« Le stress, c’est dans la tête. » « Il faut être fort. » « Un verre le soir, ça détend. » « Les enfants, eux, n’ont pas de soucis. » Le stress est l’un des mots les plus prononcés de la langue courante et l’un des moins bien compris, et les idées fausses qui l’entourent ne sont pas innocentes : elles font attendre, minimiser, se débrouiller seul, jusqu’au jour où le corps tranche. Nous avons rassemblé les douze que nous entendons le plus souvent en consultation. À vous de jouer, puis de lire ce qui se passe réellement derrière chacune.
Le grand vrai ou faux : douze affirmations à tester
Répondez à chaque affirmation comme vous le feriez autour d’une table, sans réfléchir trop longtemps. Un commentaire court apparaît à chaque réponse ; les explications longues, avec ce que nous observons au cabinet, suivent dans les sections de la page, regroupées en quatre thèmes : la nature du stress, les remèdes, les personnes et le travail.
Idée reçue 1
« Le stress est toujours mauvais pour la santé. »
Faux. Un stress bref, suivi d’une récupération, entraîne l’organisme et aiguise les performances. C’est le stress qui ne redescend plus qui use le cœur, le sommeil, la digestion et l’immunité. Le problème n’est pas la montée, c’est l’absence de descente.
Idée reçue 2
« Le stress, c’est dans la tête. »
Faux. Il commence dans le cerveau, mais il se déroule dans tout le corps : adrénaline en quelques secondes, cortisol en quelques minutes, muscles contractés, cœur accéléré, digestion en pause. Une mâchoire qui craque la nuit n’est pas une opinion.
Idée reçue 3
« Stress et anxiété, c’est la même chose. »
Faux, même s’ils se mélangent souvent. Le stress répond à une demande présente et redescend quand elle disparaît ; l’anxiété vise un danger possible et continue de tourner quand plus rien ne presse. La page stress ou anxiété ? aide à faire la part.
Idée reçue 4
« Face au stress, il faut être fort et serrer les dents. »
Faux. Serrer les dents est exactement ce que fait un corps en phase de résistance, et cela ne fait que prolonger cette phase. La force, ici, consiste à récupérer, à déléguer et à demander de l’aide avant d’être à sec.
Idée reçue 5
« Le sport suffit à évacuer le stress. »
C’est plus nuancé. Bouger est l’un des meilleurs moyens de consommer l’énergie que l’alarme a libérée. Mais le sport ne change rien à la demande qui déclenche la pression, et pratiqué en mode performance tard le soir, il devient une contrainte de plus.
Idée reçue 6
« Un verre le soir, ça détend. »
Faux. L’alcool anesthésie l’alarme pendant une heure ou deux, puis il fragmente le sommeil, augmente le cortisol du petit matin et laisse le lendemain plus irritable. Le soulagement du soir se paie en pression le jour suivant.
Idée reçue 7
« Une semaine de vacances et tout repart. »
C’est plus nuancé. Les vacances donnent un répit réel, mais un corps resté des mois en résistance met souvent plusieurs jours rien qu’à redescendre, et la pression revient dès le retour si rien n’a changé dans l’organisation.
Idée reçue 8
« Les enfants n’ont pas de stress, ils n’ont pas de soucis. »
Faux. Les enfants vivent le stress avec un cerveau encore en construction, donc avec moins de moyens de le réguler. Il passe par le ventre, le sommeil, les colères, les régressions, et il se nourrit beaucoup de celui des adultes autour d’eux.
Idée reçue 9
« Le stress, c’est une question de caractère : certains sont faits pour, d’autres non. »
Faux. Le tempérament joue, mais il est loin d’expliquer tout. Le sommeil, le soutien, la marge de manœuvre, l’histoire personnelle et les scènes qui ont marqué pèsent au moins autant, et tout cela se travaille.
Idée reçue 10
« On s’habitue au stress : à force, on ne le sent plus. »
C’est plus nuancé, et c’est le piège. On cesse effectivement de le sentir, parce que l’organisme s’adapte. Mais l’adaptation a un coût que Bruce McEwen a appelé charge allostatique : la tension, le cortisol et l’inflammation continuent de travailler en silence.
Idée reçue 11
« Un peu de pression, c’est ce qui fait avancer une équipe. »
C’est plus nuancé. Un objectif clair et atteignable mobilise. Une pression continue sans marge de manœuvre ni reconnaissance produit l’inverse : erreurs, absences, conflits, départs. La courbe monte puis chute, et peu de managers savent où est le sommet.
Idée reçue 12
« Tant que je tiens, c’est que ça va. »
Faux. Tenir est précisément ce que l’organisme fait pendant la phase de résistance, celle qui précède l’épuisement. Le fait de tenir ne renseigne pas sur l’état des réserves ; le sommeil, l’humeur et le plaisir le font bien mieux.
Ce qu’est le stress, et ce qu’il n’est pas (idées reçues 1 à 3)
« Le stress est toujours mauvais pour la santé »
Cette idée a une histoire. Dans les années 1970, Hans Selye lui-même, qui avait décrit le syndrome général d’adaptation quarante ans plus tôt, a tenu à distinguer l’eustress, la pression qui stimule, de la distress, la pression qui use. Il avait vu que son mot était en train de devenir un synonyme de malheur, alors qu’il désignait au départ une réponse d’adaptation, par définition utile. Un organisme incapable de stress ne survivrait pas une journée : il ne freinerait pas au feu, ne réviserait pas ses examens, ne courrait pas après son bus. Ce que nous voyons en consultation confirme la distinction : les personnes qui vont mal ne sont pas celles qui connaissent des pics de pression, mais celles pour qui il n’y a plus de creux entre les pics. La montée n’est pas le problème. L’absence de descente l’est. Toute la page stress aigu ou stress chronique tourne autour de ce moment où l’un devient l’autre.
« Le stress, c’est dans la tête »
Il commence dans la tête, c’est vrai : une région du cerveau appelée amygdale évalue la situation et déclenche l’alarme. Mais en moins d’une seconde, la suite se passe partout ailleurs. Les glandes surrénales libèrent de l’adrénaline : le cœur accélère, les bronches s’ouvrent, les pupilles se dilatent, le sang quitte les intestins pour aller vers les muscles. Quelques minutes plus tard, une seconde voie, plus lente, fait monter le cortisol, qui mobilise les réserves de sucre et met en veille ce qui n’est pas urgent, la digestion, la réparation des tissus, une partie de l’immunité. Si l’alarme ne s’éteint pas, ce régime d’exception devient le régime ordinaire. La mâchoire qui craque la nuit, l’eczéma qui revient à chaque échéance, le ventre qui se noue à l’heure du courrier, les infections qui s’enchaînent en hiver : rien de cela n’est « dans la tête ». Le détail de cette mécanique est raconté dans la page stress et corps, et ses conséquences à long terme dans stress et santé. Ce que cette idée reçue produit de pire, c’est la honte : la personne qui a mal au dos depuis six mois et à qui l’on dit que c’est du stress entend « c’est imaginaire ». Ce n’est pas imaginaire. C’est physiologique, et cela se travaille, y compris par le corps.
« Stress et anxiété, c’est la même chose »
Les deux mots sont employés l’un pour l’autre, et le corps, il est vrai, réagit de façon très semblable dans les deux cas : même adrénaline, même cœur qui bat, même souffle court. La différence est dans ce qui déclenche l’alarme. Le stress a un objet présent et identifiable : le rapport pour demain, le parent hospitalisé, le découvert, les trois enfants à conduire à trois endroits à la même heure. Quand l’objet disparaît, la pression retombe, parfois d’un coup, avec cette fatigue soudaine du vendredi soir que beaucoup connaissent. L’anxiété, elle, se déclenche pour un danger qui n’est pas là, qui pourrait survenir, et elle ne connaît pas de vendredi soir : quand un sujet d’inquiétude s’éteint, un autre s’allume. Dans la pratique, nous rencontrons rarement l’un sans l’autre. Un stress qui dure finit par installer une appréhension de la semaine suivante, et une anxiété ancienne transforme en pression des situations que d’autres traverseraient sans y penser. Mais l’ordre dans lequel on les travaille n’est pas le même : pour le stress, nous commençons par la demande, les ressources et la récupération ; pour l’anxiété, par l’alarme elle-même et ce qu’elle évite. La page d’orientation stress ou anxiété ? propose un test en quatre questions, et le dossier anxiété prend le relais quand c’est l’alarme qui domine.
Les remèdes qui n’en sont pas, et ceux qui ne marchent qu’à moitié (idées reçues 4 à 7)
« Il faut être fort et serrer les dents »
Cette phrase, nous l’entendons surtout de la bouche de ceux qui l’ont appliquée pendant des années et qui arrivent au cabinet quand elle ne fonctionne plus. Serrer les dents n’est pas une image : c’est le bruxisme, cette contraction nocturne de la mâchoire que le dentiste repère avant le psychologue, et qui est l’un des signes les plus fidèles d’une phase de résistance qui dure. La force, dans le domaine du stress, ne ressemble pas à ce qu’on croit. Elle ressemble à quelqu’un qui dort sept heures parce qu’il sait que c’est sa première ressource, qui refuse un dossier de plus parce qu’il connaît ses limites, qui dit à son conjoint « ce soir je n’en peux plus » au lieu de claquer une porte. L’image de l’endurance silencieuse vient souvent de loin, d’un parent qui ne se plaignait jamais, d’un milieu où la fatigue était une faiblesse, et c’est l’une des premières choses que l’écoute analytique permet de mettre en mots : à qui obéit-on encore quand on tient coûte que coûte ? La demande d’aide n’est pas la défaite de la force ; c’est sa forme adulte.
« Le sport suffit »
Nous recommandons le mouvement à presque tout le monde, et pour une raison précise : la réaction de stress prépare le corps à courir ou à se battre, et dans la vie moderne on ne fait ni l’un ni l’autre. On reste assis avec son adrénaline. Marcher vite, nager, courir, danser, jardiner, consomment cette énergie mobilisée pour rien et permettent au système nerveux de passer à la phase de récupération. Mais le sport agit sur la réponse, pas sur la demande. Si la pression vient d’un poste impossible, d’une charge mentale qui repose sur une seule personne ou d’un conflit familial, la séance de course n’y change rien, elle permet seulement de tenir un peu plus longtemps dans la même situation. Et il y a une façon de faire du sport qui aggrave le stress : la séance tardive à haute intensité qui retarde l’endormissement, l’application qui compare chaque sortie à la précédente, la course du dimanche devenue un objectif de plus dans une semaine qui en compte déjà trop. La question à se poser est simple : après l’effort, est-ce que je me sens plus détendu, ou est-ce que je viens de cocher une case ?
« Un verre le soir, ça détend »
C’est sans doute l’idée reçue la plus coûteuse de la liste, parce qu’elle paraît confirmée chaque soir par l’expérience. L’alcool est un dépresseur du système nerveux : le premier verre ralentit l’alarme, desserre les épaules, fait taire la liste du lendemain. L’effet est réel, il dure une heure ou deux. Puis le foie métabolise l’alcool, et le système nerveux, qu’il avait freiné, rebondit : le sommeil de la seconde partie de nuit se fragmente, les réveils vers trois ou quatre heures se multiplient, le cortisol du petit matin est plus haut, et l’on se lève avec une irritabilité qu’on attribue au travail. Le soir suivant, le verre paraît d’autant plus nécessaire. En quelques mois, la quantité qui « détend » augmente, et l’on a installé un second problème par-dessus le premier. Notre psychothérapeute, formé à l’addictologie, en parle sans morale au premier rendez-vous, parce que c’est une information essentielle pour comprendre le sommeil et l’humeur. La page alcool du dossier addictions détaille ce mécanisme ; la page stress, sommeil et fatigue explique ce que le sommeil fait vraiment pour la pression.
« Une semaine de vacances et tout repart »
Les vacances font du bien, et nous ne dirons jamais le contraire. Mais beaucoup de personnes reviennent au cabinet en septembre avec la même phrase : « j’ai mis cinq jours à décompresser, j’ai eu trois jours bien, et le dimanche du retour tout était revenu ». C’est exactement ce qu’on attend d’un organisme resté en résistance pendant des mois. La descente est lente, parce que le cortisol ne se règle pas comme un interrupteur ; certaines personnes tombent même malades les premiers jours de congé, quand l’alarme lâche enfin prise. Et le retour est brutal, parce que rien n’a changé dans ce qui produisait la pression : la même boîte de réception, la même organisation de la maison, le même « je dois ». Les vacances sont une récupération ponctuelle, précieuse, mais elles ne tiennent pas lieu de récupération quotidienne : les nuits, les soirées sans écran, les pauses dans la journée, un week-end sur deux sans logistique. Un accompagnement du stress travaille d’abord cette récupération ordinaire. C’est moins exotique qu’une plage, et cela tient toute l’année.
À qui le stress arrive : les idées reçues sur les personnes (8 à 10)
« Les enfants n’ont pas de stress »
L’idée repose sur une confusion entre soucis et stress. Un enfant de six ans n’a pas de loyer à payer, mais il a un cerveau dont les régions qui régulent les émotions mûrissent jusqu’à la fin de l’adolescence, et il dépend entièrement des adultes pour revenir au calme. Ce que l’adulte régule seul en respirant ou en relativisant, l’enfant le régule en étant pris dans les bras, en étant écouté, en ayant un cadre prévisible. Son stress a ses propres déclencheurs : une séparation le matin, une maîtresse qui crie, un camarade qui l’exclut, une évaluation, un déménagement, la tension entre ses parents qu’il perçoit sans qu’on lui en parle, et un emploi du temps qui ne laisse plus une heure vide dans la semaine. Il s’exprime par le corps et par le comportement bien plus que par les mots : maux de ventre du dimanche soir, pipi au lit qui revient, colères démesurées, sommeil difficile, ongles rongés, résultats qui chutent. Notre pédopsychothérapeute travaille avec lui par le jeu, le dessin et les histoires, et reçoit les parents, parce que le stress d’un enfant est presque toujours en partie celui de la maison. La page stress de l’enfant et de l’adolescent en fait le tour par âge.
« C’est une question de caractère »
« Je suis quelqu’un de stressé, c’est comme ça. » La phrase sonne comme une fatalité, et elle a l’avantage de fermer la question. Le tempérament existe : certaines personnes ont, dès les premiers mois, un système d’alarme plus réactif, et cela se voit déjà chez le nourrisson qui sursaute au moindre bruit. Mais entre ce point de départ et l’adulte qui ne dort plus, il y a tout le reste : la quantité de sommeil, le soutien autour de soi, la marge de manœuvre au travail, le nombre de personnes dont on s’occupe, et surtout l’histoire. Nous rencontrons souvent des personnes qui se croient « stressées de nature » et qui découvrent en séance que leur hypervigilance a une date de naissance : une enfance où il fallait surveiller l’humeur d’un parent, une période de harcèlement, un accident, une faillite familiale. Ces scènes anciennes continuent de régler la sensibilité de l’alarme, et l’EMDR est précisément conçu pour les retraiter. Quand l’histoire est plus diffuse, l’écoute analytique permet de comprendre à quoi sert cette vigilance permanente et ce qu’elle protège. Ce qu’on appelle caractère est souvent une adaptation ancienne qui a oublié qu’elle pouvait s’arrêter.
« On s’habitue au stress »
Cette idée est à moitié vraie, et c’est ce qui la rend dangereuse. On s’habitue réellement, au sens où l’on cesse de sentir. Le corps en phase de résistance a relevé son niveau de base : la tension artérielle un peu plus haute, le cortisol un peu plus élevé le soir, les muscles un peu plus contractés deviennent la normale, et l’on ne perçoit plus l’écart. Beaucoup de nos patients découvrent qu’ils étaient tendus le jour où, pour la première fois depuis des années, ils ne le sont plus : au retour d’une séance de relaxation, après quelques semaines de nuits complètes, ils disent « je ne savais plus que c’était possible ». Mais l’habituation subjective ne protège pas l’organisme. La charge allostatique décrite par McEwen continue de s’accumuler en silence, et elle finit par se manifester là où l’on ne l’attendait pas : une hypertension découverte lors d’une visite de routine, un intestin irritable, des infections à répétition, une mémoire qui flanche. Ne plus sentir le stress n’est pas un signe qu’il est parti. C’est souvent le signe qu’il est installé. Les outils qui redonnent accès aux sensations, respiration lente, relâchement musculaire, sont sur la page gérer le stress, et les séances de relaxation du site peuvent être suivies chez soi.
Au travail : la pression qui ferait avancer (idées reçues 11 et 12)
« Un peu de pression, c’est ce qui fait avancer une équipe »
Cette conviction se transmet de manager en manager, et elle contient un noyau exact : un objectif clair, daté, perçu comme atteignable, mobilise l’attention et donne du sens à l’effort. Robert Yerkes et John Dodson l’avaient montré dès 1908 sur un tout autre terrain : la performance augmente avec l’activation, jusqu’à un sommet, puis elle décroît. La question que l’idée reçue ne pose jamais est celle du sommet. Où est-il, pour cette personne, cette semaine, avec ce sommeil et cette charge à la maison ? Les travaux sur le stress professionnel ont montré, depuis les années 1980, que ce n’est pas la quantité de demande qui use le plus, mais la demande sans marge de manœuvre et sans soutien : quand on ne choisit ni le rythme, ni la méthode, ni l’ordre des tâches, et qu’on ne peut compter sur personne, une pression modérée produit déjà des dégâts. Une équipe sous pression continue ne « se dépasse » pas longtemps : elle fait des erreurs, cache les problèmes, perd son humour, s’absente, puis se vide. La page stress au travail détaille ce qui dépend de l’organisation et ce qui dépend de soi.
« Tant que je tiens, c’est que ça va »
C’est la dernière idée de la liste, et la plus intime. Elle n’est pas dite autour d’une table ; elle est pensée, seul, le soir, pour repousser le moment de regarder la situation en face. Or tenir n’est pas un indicateur de santé : c’est la définition même de la phase de résistance, celle que Selye plaçait juste avant l’épuisement. Le corps tient parce qu’il est fait pour cela, en puisant dans des réserves qu’on ne voit pas. Les indicateurs fiables sont ailleurs, et ils sont simples : est-ce que je dors d’une traite ? est-ce que je ris encore ? est-ce qu’il me reste de l’envie pour autre chose que le nécessaire ? est-ce que mes proches me reconnaissent ? Quand ces quatre réponses sont non depuis plusieurs semaines, le fait de tenir encore ne rassure pas, il inquiète. Dans le monde du travail, ce « je tiens » prolongé est le chemin le plus fréquent vers le burn-out professionnel, dont le dossier décrit la bascule. Venir avant est toujours plus court que venir après : la page quand consulter donne les repères, sans dramatiser.
Ce qu’on dit, ce qui se passe
Au-delà des douze idées reçues, il y a les petites phrases du quotidien, celles qu’on se dit à soi-même pour continuer. Chaque carte en porte une sur sa face visible ; au dos, ce que le corps et le cerveau font pendant ce temps-là. Retournez celles qui vous ressemblent.
Votre rapport au stress
Les idées reçues ne sont pas que des opinions sur le monde : ce sont des règles de conduite qu’on s’applique à soi-même, souvent sans le savoir. Cinq d’entre elles reviennent dans presque toutes les consultations pour stress. Indiquez, de 0 à 10, à quel point chacune vous ressemble. Le résultat ne mesure pas votre niveau de stress, mais la façon dont vous le traitez, ce qui compte presque autant.
Rien de ce que vous réglez ici n’est enregistré. Si vous voulez mesurer le niveau de pression lui-même, et non votre façon de le traiter, le test de stress en douze questions est fait pour cela.
Exemple fictif : Hélène, 52 ans, « je ne suis pas stressée, je suis fatiguée »
Hélène est un personnage inventé pour cette page. Son histoire assemble plusieurs idées reçues en une seule personne, comme cela arrive souvent dans la réalité.
Situation
Hélène dirige un service dans une collectivité et s’occupe, depuis dix-huit mois, de sa mère de 84 ans qui perd son autonomie. Elle se réveille à quatre heures presque chaque nuit, a des douleurs cervicales, un eczéma des mains qui revient par poussées et des oublis qui l’inquiètent. Elle a vu son médecin, qui a fait un bilan complet, normal. Elle dit qu’elle n’est « pas du genre à stresser », qu’elle est « simplement fatiguée », que sa semaine à la mer en août remettra tout d’aplomb, et qu’elle n’a de toute façon pas le temps de consulter.
Quelle lecture nous semble la plus juste ?
Ce que ces idées reçues font aux consultations
Si nous avons écrit cette page, ce n’est pas par goût de la correction. C’est parce que ces douze phrases ont un effet mesurable sur ce que nous voyons arriver au cabinet : elles décalent le premier rendez-vous de plusieurs mois, parfois de plusieurs années. La personne qui croit que le stress est « dans la tête » attend que son dos guérisse seul. Celle qui pense qu’il faut être fort vient quand elle ne peut plus se lever. Celle qui se détend avec un verre vient pour son sommeil et découvre que le verre en est la cause. Celle qui s’est « habituée » vient pour une hypertension que son médecin a découverte par hasard. Et presque toutes commencent le premier entretien par une variante de la même phrase : « je ne pensais pas que c’était assez grave pour venir ».
À retenir
Le stress n’est pas mauvais en soi : c’est l’absence de récupération qui use, et la fatigue qui ne cède pas au repos en est le signe le plus fidèle.
Il se déroule dans tout le corps ; « dans la tête » ne veut pas dire imaginaire.
Alcool, écrans et sport-performance soulagent le soir et aggravent le lendemain ; les vacances réparent un moment, pas une organisation.
Tenir, s’habituer, avoir du caractère : trois façons de ne plus sentir, pas trois façons d’aller bien.
Venir tôt raccourcit tout. Le premier rendez-vous ne vous engage à rien.
Notre façon de travailler le stress tient compte de ces croyances, parce qu’elles font partie du problème. Les outils de la TCC, que nous utilisons en premier pour le stress, servent d’abord à rétablir ce que ces idées empêchent : une récupération réelle, des limites dites à voix haute, des priorités choisies plutôt que subies, et un regard plus juste sur les signaux du corps. L’EMDR intervient quand la vigilance permanente a une origine datée, une scène où l’on a été débordé, humilié, mis en danger, dont l’empreinte règle encore l’alarme. L’écoute analytique s’intéresse à la voix qui dit « tiens bon » et « ne te plains pas », à qui elle appartient et à quelle place elle assigne. Ces trois approches ont un poids égal, et c’est leur association qui amplifie les résultats. Quand les oublis et la difficulté à se concentrer persistent une fois le sommeil rétabli, notre neuropsychologue peut proposer un bilan de l’attention et de la mémoire, après un rendez-vous préliminaire, avec un compte rendu écrit. Le détail est sur la page notre approche du stress. Tout peut se faire au cabinet ou en téléconsultation, et l’on peut venir accompagné au premier rendez-vous : pour ceux qui doivent « tenir seuls », c’est déjà un premier pas de côté.
Questions fréquentes sur les idées reçues
Le stress est-il toujours négatif ?
Non. Un stress bref, proportionné à une situation réelle et suivi d’une récupération, est utile : il mobilise l’attention, la mémoire et l’énergie, et il laisse souvent un sentiment de compétence une fois passé. Hans Selye parlait d’eustress pour cette forme stimulante. C’est le stress qui ne redescend plus, parce que la demande ne cesse jamais ou parce qu’on ne récupère plus, qui finit par user le sommeil, l’humeur, la digestion, le cœur et l’immunité. La question utile n’est donc pas « suis-je stressé ? » mais « est-ce que ça redescend ? ».
Peut-on être stressé sans s’en rendre compte ?
Oui, et c’est très fréquent. Quand la pression dure, le corps relève son niveau de base et l’on cesse de percevoir l’écart : on ne se sent pas tendu, on se sent normal. Les signes continuent pourtant de parler : réveils nocturnes, mâchoire serrée, douleurs de nuque, irritabilité, grignotage, oublis, humour qui disparaît. Souvent, ce sont les proches qui le remarquent les premiers, ou le dentiste qui constate l’usure des dents. Les personnes qui se découvrent stressées le font souvent le jour où elles ne le sont plus, après quelques nuits complètes ou une séance de relaxation.
Pourquoi l’alcool ne détend-il pas vraiment ?
Parce que son effet apaisant est suivi d’un rebond. L’alcool ralentit le système nerveux pendant une heure ou deux, ce qui donne l’impression de décompresser. Mais une fois métabolisé, il fragmente le sommeil de la seconde partie de nuit, multiplie les réveils vers trois ou quatre heures, élève le cortisol du matin et laisse plus irritable le lendemain. Le soir suivant, le verre paraît encore plus nécessaire, et la quantité augmente avec le temps. Le soulagement est réel, mais il est emprunté au lendemain, avec intérêts.
Le sport est-il suffisant pour gérer le stress ?
Il est très utile, mais rarement suffisant. Le mouvement consomme l’énergie que la réaction de stress a mobilisée et aide le système nerveux à passer en récupération : c’est l’un des meilleurs régulateurs qui existent. En revanche, il n’agit pas sur la demande qui crée la pression, et il peut lui-même devenir une contrainte s’il est pratiqué comme une performance de plus, tard le soir, avec un chronomètre. Le sport fait partie des solutions, à côté du sommeil, de l’organisation, de la parole et, quand il le faut, d’un accompagnement.
Les enfants peuvent-ils être stressés ?
Oui, et parfois intensément, parce que les régions du cerveau qui régulent les émotions ne sont pas mûres et qu’ils dépendent des adultes pour revenir au calme. Leur stress passe par le corps et le comportement : maux de ventre le dimanche soir, sommeil difficile, colères disproportionnées, régressions, ongles rongés, résultats en baisse. Ses sources sont l’école, le rythme, les écrans, les relations entre camarades et, très souvent, la tension des adultes de la maison, qu’ils perçoivent sans qu’on leur en parle. Notre pédopsychothérapeute les reçoit avec le jeu, le dessin et les histoires, et travaille avec les parents.
Comment savoir si je minimise mon stress ?
Quelques indices reviennent souvent : vous dites « je suis juste fatigué » depuis plus d’un mois ; vos proches vous trouvent changé et vous ne le voyez pas ; vous attendez un événement, vacances, fin de projet, pour que ça aille mieux ; vous ne dormez plus d’une traite ; vous avez besoin de quelque chose, alcool, écran, sucre, pour décrocher le soir ; et l’idée de consulter vous paraît disproportionnée. Si plusieurs de ces indices vous ressemblent, le test de stress du dossier et la page « quand consulter » vous aideront à y voir plus clair, sans dramatiser.
Les idées reçues sur le stress ont un point commun : elles retardent le moment où l’on demande de l’aide. Un premier rendez-vous ne vous engage à rien ; il permet simplement de regarder la situation avec quelqu’un, au cabinet ou en téléconsultation, et de décider ensuite.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.