qui est là demande de faire le deuil du bébé rêvé, et ce deuil prend du temps. Il n’a rien de honteux.
Ces raisons se combinent souvent : une naissance difficile chez une mère épuisée, dont la propre mère n’a jamais su consoler. C’est pourquoi il est utile de les démêler avec quelqu’un, plutôt que de chercher seul la « faute ».
« Je n’ose le dire à personne » : la honte de ne pas aimer son bébé
De tous les aveux possibles, celui-ci est l’un des plus difficiles. Les parents qui nous en parlent ont souvent répété la phrase dans leur tête pendant des semaines. Ils redoutent d’être jugés, d’être pris pour des parents dangereux, parfois qu’on leur retire leur enfant. Ils ont vu autour d’eux des visages attendris et se sont sentis anormaux. Alors ils font semblant : ils sourient sur les photos, répondent « c’est merveilleux » aux messages, et se sentent de plus en plus seuls.
Le silence a un coût. Il enferme la culpabilité, qui grossit à mesure qu’elle reste cachée, et il empêche de chercher ce qui bloque. Il prive aussi le parent du soulagement le plus simple : découvrir que d’autres ont vécu exactement la même chose, et que leur lien s’est fait. La page sur la culpabilité des parents montre comment ce sentiment se nourrit de normes que personne n’a choisies.
Ce que nous pouvons dire, depuis notre pratique : un parent qui s’inquiète de ne pas aimer son enfant est un parent qui se soucie de lui. La formule n’est pas une consolation facile ; c’est un constat clinique. « Je ne l’aime pas » veut presque toujours dire « je n’arrive pas à l’aimer comme je le voudrais », et cet écart entre ce que l’on ressent et ce que l’on souhaite ressentir est précisément le point de départ d’un travail possible. Au cabinet, cette phrase est entendue comme ce qu’elle est : une souffrance à comprendre, pas une faute à juger.
Le coparent aussi peut ne rien ressentir
On parle surtout des mères, mais le lien qui tarde concerne aussi les pères, la mère qui n’a pas porté l’enfant dans un couple de femmes, les parents adoptifs. Pour eux, l’attachement ne s’appuie pas sur neuf mois de grossesse : il passe d’emblée par les soins, le portage, le temps passé ensemble. Il peut naître très vite, ou rester longtemps hésitant, surtout si l’on se sent tenu à l’écart du duo que forment la mère et le bébé, ou si l’on retourne au travail au bout de quelques jours. La page devenir père : trouver sa place auprès du bébé en parle en détail.
Il arrive aussi que l’un des deux parents s’attache vite et que l’autre non. C’est une situation délicate : celui qui ne ressent rien se compare, se sent coupable, parfois jaloux, et celui qui aime déjà ne sait pas quoi répondre. La scène suivante vous met à la place de l’autre parent, au moment où le premier se confie.
Ce qui aide le lien à se tisser, sans le forcer
On ne décide pas d’aimer. On peut en revanche créer les conditions dans lesquelles l’attachement a plus de chances de naître. Aucune de ces pistes n’est une recette ; ce sont des idées que les parents nous rapportent comme utiles.
Faire sans sentir, sans se le reprocher. Les gestes du quotidien construisent la familiarité. Le bébé, lui, reçoit vos soins, votre voix, votre odeur, même si votre cœur reste silencieux pour l’instant.
Observer plutôt qu’aimer sur commande. Regarder ce qu’il fait de ses mains, comment il fronce les sourcils avant de pleurer, à quel moment il ouvre grand les yeux. La curiosité est souvent une porte d’entrée plus douce que l’amour exigé.
Lui parler, même sans savoir quoi dire. Raconter ce que vous faites, commenter la promenade, lui fredonner une chanson de votre enfance. Les bébés sont très sensibles à la voix, et ces échanges créent des moments partagés.
Le contact du corps. Beaucoup de parents trouvent que le peau à peau, le portage ou une sieste l’un contre l’autre apaisent, eux comme le bébé. Ce n’est pas une condition de l’attachement, mais une occasion parmi d’autres.
Protéger son propre sommeil. Un parent qui dort un peu plus ressent davantage. Demander qu’un proche prenne une partie des nuits ou des matinées n’est pas abandonner le bébé : c’est se rendre plus disponible pour lui.
Éteindre les comparaisons. Les photos parfaites des réseaux sociaux montrent une seconde de la journée des autres. Elles ne disent rien de leurs nuits.
Le dire à quelqu’un. L’autre parent, une amie, un clinicien. Le lien avec le bébé se défait rarement à cause d’un aveu, et il se libère souvent grâce à lui.
Affirmation 1
« Si le lien ne se fait pas dans les premières heures, il est raté. »
Faux. L’idée d’une fenêtre unique après la naissance a été nuancée par ceux-là mêmes qui l’avaient proposée. L’attachement se construit sur des semaines et des mois, et il peut commencer plus tard.
Affirmation 2
« Beaucoup de mères ne ressentent rien de particulier la première fois qu’elles tiennent leur bébé. »
Vrai. Dans une étude britannique de 1980, environ quatre mères sur dix pour un premier enfant se souvenaient d’une première réaction d’indifférence ; la plupart s’étaient attachées dans la semaine.
Affirmation 3
« Un parent qui ne ressent rien pour son bébé risque de lui faire du mal. »
Faux. Ne rien ressentir n’est pas vouloir du mal. La plupart de ces parents s’occupent de leur bébé avec soin, et souffrent surtout de culpabilité.
Affirmation 4
« Les pères et les parents adoptifs peuvent construire un lien tout aussi solide. »
Vrai. L’attachement ne dépend pas du fait d’avoir porté l’enfant : il se tisse à travers les soins, le temps partagé et les réponses du bébé.
Affirmation 5
« Il suffit de faire du peau à peau pour que l’amour arrive. »
C’est plus nuancé. Le contact peut aider et apaiser, mais il ne déclenche pas l’amour comme un bouton. Quand le lien est bloqué par un traumatisme ou une dépression, c’est cela qu’il faut soigner.
Affirmation 6
« Ne rien ressentir pour son bébé, c’est forcément une dépression. »
Pas forcément. C’est souvent l’effet de la fatigue ou d’une naissance difficile. Mais quand ce vide dure et s’accompagne de tristesse, de culpabilité ou de perte de plaisir, il peut en être un signe, et il se soigne.
Exemple fictif : Nour, 29 ans, et sa fille née trop tôt
Nour et sa fille sont inventées. Leur histoire ressemble pourtant à beaucoup de celles que nous entendons.
Situation
Lila est née à trente-deux semaines, après une césarienne décidée en quelques minutes. Elle a passé cinq semaines en néonatologie. Nour allait la voir chaque jour, tirait son lait, n’osait pas la prendre de peur de débrancher quelque chose. Lila est à la maison depuis un mois. Elle va bien. Nour s’en occupe parfaitement, mais elle a l’impression de garder l’enfant de quelqu’un d’autre. Elle préfère quand son compagnon la prend dans ses bras. La nuit, elle revoit le couloir du service et le bip des machines. Elle se dit qu’elle a « raté le début ».
Qu’est-ce qui semble le plus utile pour Nour ?
Quand le lien tarde : les signes qui doivent faire consulter
Il n’y a pas de délai officiel au-delà duquel il faudrait s’alarmer. Quelques repères aident pourtant à ne pas rester seul trop longtemps :
le vide persiste au-delà des premières semaines, sans éclaircie, et vous inquiète ;
il s’accompagne d’une tristesse, d’une perte de plaisir ou d’une culpabilité qui ne vous lâchent plus ;
vous ressentez du rejet, de la colère ou du dégoût envers le bébé, et cela vous effraie ;
vous évitez de rester seul avec lui, ou vous ne supportez plus de le toucher ;
des images de la naissance ou de l’hôpital reviennent sans cesse ;
des pensées effrayantes de lui faire du mal vous traversent l’esprit et vous horrifient, ce qui est fréquent et se travaille : voir les pensées intrusives des jeunes parents.
Quand la situation est urgente
Si vous avez des idées de mourir, si des idées de faire du mal au bébé vous paraissent justes ou ne vous font pas horreur, si vous ne dormez plus du tout ou si vos pensées deviennent confuses, n’attendez pas. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Ce que nous faisons au cabinet quand le lien tarde
Le premier rendez-vous sert d’abord à déposer la phrase que l’on n’osait pas dire, et à comprendre ce qui fait obstacle. Il est sans engagement, peut avoir lieu en téléconsultation, ce qui évite de sortir avec un nouveau-né, et vous pouvez venir accompagné, de l’autre parent ou d’un proche.
Quand une naissance difficile, des semaines de néonatologie ou une peur intense pour la vie du bébé ont laissé des images qui reviennent, notre psychothérapeute, spécialisé dans le trauma, propose souvent un travail en EMDR, en séances longues de 80 minutes, précédé si besoin d’un bilan psycho-traumatique. Quand le lien bute sur une histoire plus ancienne, la manière dont on a soi-même été porté, consolé ou laissé seul, l’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, permet d’y revenir sans se perdre ; l’EMDR peut aussi y contribuer, comme l’explique la page EMDR et traumatisme d’attachement. Les outils de la TCC aident à desserrer l’étau de la culpabilité et des comparaisons, et à remettre du repos dans des journées qui n’en ont plus.
Quand le couple est touché, l’un qui s’attache et l’autre qui se sent exclu, ou les reproches qui s’installent, des séances à deux, de 80 minutes, sont possibles. Si une dépression est au premier plan, nous l’accompagnons, en lien avec les médecins qui vous suivent si un traitement est envisagé. Nous faisons régulièrement le point avec vous sur ce qui change, et le rythme des séances s’adapte à vos journées de jeune parent.
Questions fréquentes sur le lien avec son bébé
Est-ce normal de ne pas ressentir d’amour pour son bébé à la naissance ?
Oui, c’est fréquent. Dans une étude britannique, environ quatre mères sur dix qui accouchaient pour la première fois se souvenaient d’une première réaction d’indifférence en tenant leur bébé, et la plupart s’étaient attachées dans la semaine. L’amour immédiat existe, mais il n’est pas la règle. Le lien se construit à travers les soins, les regards et les réponses du bébé. Si ce vide dure ou s’accompagne de tristesse, il mérite d’être dit en consultation.
Combien de temps faut-il pour s’attacher à son bébé ?
Il n’y a pas de durée normale. Pour certains parents, l’attachement est immédiat ; pour beaucoup, il vient dans les jours qui suivent ; pour d’autres, il prend des semaines, parfois quelques mois, surtout après une naissance difficile, une hospitalisation du bébé ou en cas de dépression. Ce qui compte n’est pas la vitesse, mais le mouvement : des moments de tendresse qui apparaissent et deviennent plus fréquents. Si rien ne bouge et que vous vous inquiétez, il est utile d’en parler.
Mon bébé va-t-il souffrir si je ne ressens rien pour lui ?
Un bébé a besoin de soins, de présence, de voix et de regards ; il les reçoit même quand votre émotion tarde. Les autres adultes qui s’occupent de lui comptent aussi. Le lien se construit sur la durée et il peut se renforcer à tout moment. Ce qui protège le mieux votre enfant, c’est de ne pas rester seul avec ce vide : comprendre ce qui le cause, fatigue, naissance difficile ou dépression, et le soigner si besoin.
Ne rien ressentir pour son bébé, est-ce une dépression du post-partum ?
Pas forcément. Le vide des premiers jours est souvent lié à l’épuisement ou à une naissance éprouvante. Mais il peut aussi être l’un des signes d’une dépression du post-partum, surtout s’il dure plus de deux semaines et s’accompagne de tristesse, de perte de plaisir, de culpabilité, d’anxiété ou d’un sommeil impossible même quand le bébé dort. Une dépression périnatale se soigne bien, et la soigner aide le lien à se faire.
Un père peut-il ne rien ressentir pour son bébé ?
Oui, et il ose encore moins le dire. Sans grossesse pour préparer la rencontre, souvent de retour au travail très vite, parfois tenu à distance du duo mère-bébé, un père peut mettre du temps à s’attacher. Le lien se construit alors à travers les soins, le portage et le temps passé seul avec l’enfant. Les pères, comme les coparents et les parents adoptifs, sont reçus au cabinet pour en parler.
Le lien est-il plus difficile après une césarienne en urgence ou une hospitalisation du bébé ?
Il peut être plus lent à se faire, parce que la peur, la séparation et parfois l’absence de souvenir de la naissance mettent les émotions à distance. Ce n’est pas une fatalité : ce qui bloque, c’est souvent la scène restée à vif, pas le bébé. Quand les images reviennent ou que le parent se sent étranger à son enfant, un travail en EMDR sur ces moments, après un bilan psycho-traumatique, aide souvent la tendresse à trouver sa place.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
Donald W. Winnicott, « La préoccupation maternelle primaire » (1956), dans De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot, 1969.
Kay M. Robson et R. Kumar, « Delayed onset of maternal affection after childbirth », British Journal of Psychiatry, 136(4), 1980, p. 347-353. doi.org/10.1192/bjp.136.4.347
Marshall H. Klaus et John H. Kennell, Maternal-Infant Bonding: The Impact of Early Separation or Loss on Family Development, Mosby, 1976 ; édition révisée sous le titre Parent-Infant Bonding, Mosby, 1982.
Daniel N. Stern, The Motherhood Constellation: A Unified View of Parent-Infant Psychotherapy, Basic Books, 1995.
Dire « je ne ressens rien » est souvent le premier pas pour que quelque chose se mette à bouger. Un premier rendez-vous, seul ou à deux, au cabinet ou en téléconsultation, permet de comprendre ce qui retient le lien et de lui faire de la place.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
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