Le journal des voix
Noter quand les voix sont plus fortes, dans quelles situations, avec quelle humeur, ce que l’on fait ensuite. Souvent, des liens apparaissent avec la fatigue, la solitude ou le stress.
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Les thérapies cognitives et comportementales ne cherchent pas à convaincre la personne qu’elle a tort. Elles partent de ce qui la fait souffrir aujourd’hui, des voix trop présentes, d’une peur constante, d’une perte d’élan, et construisent avec elle des outils concrets. Elles font partie des psychothérapies recommandées dans la schizophrénie, à côté du traitement médical.
Les TCC partent d’une idée simple : ce n’est pas seulement ce qui nous arrive qui nous fait souffrir, mais aussi la manière dont nous l’interprétons, et ce que nous faisons ensuite. Entendre une voix est une expérience. Croire que cette voix est toute-puissante, qu’elle va punir si l’on ne lui obéit pas, et s’enfermer chez soi pour l’éviter, transforme l’expérience en détresse et en handicap.
Dans la schizophrénie, les TCC ont été adaptées dès les années 1990, d’abord au Royaume-Uni. Elles reposent sur quelques principes forts :
La TCC des symptômes psychotiques s’attaque à la détresse liée aux voix et aux idées délirantes, à l’anxiété, à la méfiance, à la dépression associée. Elle est individuelle, sur au moins seize séances selon les recommandations britanniques, et peut être proposée à toutes les phases de la maladie.
L’entraînement métacognitif, souvent en groupe, fait découvrir de façon ludique les biais de raisonnement qui alimentent les délires : sauter aux conclusions, attribuer les événements aux autres, être trop sûr de soi quand on se trompe, mal lire les intentions. On apprend à « penser sur sa pensée ».
La remédiation cognitive entraîne l’attention, la mémoire, la planification et la flexibilité par des exercices progressifs, sur papier ou sur ordinateur, avec des stratégies transposables dans la vie quotidienne. Ses effets sur le fonctionnement sont bien démontrés.
L’entraînement aux habiletés sociales travaille, par des jeux de rôle, ce qui permet de reprendre contact : engager une conversation, exprimer un désaccord, demander de l’aide, gérer un conflit, passer un entretien d’embauche. Les programmes de cognition sociale apprennent à reconnaître les émotions et les intentions.
La psychoéducation transmet des connaissances sur la maladie, les traitements, les signes d’alerte, pour la personne et pour sa famille. En France, elle prend souvent la forme de programmes d’éducation thérapeutique, et de programmes pour les familles comme Profamille.
La prévention des rechutes consiste à repérer ses signes personnels d’alerte (sommeil, méfiance, irritabilité, retrait), à identifier ses déclencheurs, et à écrire un plan d’action avec ses proches et ses soignants.
Les recherches ont montré que la souffrance liée aux voix dépend beaucoup de ce que la personne croit à leur sujet : qui parle, quel pouvoir a cette voix, que se passera-t-il si l’on ne lui obéit pas. Une voix perçue comme toute-puissante et malveillante fait beaucoup plus souffrir qu’une voix au contenu identique perçue comme sans pouvoir.
Noter quand les voix sont plus fortes, dans quelles situations, avec quelle humeur, ce que l’on fait ensuite. Souvent, des liens apparaissent avec la fatigue, la solitude ou le stress.
Fredonner, écouter de la musique avec un casque, parler à quelqu’un, se concentrer sur une tâche, répondre à la voix à un moment choisi plutôt que tout le temps. Chacun constitue sa boîte à outils.
Examiner, pas à pas, les preuves du pouvoir de la voix : a-t-elle déjà réalisé ses menaces ? Que se passe-t-il quand on ne lui obéit pas, dans une petite situation sans danger ?
Des approches récentes, dont la thérapie dite « avatar », où la personne dialogue avec une représentation numérique de sa voix, aident à s’affirmer face à elle. La thérapie centrée sur la compassion travaille la honte et l’autocritique que les voix reflètent souvent.
Oui, autant que possible. Beaucoup de personnes taisent leurs voix par peur d’être hospitalisées ou de voir leur traitement augmenté. En parler permet de les comprendre et de trouver des stratégies. Si les voix ordonnent de se faire du mal ou de faire du mal à quelqu’un, il est important de le dire tout de suite, pour être aidé.
Attaquer une idée délirante de front est inutile et souvent contre-productif. Les TCC procèdent autrement : elles cherchent d’abord à comprendre comment la croyance s’est formée, ce qu’elle apporte, ce qu’elle coûte. Puis elles proposent d’explorer, avec curiosité, d’autres explications possibles, sans exiger que la personne abandonne la sienne.
Les programmes récents qui ciblent la méfiance agissent sur les facteurs qui l’entretiennent : rumination, mauvaise estime de soi, manque de sommeil, comportements de sécurité. Ils sont décrits dans la page schizophrénie et paranoïa.
Ce jeu reproduit une expérience classique de la recherche sur le raisonnement. Deux pots contiennent des billes orange et vertes, en proportions inverses. L’ordinateur en choisit un au hasard. Combien de billes avez-vous besoin de voir avant de décider ?
Le jeu n’a aucune valeur diagnostique. Il illustre un biais de raisonnement universel, que chacun peut apprendre à repérer.
Les symptômes négatifs résistent souvent aux médicaments. Les TCC ont montré qu’ils sont en partie entretenus par des croyances « défaitistes » : « à quoi bon essayer, je vais échouer », « je n’y arriverai pas », « les gens vont me rejeter ». Ces pensées, nées souvent d’échecs répétés et de la stigmatisation, freinent l’action, ce qui confirme le sentiment d’incapacité.
Choisir une activité minuscule mais concrète, la planifier, la faire, la noter, et en tirer une conclusion.
Se rappeler et noter le plaisir éprouvé, pour l’anticiper la fois suivante, là où il fait défaut.
La thérapie cognitive orientée vers le rétablissement part des rêves et des valeurs de la personne pour donner une direction à chaque petit pas.
La remédiation cognitive est un entraînement structuré des fonctions cognitives, souvent sur une trentaine de séances, individuelles ou en groupe. Elle commence par un bilan neuropsychologique, qui repère les difficultés et les points d’appui, et fixe des objectifs liés à la vie réelle : suivre un cours, garder un emploi, organiser ses courses. Elle améliore la cognition et, surtout lorsqu’elle est associée à un projet de réinsertion, le fonctionnement au quotidien.
Les programmes de cognition sociale apprennent à reconnaître les émotions sur un visage, à deviner les intentions d’autrui, à envisager plusieurs explications à une situation ambiguë. En France, plusieurs programmes ont été développés et sont proposés dans les centres de réhabilitation psychosociale.
Le bilan neuropsychologique et les séances de remédiation cognitive sont réalisés par la psychologue spécialisée en neuropsychologie du cabinet, forte de plus de vingt ans d’expérience à l’hôpital et en libéral. Les TCC sont pratiquées en séances de 45 ou 80 minutes, en cabinet ou en téléconsultation.
Voici trois situations du quotidien. Pour chacune, choisissez l’explication qui vous paraît la plus probable. Il n’y a pas de piège : l’idée est de voir que plusieurs explications sont possibles.
Situation 1
Dans le bus, deux personnes rient en regardant dans votre direction.
Situation 2
Un ami ne répond pas à votre message depuis hier.
Situation 3
Vous entendez votre prénom alors que vous êtes seul dans l’appartement, juste avant de vous endormir.
La TCC des psychoses est recommandée par les recommandations britanniques pour toutes les personnes présentant une psychose, en complément du traitement. Les grandes synthèses montrent des effets modestes mais réels sur les symptômes positifs, plus nets sur la détresse, l’anxiété, la dépression et le fonctionnement. La remédiation cognitive a des effets bien établis sur la cognition et le fonctionnement. La psychoéducation des familles réduit nettement les rechutes et les réhospitalisations.
Oui, avec des effets modestes sur les symptômes positifs et plus nets sur la détresse, l’anxiété, la dépression et le fonctionnement. Elle est recommandée en complément du traitement médicamenteux, à toutes les phases de la maladie.
Oui. La TCC aide à comprendre les voix, à réduire la peur qu’elles inspirent, à trouver des stratégies pour y faire face et à changer la relation avec elles.
Un entraînement structuré de l’attention, de la mémoire, de la planification et de la flexibilité, avec des stratégies applicables au quotidien. Elle commence par un bilan neuropsychologique et améliore le fonctionnement, surtout lorsqu’elle accompagne un projet concret.
Les recommandations proposent au moins seize séances pour une TCC des symptômes psychotiques. Le rythme est souvent hebdomadaire au début, puis s’espace. La remédiation cognitive compte souvent une trentaine de séances.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous entendez des voix qui vous ordonnent de vous faire du mal, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Hors urgence, le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur reçoit sans avance de frais. Les proches peuvent joindre l’Unafam au 01 42 63 03 03. Voir aussi la page aider un proche.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation, 365 jours par an.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.