Persécution
Être surveillé, suivi, empoisonné, visé par un complot. La peur est souvent intense et explique des comportements de retrait ou de défense.
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Entendre des voix, se sentir surveillé, perdre le fil de ses pensées, ne plus trouver l’élan de se lever : les symptômes de la schizophrénie sont nombreux, et aucune personne ne les présente tous. Les connaître aide à comprendre ce que vit la personne, à ne pas confondre la maladie et le caractère, et à repérer ce qui doit amener à consulter.
Les cliniciens regroupent les symptômes en grandes dimensions. Cette présentation, issue de décennies d’observation et confirmée par les études statistiques, permet de décrire chaque personne de façon plus fine qu’une étiquette unique. Elle sert aussi à choisir les soins : un antipsychotique agit surtout sur les symptômes positifs, la remédiation cognitive sur les difficultés cognitives, les TCC et la réhabilitation sur les symptômes négatifs et le fonctionnement.
Ce qui s’ajoute à l’expérience. Idées délirantes, hallucinations, sentiment que ses pensées sont lues, volées ou imposées. Ce sont les symptômes les plus visibles, ceux qui conduisent souvent aux premiers soins, et ceux qui répondent le mieux aux médicaments.
Ce qui perd sa cohérence. Discours qui saute d’une idée à l’autre, mots inventés, réponses à côté, comportements étranges ou inadaptés à la situation, émotions en décalage avec ce qui est dit. Les anciens auteurs parlaient de « discordance ».
Ce qui manque. Moins d’élan, moins de plaisir anticipé, moins d’expression des émotions, moins de paroles, moins de liens. Ces symptômes sont discrets mais pèsent lourd sur la vie quotidienne, et sont souvent pris pour de la paresse.
Ce qui ralentit le traitement de l’information. Attention, mémoire de travail, planification, vitesse, cognition sociale. Souvent présents avant le premier épisode, ils sont l’un des meilleurs prédicteurs de l’insertion professionnelle.
Ce qui fait souffrir en plus. Anxiété, dépression, sentiment de honte, idées suicidaires. Ils ne font pas partie des critères, mais ils sont très fréquents et doivent être recherchés et soignés à part entière.
Une idée délirante est une conviction inébranlable, qui ne cède pas devant les arguments ou les preuves contraires, et qui n’est pas partagée par le milieu culturel de la personne. Elle n’est pas une simple erreur : elle organise la manière dont la personne comprend ce qui lui arrive. Les thèmes les plus fréquents sont les suivants.
Être surveillé, suivi, empoisonné, visé par un complot. La peur est souvent intense et explique des comportements de retrait ou de défense.
Les gestes des passants, une plaque d’immatriculation, une chanson à la radio semblent adressés à soi, porteurs d’un message.
Se sentir piloté de l’extérieur, ses pensées volées, lues ou imposées, ses gestes commandés. Les psychiatres parlent de syndrome d’influence ou d’automatisme mental.
Avoir une mission, des pouvoirs, une filiation exceptionnelle, un lien direct avec Dieu ou l’univers.
Le corps se transforme, des organes sont modifiés, un objet a été implanté. Ces idées s’accompagnent parfois de sensations étranges.
Plus rares dans la schizophrénie, ils évoquent aussi d’autres troubles délirants, comme expliqué dans la page schizophrénie et paranoïa.
Dans la schizophrénie, les idées délirantes sont souvent multiples, mal reliées entre elles, parfois bizarres, c’est-à-dire impossibles dans la réalité. Les psychiatres parlent de délire « paranoïde », par opposition au délire « paranoïaque », très construit et logique en apparence, propre au trouble délirant.
Une hallucination est une perception sans objet : la personne entend, voit ou sent quelque chose que personne d’autre ne perçoit, avec la même force de réalité qu’une perception ordinaire. Ce n’est ni de l’imagination ni un mensonge.
Non. Entre 5 et 15 % des personnes de la population générale entendent des voix à un moment de leur vie, sans maladie, par exemple lors d’un deuil, d’un manque de sommeil, d’un stress intense ou à l’endormissement. Les voix se rencontrent aussi dans le trouble de stress post-traumatique, les troubles dissociatifs, le trouble bipolaire ou la dépression sévère. Ce qui compte, c’est le contexte, la souffrance, l’emprise des voix sur la vie et les autres symptômes associés. Le mouvement international des entendeurs de voix a montré qu’on peut apprendre à vivre avec elles.
Le psychiatre allemand Kurt Schneider a décrit dans les années 1950 des symptômes qu’il jugeait très évocateurs : voix qui commentent ou dialoguent, écho de la pensée, sentiment de vol ou d’imposition de la pensée, divulgation de la pensée, actes ou sensations imposés, perception délirante. On sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas spécifiques : ils se rencontrent dans d’autres troubles. La CIM-11 et le DSM-5-TR ne leur donnent plus de poids particulier, mais ils restent utiles pour décrire l’expérience.
La désorganisation touche la pensée, le discours et le comportement. C’est elle que Eugen Bleuler plaçait au cœur de la maladie, avec le relâchement des associations : les idées s’enchaînent selon des liens qui échappent à l’interlocuteur.
Les chercheurs décrivent aujourd’hui cinq domaines, parfois appelés « les cinq A ». Ils peuvent être primaires, liés à la maladie elle-même, ou secondaires : à une dépression, aux effets d’un traitement trop sédatif, à des voix envahissantes, à l’isolement ou au manque de stimulation. Cette distinction est importante, car les symptômes secondaires se traitent souvent mieux.
Difficulté à commencer et à poursuivre une activité, même souhaitée : se doucher, ranger, appeler un ami, chercher un travail.
Surtout une difficulté à anticiper le plaisir. Sur le moment, le plaisir est souvent présent, mais il ne motive plus à recommencer.
Moins d’intérêt pour les relations, retrait progressif, isolement, parfois par peur du regard des autres.
Visage moins mobile, voix monotone, gestes rares. L’émotion ressentie est souvent bien là, mais elle se voit moins.
Moins de paroles spontanées, réponses brèves, pensée qui semble pauvre alors qu’elle est surtout ralentie.
Reprocher à la personne son manque d’effort aggrave la honte et le retrait. Fractionner les tâches et valoriser chaque pas aide davantage.
La plupart des personnes ont des difficultés cognitives, souvent présentes avant même le premier épisode. Elles ne touchent pas l’intelligence au sens large, mais l’efficacité avec laquelle l’information est traitée. Elles expliquent une grande part des difficultés au travail et dans les études, davantage que les délires.
La cognition sociale mérite une mention particulière : reconnaître les émotions sur un visage, deviner ce que l’autre pense, interpréter une situation ambiguë sans la lire comme une menace. Certaines personnes ont aussi tendance à « sauter aux conclusions » à partir de peu d’indices, un biais que les TCC et l’entraînement métacognitif travaillent directement.
Le cabinet réalise des bilans neuropsychologiques complets (attention, mémoire, fonctions exécutives, langage, visuo-spatial) et propose des séances de remédiation cognitive. Ces bilans aident aussi à argumenter un dossier MDPH ou des aménagements d’études. Voir l’accompagnement au cabinet.
La souffrance émotionnelle accompagne très souvent la maladie. Une dépression peut survenir au début, pendant un épisode, ou après, lorsque la personne prend la mesure de ce qui s’est passé : on parle alors de dépression post-psychotique. L’anxiété, les attaques de panique, les symptômes obsessionnels et les séquelles de traumatismes sont fréquents.
Une personne qui parle de mourir, qui dit que ses voix lui ordonnent de se faire du mal, qui donne ses affaires, s’isole brusquement ou paraît soudain apaisée après une période très sombre doit être prise au sérieux. Appelez le 3114 ou le 15, et parlez-en à son psychiatre.
L’insight, c’est-à-dire la conscience d’être malade, fait aussi partie du tableau. Il varie selon les moments. Paradoxalement, retrouver la conscience de sa maladie peut s’accompagner d’un découragement : c’est un moment où le soutien psychothérapeutique compte beaucoup.
Beaucoup de chercheurs considèrent que les expériences psychotiques se situent sur un continuum avec des expériences ordinaires. Faites glisser le curseur pour parcourir ces repères. Ils sont pédagogiques : ils ne servent pas à se classer.
Trois situations inspirées de la clinique, rendues anonymes et inventées pour ce guide. Pour chacune, quelle dimension de symptômes est au premier plan ?
Situation 1
Depuis six mois, Thomas, 22 ans, ne sort plus de sa chambre que pour manger. Il dit aller bien, ne se plaint de rien, mais ne voit plus ses amis, a abandonné ses études et répond par monosyllabes.
Quelle dimension domine ?
Situation 2
Inès est convaincue que ses voisins installent des micros dans son appartement. Elle les entend commenter ses gestes à travers le mur. Elle a scotché les prises électriques.
Quelle dimension domine ?
Situation 3
Quand on lui demande comment s’est passée sa journée, Hugo parle du bus, puis de la couleur bleue qui « bleuit les idées », puis des pigeons du parc, et rit sans que l’on comprenne pourquoi.
Quelle dimension domine ?
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’adresse surtout aux proches qui s’inquiètent pour quelqu’un, mais il peut aussi être rempli pour soi. Il ne pose aucun diagnostic. Il dessine un profil animé des dimensions qui semblent au premier plan, pour mieux préparer un échange avec un médecin. Pensez aux trois derniers mois.
Le plus souvent, des signes discrets : repli sur soi, baisse des résultats, troubles du sommeil, méfiance, idées étranges, impression que le monde change. Les symptômes positifs comme les délires ou les voix apparaissent en général plus tard. Ces premiers signes justifient une consultation.
Les symptômes positifs s’ajoutent à l’expérience habituelle : délires, hallucinations. Les symptômes négatifs retirent quelque chose : élan, plaisir, expression des émotions, paroles, liens sociaux. « Positif » ne veut pas dire « bon ».
Non. Beaucoup de voix sont critiques ou menaçantes, mais certaines sont neutres ou bienveillantes. Leur contenu reflète souvent les préoccupations de la personne et son histoire, ce que les psychothérapies explorent.
Les antipsychotiques agissent peu sur eux. La remédiation cognitive, l’activité physique, un sommeil régulier et l’arrêt du cannabis les améliorent. Un bilan neuropsychologique permet de mesurer les difficultés et les ressources.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous entendez des voix qui vous ordonnent de vous faire du mal, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Hors urgence, le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur reçoit sans avance de frais. Les proches peuvent joindre l’Unafam au 01 42 63 03 03. Voir aussi la page aider un proche.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation, 365 jours par an.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.