Dyslexie et dysorthographie : comprendre les signes, le bilan et les adaptations
Un enfant qui lit mot à mot, qui s'épuise sur trois lignes, qui écrit le même mot de quatre façons dans la même page : ces scènes du quotidien peuvent être le signe d'une dyslexie. Cette page explique ce qu'est vraiment la dyslexie, ce qui la distingue de la dysorthographie, comment se déroule le bilan orthophonique et quelles adaptations aident en classe comme à la maison. Un questionnaire d'orientation pour les parents vous attend au milieu de la lecture.
Mise à jour : 21 octobre 2026. Contenu informatif, qui ne remplace pas un avis médical ni un bilan par des professionnels.
La dyslexie en quelques mots
La dyslexie fait partie de ce que l'on appelle couramment les troubles dys, que la Haute Autorité de santé regroupe sous le nom de troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Il s'agit d'une difficulté durable à apprendre à lire : lire les mots avec exactitude, les lire avec fluidité, et parfois comprendre ce qu'on vient de lire. Elle apparaît au moment où l'enfant entre dans l'écrit, et elle persiste alors même qu'il est intelligent, qu'il voit et entend bien, qu'il a eu un enseignement normal et qu'il fournit des efforts.
Ce point change le regard que l'on porte sur l'enfant. La dyslexie n'est pas un manque de travail, ni un défaut d'éducation, ni un problème de vision. Les classifications internationales la définissent justement en écartant ces explications. Dans la classification de l'Organisation mondiale de la santé (CIM-11), elle correspond au trouble développemental des apprentissages avec déficit de la lecture, sous le code 6A03.0. Le manuel américain DSM-5-TR la range dans le trouble spécifique des apprentissages, avec atteinte de la lecture.
- 5 à 7 %des enfants d'âge scolaire auraient un trouble spécifique des apprentissages, soit environ un à deux élèves par classe.Estimation Inserm, reprise par Santé.fr
- 15 à 20 %des enfants connaissent des difficultés scolaires. Toutes ne sont pas des troubles dys, d'où l'intérêt du bilan.Inserm, Santé.fr
- près de 40 %des enfants touchés cumulent au moins deux troubles des apprentissages.Inserm, Santé.fr
- plus de 50 %des enfants ayant eu un trouble du langage oral rencontrent ensuite un trouble de la lecture.Inserm, Santé.fr
Ces chiffres sont des estimations : les données épidémiologiques françaises restent limitées et les résultats varient selon les critères retenus. Ils donnent un ordre de grandeur, pas une mesure exacte.
- La dyslexie est un trouble durable de l'apprentissage de la lecture, pas une paresse ni un manque d'intelligence.
- Elle se repère sur la durée : les difficultés persistent malgré une aide adaptée en classe.
- Elle se compense et s'aménage, mais ne disparaît pas comme une maladie qu'on guérit.
Dyslexie et dysorthographie : quelle différence ?
Les deux mots vont souvent ensemble, et ce n'est pas un hasard. Quand on a du mal à associer les lettres aux sons pour lire, on a aussi du mal à faire le chemin inverse pour écrire. La dysorthographie désigne une difficulté importante et durable à acquérir l'orthographe, aussi bien en dictée que dans l'écriture spontanée.
Dyslexie : lire
- déchiffrage lent, hésitant, avec des retours en arrière ;
- confusions entre sons proches, mots devinés à partir de leur début ;
- lecture si coûteuse que le sens se perd en route ;
- bien meilleure compréhension quand le texte est lu par un adulte.
Dysorthographie : écrire
- lettres oubliées ou inversées, syllabes déplacées ;
- mots soudés ou coupés au mauvais endroit, comme lorange pour « l'orange » ;
- mots écrits tels qu'ils se prononcent, comme otomobile pour « automobile » ;
- mots courants jamais fixés, accords et règles grammaticales fragiles.
Sur le plan des classifications, la dysorthographie n'a pas d'entité propre : elle relève du trouble des apprentissages avec déficit de l'expression écrite (code 6A03.1 de la CIM-11), une catégorie qui couvre aussi la grammaire, la ponctuation et l'organisation du texte. Dans son expertise de 2007, l'Inserm relevait que les recherches sur la dysorthographie portaient presque toutes sur des enfants qui étaient aussi dyslexiques. Le plus souvent, elle accompagne donc une dyslexie ; elle peut aussi se combiner à d'autres difficultés, par exemple une dysgraphie ou une dyspraxie, qui touchent plutôt le geste d'écrire.
Et la lenteur d'écriture, c'est de la dysorthographie ?
Pas forcément. Une écriture lente, douloureuse ou peu lisible évoque d'abord une difficulté du geste graphique, que l'on appelle dysgraphie. La dysorthographie concerne le choix des lettres et des mots, pas la forme du tracé. Les deux peuvent coexister chez le même enfant, ce qui explique que le bilan puisse associer plusieurs professionnels.
Comment la dyslexie gêne la lecture
Pour lire un mot nouveau, le cerveau découpe les lettres en groupes, transforme chaque groupe en son, assemble les sons, puis reconnaît le mot et son sens. Avec l'entraînement, ce travail devient si rapide qu'il passe inaperçu, et les mots familiers sont reconnus d'un coup d'œil. Chez l'enfant dyslexique, cette automatisation tarde. Chaque mot reste un petit problème à résoudre, et l'énergie consacrée au déchiffrage manque pour comprendre.
L'hypothèse phonologique, la plus étayée
Les recherches sur les personnes dyslexiques retrouvent très souvent un point faible dans le traitement des sons de la langue : les entendre finement, jouer avec eux, les retenir le temps d'assembler un mot. C'est ce qu'on appelle le déficit phonologique. L'enfant peut avoir une bonne audition et parler correctement, tout en peinant à repérer qu'un mot commence par le même son qu'un autre, ou à compter les syllabes. Les ateliers de rimes, de syllabes et de sons font donc travailler la base même de la lecture.
Une autre piste : l'attention portée aux lettres
Des chercheurs français ont proposé que certains enfants dyslexiques saisissent, en un seul regard, un nombre plus réduit de lettres que les autres lecteurs, et que cette particularité existe en dehors de toute difficulté avec les sons. On parle d'empan visuo-attentionnel réduit. Cette hypothèse reste discutée et la proportion d'enfants concernés n'est pas établie. Elle ne fait pas de la dyslexie un trouble de la vue : il s'agit de la façon dont l'attention se répartit sur les lettres, pas de l'acuité visuelle.
Que montre l'imagerie du cerveau ?
Chez les lecteurs experts, une région de l'hémisphère gauche se spécialise dans la reconnaissance des mots écrits. Chez les enfants dyslexiques, cette région s'active moins. Les chercheurs restent prudents : cette moindre activité pourrait aussi bien contribuer au trouble que découler du fait que l'enfant a moins lu, la question n'est pas tranchée. Le cerveau garde par ailleurs une capacité d'adaptation tout au long de la vie.
La dyslexie est-elle héréditaire ?
La part génétique est importante : les études de jumeaux l'estiment autour de 70 %. Mais il n'existe pas de « gène de la dyslexie ». Une très grande étude génétique publiée en 2022, portant sur plus d'un million de personnes, a repéré 42 régions du génome associées, chacune avec un effet faible. Une forte héritabilité ne signifie pas un destin tout tracé : l'enseignement, la langue et l'accompagnement comptent aussi. Quand un parent a lui-même connu des difficultés de lecture, il est simplement utile de rester attentif.
Ce que la dyslexie n'est pas
Elle n'est pas un problème de vue. L'Académie américaine de pédiatrie et plusieurs sociétés d'ophtalmologie l'ont rappelé dans une déclaration commune : les troubles visuels peuvent gêner l'apprentissage, mais ils ne causent pas la dyslexie, et ni les exercices oculaires ni les verres teintés n'ont montré d'effet durable. Un contrôle de la vue et de l'audition reste utile, mais pour écarter une autre cause. Elle n'est pas non plus synonyme d'inversions de lettres : tous les apprentis lecteurs, ou presque, mélangent un jour b et d. D'autres croyances répandues sont passées en revue sur la page consacrée aux idées reçues.
Les signes de la dyslexie selon l'âge
Il n'est pas nécessaire d'attendre le CE2 pour s'interroger. La Haute Autorité de santé a publié des repères destinés aux médecins, du langage oral des tout-petits jusqu'à l'entrée au collège. En voici une lecture simplifiée. Aucun signe isolé ne suffit : c'est leur accumulation et leur persistance qui comptent.
- Avant l'entrée au CPUn langage oral qui démarre tard ou reste difficile à comprendre peut précéder des difficultés à l'écrit. Chez les plus jeunes, découper un mot en syllabes ou repérer une rime pose problème. Si le langage oral vous inquiète, la page sur la dysphasie et le lien entre langage oral et lecture vous aidera.
- CP, deuxième trimestreLe son de chaque lettre, ou de groupes comme « ou » et « an », n'est toujours pas acquis. Des syllabes simples comme « ma » ou « to » restent impossibles à lire, ou sont lues avec de nombreuses erreurs.
- CP, fin d'annéeLes difficultés restent présentes, surtout si l'aide apportée en classe n'a donné que peu de progrès.
- CE1L'enfant lit lentement ou se trompe souvent, comprend mal ce qu'il a lu, et ses écrits sont difficiles à déchiffrer, avec de nombreux sons mal transcrits. Il arrive qu'il refuse de lire, rechigne à partir à l'école ou se plaigne du ventre ou de la tête.
- CE2 et aprèsDéchiffrage lent et fatigant, mots fréquents mal mémorisés, règles d'accord difficiles à appliquer, mots mal découpés à l'écrit.
- Entrée au collègeLa lecture est encore trop lente pour que le sens du texte soit saisi, et l'orthographe reste très désorganisée. La quantité de textes à lire augmente brutalement, ce qui révèle parfois des difficultés jusque-là compensées.
- Adolescence et âge adulteÉvitement de la lecture au profit des images, des vidéos ou de l'audio, lenteur à la prise de notes, fatigue face aux longs documents.
En classe, les enseignants remarquent souvent un décalage frappant : un enfant vif à l'oral et en difficulté à l'écrit, ou un travail important pour des résultats décevants. La copie et la prise de notes sont lentes, et la fatigue arrive vite.
Questionnaire pour les parents : ces signes sont-ils fréquents chez mon enfant ?
Douze questions courtes, regroupées en quatre thèmes, pour un enfant à partir du CP. Répondez d'après ce que vous observez depuis plusieurs semaines, pas sur une seule mauvaise journée. Comptez deux à trois minutes.
Ce questionnaire n'est pas un test de dyslexie. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas un bilan par des professionnels. Ses questions ont été rédigées pour ce site et ne reproduisent aucune échelle clinique. Vos réponses restent dans votre navigateur : rien n'est enregistré ni transmis.
Le bilan orthophonique et le parcours de diagnostic
Le chemin recommandé par la Haute Autorité de santé commence à l'école. Face à un enfant qui peine, l'enseignant met d'abord en place une aide pédagogique ciblée, explicite, en petit groupe, dont on mesure régulièrement les effets. Si les difficultés persistent après trois à six mois de cette aide, si elles sont d'emblée sévères ou si elles retentissent sur la vie de l'enfant, il est temps de solliciter un médecin : médecin traitant, pédiatre, médecin de PMI ou médecin de l'Éducation nationale.
- Proximité. Le médecin de l'enfant formule une première hypothèse, prescrit les bilans et suit l'évolution. L'orthophoniste réalise le bilan du langage écrit. C'est le niveau de la plupart des situations.
- Équipe spécialisée. En cas de doute, de troubles associés, de difficultés émotionnelles ou de progrès insuffisants, une équipe pluridisciplinaire formée aux troubles dys prend le relais.
- Centres de référence. Les centres de référence des troubles du langage et des apprentissages, situés dans les CHU, accueillent les situations les plus complexes.
Que regarde l'orthophoniste ?
C'est sur le bilan orthophonique que repose avant tout le diagnostic de dyslexie. L'orthophoniste observe si l'enfant lit juste, à quelle vitesse et avec quelle compréhension, comment il orthographie, et examine aussi ce qui sert d'appui à la lecture : la perception des sons, la mémoire, le langage parlé. Les épreuves utilisées sont étalonnées, c'est-à-dire comparées aux résultats d'enfants du même âge ou du même niveau scolaire. Selon le profil, le médecin peut demander d'autres examens : vue et audition pour écarter une cause sensorielle, bilan psychomoteur ou d'ergothérapie si l'écriture pose problème, bilan neuropsychologique si l'attention ou la mémoire interrogent. Tous ces intervenants sont présentés sur la page consacrée au bilan orthophonique et aux autres bilans.
À partir de quel âge peut-on parler de dyslexie ?
Comme la lecture s'apprend entre la grande section et la fin du CE1, le diagnostic est en pratique rarement posé avant 7 ou 8 ans. Avant, on parle plutôt de retard ou de signes d'alerte, qui justifient déjà une aide et une surveillance. Le manuel américain DSM exige par ailleurs que les difficultés se maintiennent pendant six mois au minimum, alors même qu'une aide adaptée a été apportée. Un enfant plus jeune peut en revanche bénéficier d'un bilan du langage oral si celui-ci inquiète.
Faut-il une ordonnance pour consulter un orthophoniste ?
La voie habituelle reste la prescription médicale. Depuis la loi du 19 mai 2023, un accès direct à l'orthophoniste, sans ordonnance, est possible lorsqu'il exerce dans un cadre coordonné : établissement de santé ou médico-social, maison ou centre de santé, et communauté professionnelle territoriale de santé si son projet le prévoit. Renseignez-vous auprès du professionnel.
Qu'est-ce qu'une plateforme de coordination et d'orientation ?
Quand un enfant montre des signes évocateurs d'un trouble du neurodéveloppement, ces plateformes permettent d'engager tôt des bilans et des premières interventions, avant même que le diagnostic soit confirmé. L'orientation passe par un médecin (médecin traitant, pédiatre, PMI ou médecin scolaire). Réservé au départ aux enfants de moins de 7 ans, le parcours a ensuite été ouvert jusqu'à 12 ans. Le médecin de votre enfant saura vous dire si cette voie convient.
Rééducation orthophonique de la dyslexie : ce que disent les études
La rééducation orthophonique travaille le décodage, la conscience des sons, la fluidité de lecture, l'orthographe et les stratégies qui permettent de compenser. Les recherches les plus solides concernent les approches structurées qui enseignent de façon explicite les correspondances entre lettres et sons.
- Une revue Cochrane publiée en 2018, qui réunit 14 études et 923 participants anglophones, montre que cet entraînement améliore la lecture de mots et la fluidité. Les effets sur la compréhension et l'orthographe restent incertains, et la qualité des preuves est jugée faible à modérée.
- Une méta-analyse de 22 essais randomisés publiée en 2014 aboutit à une conclusion proche : les approches centrées sur le lien lettres et sons sont les seules à montrer un effet significatif sur la lecture, un effet réel mais modeste, avec un petit bénéfice pour l'orthographe.
- Les verres ou filtres colorés et les entraînements auditifs n'ont pas montré d'effet dans ces travaux. Pour plusieurs autres méthodes, les études sont trop peu nombreuses pour conclure dans un sens ou dans l'autre.
Il n'existe pas de méthode miracle. La rééducation demande de la régularité et du temps, ses progrès sont réels mais souvent progressifs, et une prise en charge précoce est recommandée. Beaucoup d'outils et de programmes sont proposés aux familles sans avoir été évalués : en cas de doute, parlez-en à l'orthophoniste.
Dyslexie : les adaptations en classe et aux examens
Les adaptations permettent à l'élève dyslexique de montrer ce qu'il sait, au lieu d'être jugé sur sa vitesse de déchiffrage. Les fiches académiques sur les troubles du langage écrit proposent des pistes simples, souvent utiles à toute la classe :
- lire les consignes à voix haute, les découper en étapes et les reformuler ;
- ne pas imposer la lecture à voix haute devant les autres ;
- réduire la copie, fournir des photocopies ou des supports numériques du cours ;
- proposer des aides-mémoire pour les règles et la conjugaison, autoriser l'ordinateur si besoin ;
- aménager l'évaluation : dictée à trous, orthographe non pénalisée hors du français, oral privilégié, temps supplémentaire ou exercices en moins ;
- soigner la présentation : police simple sans empattement, taille suffisante, lettres, mots et lignes bien espacés.
PAP, PPS et tiers-temps
Pour un trouble dys, le dispositif le plus courant est le plan d'accompagnement personnalisé (PAP). Il peut être demandé par la famille ou proposé par l'école, et s'appuie sur l'avis du médecin de l'Éducation nationale. Il ne nécessite pas de reconnaissance de handicap. Quand ces aménagements ne suffisent pas, une demande auprès de la MDPH peut conduire à un projet personnalisé de scolarisation (PPS), avec du matériel adapté ou un accompagnement humain. Au brevet comme au baccalauréat, des aménagements d'épreuves peuvent être accordés, par exemple du temps supplémentaire, qui ne dépasse pas d'ordinaire le tiers de la durée prévue (le fameux « tiers-temps »). Mieux vaut anticiper : la demande se fait le plus souvent un an avant l'examen, et l'établissement communique le calendrier. Toutes les étapes sont détaillées sur la page consacrée aux adaptations en classe et aux examens.
Les polices spéciales et l'espacement du texte
Des polices de caractères ont été conçues spécialement pour les lecteurs dyslexiques. Les études qui les ont testées sont décevantes : ni chez une douzaine d'élèves de primaire américains, ni dans deux expériences néerlandaises menées auprès de 170 puis de 147 élèves, elles n'ont permis de lire plus vite ou avec moins d'erreurs. Elles ne sont pas nuisibles pour autant, et un enfant qui les apprécie peut les garder. L'espacement semble plus prometteur : une étude franco-italienne de 2012, menée auprès de 94 enfants dyslexiques de 8 à 14 ans, a observé une lecture plus rapide et presque deux fois moins d'erreurs avec des lettres et des mots plus espacés. Il s'agit d'une étude marquante, pas d'une certitude. Essayez par vous-même :
Le petit renard roux traversait la forêt en silence. Il cherchait un abri pour la nuit, loin du vent froid qui soufflait sur la colline.
Synthèse vocale, livres audio, dictée vocale, correcteur orthographique : ces aides donnent accès aux contenus sans passer par un déchiffrage épuisant. Elles se choisissent avec l'orthophoniste et l'école, en fonction de l'enfant. Retrouvez la synthèse vocale et les autres outils sur la page dédiée.
À la maison : soutenir la lecture sans abîmer le lien
Les parents se retrouvent souvent coincés entre deux craintes : en faire trop et transformer chaque soirée en bataille, ou ne pas en faire assez. Quelques repères aident à trouver un équilibre.
Garder le plaisir des histoires
Continuer à lire des histoires à voix haute, même à un enfant qui sait déjà lire, entretient le vocabulaire, la compréhension et le goût des livres. Les livres audio jouent le même rôle. L'enfant peut suivre le texte des yeux s'il le souhaite, sans obligation.
Des devoirs courts et bornés dans le temps
Mieux vaut un temps de travail limité et régulier qu'une séance interminable. Si les devoirs dépassent largement le temps prévu par l'enseignant, il est utile de le lui signaler : c'est une information précieuse pour ajuster les exigences. Lire la consigne à l'enfant, ou partager la lecture d'un texte (une phrase chacun), allège la charge sans faire le travail à sa place.
Valoriser l'effort et les autres talents
Un enfant dyslexique fournit souvent beaucoup d'efforts pour un résultat qui semble modeste. Souligner les progrès plutôt que les fautes, et laisser une vraie place aux activités où il se sent à l'aise (sport, dessin, musique, bricolage, cuisine), protège son image de lui-même.
Expliquer le trouble avec des mots simples
Mettre un nom sur la difficulté soulage souvent l'enfant qui se croyait « nul ». On peut lui dire que son cerveau apprend à lire par un chemin plus lent, que ce n'est pas de sa faute, et que des personnes sont là pour l'aider à trouver ses propres astuces.
D'autres pistes concrètes pour l'organisation des devoirs et le dialogue avec l'école se trouvent sur la page pour accompagner son enfant dys.
Dyslexie, émotions et estime de soi
Lire est présent partout à l'école, de la consigne de mathématiques au problème de sciences. Un enfant dyslexique se confronte donc à sa difficulté toute la journée, souvent sous le regard des autres. Une méta-analyse parue en 2019 a regroupé 34 études, soit plus de 16 000 jeunes : ceux qui lisaient difficilement avaient plus souvent des symptômes d'anxiété (écart d'ampleur modérée) et, dans une moindre mesure, des symptômes dépressifs. Une étude italienne suggère que l'estime de soi, le sentiment d'être capable et la qualité des relations avec les camarades pèsent beaucoup dans ce tableau.
Certains signes méritent d'être entendus : maux de ventre le matin, refus d'aller à l'école, colères au moment des devoirs, phrases comme « je suis bête », repli ou tristesse durable. La Haute Autorité de santé cite d'ailleurs le refus scolaire et les plaintes physiques parmi les signes d'alerte du CE1, et prévoit de faire appel à une équipe spécialisée lorsque des troubles émotionnels s'associent au trouble dys.
Un accompagnement psychologique et psychothérapeutique ne traite pas la dyslexie elle-même et ne remplace jamais la rééducation orthophonique. Il s'adresse au vécu : l'anxiété de performance, la honte, l'évitement, la confiance en soi, les tensions familiales autour de l'école. Au cabinet, cet espace est proposé à l'enfant, à l'adolescent et à ses parents, et peut s'articuler avec le travail des autres professionnels.
- Anxiété, fatigue et estime de soi chez l'enfant dys
- Pourquoi consulter quand un enfant est dys
- Troubles dys et TCC : apprivoiser l'anxiété et l'évitement
- EMDR et troubles dys : quand un vécu difficile s'ajoute
- Les thérapies cognitives et comportementales
- L'accompagnement de l'enfant et de l'adolescent
Dyslexie à l'adolescence et à l'âge adulte
La dyslexie commence pendant l'enfance, mais elle n'est pas toujours repérée à ce moment-là. Certains enfants compensent longtemps grâce à leur mémoire, à leur compréhension orale ou à beaucoup d'efforts, jusqu'au jour où la charge de lecture augmente : collège, lycée, études supérieures, concours, vie professionnelle. L'Association américaine de psychiatrie souligne que la gêne peut ne devenir évidente qu'à ce moment-là. Chez l'adulte, le diagnostic tient compte aussi du parcours scolaire : d'après le DSM, à partir de 17 ans, des difficultés anciennes bien documentées peuvent même tenir lieu de tests standardisés.
Découvrir sa dyslexie tard provoque souvent des sentiments mêlés : soulagement de comprendre, colère de ne pas avoir été aidé plus tôt, envie de reprendre confiance. Des aménagements existent dans l'enseignement supérieur, par l'intermédiaire du référent handicap de l'établissement, et au travail. Tout cela est détaillé sur la page dyslexie à l'âge adulte. Pour un soutien personnel, voir aussi l'accompagnement des adultes.
La dyslexie s'accompagne-t-elle souvent d'autres troubles ?
Oui, assez souvent. Une partie des enfants dyslexiques présentent aussi un trouble de l'attention, une dyscalculie ou des difficultés motrices. D'après une revue de 2019, l'association entre dyslexie et TDAH concernerait 25 à 40 % des personnes ayant l'un des deux troubles. Ces associations compliquent le bilan et justifient parfois une équipe pluridisciplinaire. La page dys et TDAH fait le point.
Vrai ou faux ? Quatre idées reçues sur la dyslexie
Retournez chaque carte pour découvrir la réponse.
« Un enfant dyslexique écrit les lettres à l'envers. »
« Avec des lunettes teintées, il lira mieux. »
« Ça passera en grandissant. »
« S'il faisait plus d'efforts, il y arriverait. »
Questions fréquentes sur la dyslexie et la dysorthographie
Quels sont les premiers signes de la dyslexie ?
Au deuxième trimestre du CP, un enfant qui n'associe pas encore les lettres aux sons ou qui lit les syllabes simples avec beaucoup d'erreurs mérite une attention particulière. Plus tôt, des difficultés de langage oral, de rimes ou de découpage en syllabes peuvent annoncer des difficultés à l'écrit. Ensuite viennent une lecture lente et hésitante, une orthographe très instable et une grande fatigue. C'est la persistance de ces signes malgré une aide en classe qui doit alerter.
Quelle différence entre dyslexie et dysorthographie ?
La dyslexie touche la lecture, la dysorthographie touche l'orthographe : lettres oubliées, mots mal découpés, écriture au son, règles d'accord fragiles. Les deux sont très souvent associées, car lire et écrire reposent sur le même lien entre lettres et sons. Dans les classifications, la dysorthographie relève du trouble des apprentissages avec déficit de l'expression écrite.
La dyslexie est-elle un problème de vue ?
Non. Les spécialistes la rattachent au langage, et plus précisément à la manière dont les sons de la langue sont traités. Faire contrôler la vue garde son intérêt, pour s'assurer qu'aucun autre problème ne s'ajoute, mais lunettes teintées, filtres de couleur et rééducation des mouvements des yeux n'améliorent pas durablement la lecture.
À quel âge faire un bilan orthophonique pour une dyslexie ?
Il n'y a pas d'âge fixe. La Haute Autorité de santé conseille de solliciter le médecin si les difficultés persistent après trois à six mois d'aide ciblée en classe, ou d'emblée si elles sont sévères. Le diagnostic de dyslexie est en pratique rarement posé avant 7 ou 8 ans, le temps que l'apprentissage de la lecture ait eu lieu. Un bilan du langage oral peut être fait plus tôt si l'oral inquiète.
Quelles adaptations en classe pour un enfant dyslexique ?
Consignes lues à voix haute et reformulées, pas de lecture imposée devant la classe, moins de copie et des photocopies du cours, ordinateur si besoin, évaluations aménagées et temps supplémentaire. Ces adaptations peuvent être inscrites dans un plan d'accompagnement personnalisé (PAP) et se poursuivre jusqu'aux examens, avec par exemple un temps majoré.
Peut-on découvrir sa dyslexie à l'âge adulte ?
Oui. La dyslexie commence dans l'enfance, mais certaines personnes compensent longtemps et ne sont repérées que lorsque les exigences de lecture augmentent, au lycée, dans les études supérieures ou au travail. Un bilan reste possible à l'âge adulte, et des aménagements existent dans l'enseignement supérieur et en entreprise.
Les polices spéciales pour dyslexiques sont-elles efficaces ?
Les essais publiés n'ont pas trouvé que ces polices font lire plus vite ou plus juste. Elles ne font pas de tort pour autant, et rien n'empêche un enfant qui s'y sent bien de les garder. Écarter davantage les lettres et les mots a donné des résultats encourageants dans une étude, qui demandent à être confirmés.