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Le relâchement des associations d’idées : la pensée perd son fil.
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En un siècle et demi, la schizophrénie a changé de nom, de théorie, de lieu de soin et de pronostic. On l’a crue incurable, on l’a enfermée, on l’a parfois maltraitée, puis on l’a écoutée, soignée, et l’on parle aujourd’hui de rétablissement. Cette histoire éclaire beaucoup des préjugés qui pèsent encore sur les personnes concernées.
Des descriptions de personnes qui entendent des voix, se croient persécutées ou tiennent des propos incompréhensibles existent depuis l’Antiquité. Mais elles se mêlent à toutes les formes de « folie », sans distinction. Selon les époques, ces personnes ont été vues comme possédées, inspirées, malades, dangereuses ou simplement marginales.
À la fin du XVIIIe siècle, la médecine aliéniste naît en France. La tradition raconte qu’en pleine Révolution, le médecin Philippe Pinel, avec le surveillant Jean-Baptiste Pussin, aurait fait ôter leurs chaînes aux aliénés de Bicêtre puis de la Salpêtrière. La scène a été embellie, mais elle symbolise un changement réel : la folie devient une affaire de médecine, et l’on croit possible un « traitement moral » fondé sur la relation et l’organisation de la vie quotidienne.
En 1838, une loi impose à chaque département de disposer d’un asile. Ces établissements, conçus comme des lieux de soin, deviendront vite surpeuplés et éloignés des villes. Ils marqueront durablement l’imaginaire de la maladie mentale.
Vers 1860, le psychiatre français Bénédict-Augustin Morel décrit des jeunes gens brillants qui, à l’adolescence, s’éteignent progressivement. Il parle de « démence précoce ». En Allemagne, Ewald Hecker décrit en 1871 l’hébéphrénie, une folie de la jeunesse marquée par la désorganisation, et Karl Kahlbaum décrit en 1874 la catatonie, dominée par les troubles du mouvement.
À la fin du siècle, le psychiatre allemand Emil Kraepelin réunit ces tableaux sous le nom de dementia praecox. Sa grande idée est d’observer l’évolution au long cours : il oppose cette maladie, qu’il croit évoluer vers un affaiblissement, à la « folie maniaco-dépressive », qui guérirait entre les épisodes. Cette dichotomie structure encore aujourd’hui la psychiatrie, même si elle est discutée.
Il décrivait une évolution défavorable dans la majorité des cas de ses patients hospitalisés, mais il avait lui-même observé des rémissions, et il nuança ses positions au fil des éditions de son traité. Le pessimisme associé à son nom vient aussi des conditions de l’époque : patients enfermés des années, sans traitement efficace, dans des asiles surpeuplés.
À Zurich, à la clinique du Burghölzli, le psychiatre Eugen Bleuler propose en 1908, puis développe en 1911 dans un ouvrage majeur, le terme de « schizophrénie ». Il parle d’emblée d’un « groupe des schizophrénies ». Pour lui, l’essentiel n’est pas l’évolution mais une perte de cohérence entre les fonctions psychiques. Il décrit quatre symptômes fondamentaux, restés célèbres sous le nom des « quatre A » :
Le relâchement des associations d’idées : la pensée perd son fil.
Des émotions émoussées ou en décalage avec ce qui est vécu.
Des sentiments ou des volontés contraires qui coexistent sans se résoudre.
Un repli sur un monde intérieur. Le mot sera repris plus tard, dans un autre sens, pour désigner les troubles du spectre de l’autisme.
Délires et hallucinations sont pour lui des symptômes « accessoires ». Il est aussi plus optimiste que Kraepelin : beaucoup de ses patients s’améliorent. À ses côtés, Carl Gustav Jung étudie la psychologie de la démence précoce et le sens des délires. La même année 1911, Sigmund Freud publie son analyse des Mémoires du président Daniel Paul Schreber, magistrat allemand qui avait raconté sa psychose. C’est le début d’une longue histoire entre psychanalyse et psychose, racontée dans la page schizophrénie et psychanalyse.
Dans les années 1930, faute de traitement efficace, les psychiatres essaient des méthodes de choc : comas provoqués par l’insuline, convulsions provoquées par des médicaments puis par l’électricité (l’électroconvulsivothérapie, qui reste aujourd’hui un traitement utile et encadré dans certaines indications), et lobotomie, une opération du cerveau aux conséquences souvent désastreuses, abandonnée depuis.
Sous le nazisme, des lois de stérilisation forcée ont visé les personnes atteintes de schizophrénie, puis un programme d’extermination a tué plusieurs dizaines de milliers de patients psychiatriques dans les hôpitaux allemands. En France, sous l’Occupation, environ 45 000 personnes internées dans les hôpitaux psychiatriques sont mortes de faim, de froid et de maladie. Ces drames rappellent ce que produit la croyance qu’une vie vaudrait moins qu’une autre.
Dans le même temps, des soignants inventent autre chose. À l’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, pendant la guerre, des psychiatres et des soignants ouvrent l’institution sur le village, cachent des résistants et partagent la nourriture avec les patients. Selon les témoignages, aucun patient n’y serait mort de faim. De cette expérience naîtra la psychothérapie institutionnelle, qui considère que l’hôpital lui-même doit être soigné pour pouvoir soigner.
En 1952, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, Jean Delay et Pierre Deniker montrent l’effet apaisant d’une molécule, la chlorpromazine, dont le chirurgien Henri Laborit avait remarqué les propriétés en anesthésie. C’est le premier « neuroleptique ». Pour la première fois, les délires et les hallucinations peuvent être atténués. Les portes des asiles peuvent s’ouvrir, et le nombre de lits va progressivement diminuer.
En 1960, une circulaire organise la psychiatrie française en « secteurs » : une même équipe suit les habitants d’un territoire, à l’hôpital et en ville, notamment dans les centres médico-psychologiques. L’idée est de soigner au plus près de la vie des gens. Ce modèle, mis en place progressivement, existe toujours.
Commercialisée en Europe au début des années 1970, elle est retirée dans plusieurs pays en 1975 après des décès liés à une chute des globules blancs. Elle revient à la fin des années 1980, quand une étude montre son efficacité supérieure chez les personnes résistantes aux autres traitements, avec une surveillance sanguine obligatoire. Elle reste aujourd’hui le traitement de référence des schizophrénies résistantes.
Dans les années 1950, certaines théories cherchent la cause de la schizophrénie dans la famille. L’expression de « mère schizophrénogène », proposée par la psychanalyste Frieda Fromm-Reichmann, et la théorie de la « double contrainte » de l’anthropologue Gregory Bateson et de ses collègues, ont fait beaucoup de mal aux familles, qui se sont senties accusées. Elles ont été abandonnées : aucun style éducatif ne provoque la schizophrénie. Ces théories ont toutefois attiré l’attention sur la communication familiale, que les approches de psychoéducation des familles ont ensuite reprises de façon utile et non culpabilisante.
Dans les années 1960 et 1970, le mouvement de l’antipsychiatrie, porté notamment par Ronald Laing, David Cooper et, en Italie, Franco Basaglia, conteste l’enfermement et le pouvoir psychiatrique. En Italie, une loi de 1978 programme la fermeture des hôpitaux psychiatriques. Ce mouvement a eu ses excès, mais il a fait progresser les droits des patients.
En 1980, le DSM-III introduit des critères précis et vérifiables, qui rendent le diagnostic plus fiable d’un clinicien à l’autre. La définition américaine de la schizophrénie, jusque-là très large, se resserre.
Depuis les années 1990, plusieurs mouvements transforment la manière de penser la schizophrénie :
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Un psychiatre suisse de Zurich, directeur de la clinique du Burghölzli, qui le propose en 1908 et le développe en 1911. Il remplace l’expression « démence précoce » rendue célèbre par un psychiatre allemand quelques années plus tôt.
Démence précoce, hébéphrénie, catatonie, et plus largement folie ou aliénation. La psychiatrie française décrivait aussi des délires chroniques, comme la psychose hallucinatoire chronique ou la paraphrénie, qui recoupent en partie la schizophrénie actuelle.
En 1952, à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, avec la chlorpromazine. C’est le premier antipsychotique. Il a permis d’ouvrir les services et de développer les soins hors de l’hôpital.
Non. Elle a été abandonnée : aucun style éducatif ne cause la schizophrénie. Les familles sont aujourd’hui considérées comme des partenaires du soin, et des programmes leur sont proposés pour les soutenir.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous entendez des voix qui vous ordonnent de vous faire du mal, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Hors urgence, le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur reçoit sans avance de frais. Les proches peuvent joindre l’Unafam au 01 42 63 03 03. Voir aussi la page aider un proche.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation, 365 jours par an.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.