Le trauma ancien
Des souvenirs qui restent « bloqués » et continuent de déclencher peur, honte, cauchemars. Ils colorent parfois le contenu des voix et des délires.
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Longtemps, on a pensé qu’il ne fallait surtout pas toucher aux souvenirs traumatiques d’une personne atteinte de schizophrénie, de peur de déclencher une rechute. Les études menées depuis une dizaine d’années ont changé la donne : avec des précautions, l’EMDR peut soigner les séquelles de traumatismes chez ces personnes, sans aggraver la psychose, et parfois en réduisant la méfiance.
Les personnes atteintes de schizophrénie ont, plus souvent que la population générale, vécu des traumatismes : violences dans l’enfance, harcèlement, agressions, abus sexuels, deuils brutaux, exil. Les adversités de l’enfance multiplient le risque de psychose par deux à trois. Et la maladie expose elle-même à de nouveaux traumatismes : l’épisode psychotique terrifiant, l’hospitalisation sous contrainte, la contention, l’isolement, la stigmatisation, les agressions dont ces personnes sont plus souvent victimes.
Des souvenirs qui restent « bloqués » et continuent de déclencher peur, honte, cauchemars. Ils colorent parfois le contenu des voix et des délires.
Vivre un épisode psychotique, c’est souvent vivre une terreur réelle. Une part importante des personnes garde des symptômes de stress post-traumatique après un premier épisode.
Hospitalisation contrainte, isolement, contention, interventions des forces de l’ordre : des expériences qui peuvent laisser des traces et éloigner des soins.
Pourtant, le stress post-traumatique reste souvent méconnu chez les personnes psychotiques : les cauchemars, l’hypervigilance, l’évitement, les reviviscences sont attribués à la psychose, et rarement traités pour eux-mêmes.
L’EMDR, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires, est une psychothérapie du trauma. Pendant que la personne se concentre sur un souvenir difficile, le thérapeute propose des stimulations bilatérales alternées : mouvements des yeux, sons ou tapotements. Ce double focus aide le cerveau à « digérer » le souvenir, qui perd sa charge émotionnelle et rejoint le passé. L’OMS la recommande depuis 2013 pour le stress post-traumatique, chez l’adulte, l’adolescent et l’enfant, et la Haute Autorité de santé depuis 2007.
Le site présente l’EMDR en détail dans sa page consacrée, avec le déroulement d’une séance et les indications.
En 2015, une équipe néerlandaise a publié dans une grande revue de psychiatrie un essai randomisé portant sur 155 personnes atteintes d’un trouble psychotique chronique et d’un stress post-traumatique. Elles ont reçu soit huit séances d’EMDR, soit huit séances d’exposition prolongée (une autre thérapie du trauma), soit rien pendant le temps de l’étude (liste d’attente).
D’autres études, plus petites, explorent l’usage de l’EMDR pour cibler directement des souvenirs liés aux voix ou aux idées de persécution, ou pour réduire l’impact traumatique d’un premier épisode. Leurs résultats sont encourageants mais encore préliminaires.
Cauchemars, reviviscences, hypervigilance, évitement liés à un événement du passé. C’est l’indication la mieux étayée.
Le premier épisode, une hospitalisation sous contrainte, une contention, une arrestation : des souvenirs qui peuvent être retraités.
Le moment où les voix sont apparues, ou les scènes qu’elles évoquent, quand elles sont liées à un trauma. À envisager avec prudence.
Travailler les souvenirs d’humiliation et la stigmatisation, et préparer des situations redoutées avec le « scénario du futur ».
L’EMDR ne se pratique pas pendant un épisode psychotique aigu, ni chez une personne non suivie médicalement. Elle intervient chez une personne stabilisée, en lien avec le psychiatre qui la suit.
Les séances d’EMDR durent 80 minutes, au cabinet ou en téléconsultation. Le clinicien est supervisé régulièrement, en EMDR adulte comme en EMDR enfant, et travaille en lien avec le psychiatre de la personne. Un bilan psycho-traumatique peut précéder la thérapie. Voir l’accompagnement au cabinet.
Le protocole standard compte huit phases. Chez une personne atteinte de schizophrénie, les deux premières sont souvent plus longues.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide à partir des symptômes de stress post-traumatique, ne reproduit pas une échelle validée et ne pose aucun diagnostic. Pensez à un événement difficile de votre vie, ou à une hospitalisation, et répondez pour le dernier mois.
Affirmation 1
Chez des personnes stabilisées et suivies, les études n’ont pas montré d’aggravation, au contraire.
Affirmation 2
Une part importante des personnes garde des symptômes de stress post-traumatique après un épisode ou une hospitalisation.
Affirmation 3
Elle soigne les séquelles du trauma, pas la psychose elle-même. Elle vient en complément.
Affirmation 4
Les idées paranoïdes ont baissé dans les groupes traités, et davantage de participants étaient en rémission.
Oui, chez une personne stabilisée, suivie par un psychiatre, avec un thérapeute formé à l’EMDR et à la clinique des psychoses. Les études montrent une bonne efficacité sur le stress post-traumatique associé, sans aggravation de la psychose.
Non. Elle soigne les séquelles des traumatismes, qui sont fréquentes chez les personnes atteintes de schizophrénie. Dans certaines études, la méfiance a aussi diminué, mais l’EMDR ne remplace pas le traitement de la psychose.
Dans le grand essai néerlandais, huit séances suffisaient à obtenir une amélioration nette. En pratique, le nombre dépend du nombre de souvenirs à traiter et de la durée de la préparation nécessaire.
Oui, avec des adaptations : stimulations visuelles à l’écran ou auto-tapotements. Pour une personne atteinte de psychose, la décision se prend au cas par cas, en tenant compte de sa stabilité et de son environnement.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous entendez des voix qui vous ordonnent de vous faire du mal, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Hors urgence, le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur reçoit sans avance de frais. Les proches peuvent joindre l’Unafam au 01 42 63 03 03. Voir aussi la page aider un proche.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation, 365 jours par an.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.