Persécution
Être victime d’un complot, espionné, harcelé, empoisonné, lésé.
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« Il est parano » : le mot s’emploie à tout propos. En psychiatrie, il recouvre pourtant des réalités très différentes : une méfiance ordinaire, une personnalité rigide et soupçonneuse, un délire construit comme une démonstration, ou les idées de persécution d’une schizophrénie. Les distinguer permet de comprendre ce que vit la personne et ce qui peut l’aider.
Le mot vient du grec et signifie à peu près « penser à côté ». Au XIXe siècle, la psychiatrie allemande l’emploie pour des délires chroniques. Emil Kraepelin lui donne un sens précis : un délire durable, systématisé, logique en apparence, sans hallucinations marquées, qui laisse intactes la clarté de la pensée et la vie en dehors du thème délirant. La psychiatrie française a décrit avec une grande finesse ces « délires paranoïaques » : interprétation, revendication, jalousie, érotomanie.
Dans la langue courante, « parano » désigne simplement quelqu’un de méfiant ou soupçonneux. Dans la schizophrénie, on parle d’idées délirantes de persécution, et l’on employait le terme de schizophrénie « paranoïde » pour les formes où elles dominent. Trois mots, trois réalités.
Les chercheurs ont montré que les pensées méfiantes sont très répandues dans la population générale et s’organisent comme une pyramide : beaucoup de gens ont des inquiétudes sur le regard des autres, moins nombreux sont ceux qui pensent qu’on leur veut du mal, et une petite minorité a des convictions de persécution graves. Faites glisser le curseur.
La psychiatrie française oppose depuis longtemps deux styles de délire. Cette distinction reste très utile en pratique.
Celui que l’on rencontre dans la schizophrénie.
Celui du trouble délirant, autrefois appelé paranoïa.
Un délire paranoïaque peut se développer « en secteur », limité à un domaine de la vie (un voisin, un employeur, un conjoint), ou « en réseau », en s’étendant progressivement à tout l’entourage.
Ce n’est pas une psychose, mais une manière d’être durable. La psychiatrie classique la décrivait par quatre traits : la méfiance, l’orgueil (une estime de soi à la fois haute et fragile), la fausseté du jugement (des raisonnements justes à partir de prémisses fausses) et la psychorigidité. Le DSM-5-TR parle d’une méfiance soupçonneuse envahissante, avec une tendance à lire de l’hostilité dans les intentions d’autrui, à garder rancune et à se sentir attaqué.
Ces personnes consultent rarement pour elles-mêmes, mais souvent pour les conflits que cette méfiance provoque, au travail ou en famille. Elles souffrent pourtant, d’un sentiment d’insécurité permanent. La relation thérapeutique demande de la transparence, de la constance et du tact : tout ce qui ressemble à une manipulation est vécu comme une confirmation de la méfiance.
Le DSM-5-TR définit le trouble délirant par une ou plusieurs idées délirantes présentes depuis au moins un mois, sans les autres symptômes de la schizophrénie, et avec un fonctionnement qui n’est pas nettement altéré en dehors du délire. Il est plus rare que la schizophrénie, et commence en général plus tard, vers 40 ans.
Être victime d’un complot, espionné, harcelé, empoisonné, lésé.
Certitude de l’infidélité du conjoint, fondée sur des « preuves » minimes. Un risque de violence existe et doit être pris au sérieux.
Conviction d’être aimé en secret par une personne, souvent d’un statut élevé, qui envoie des signes.
Talent exceptionnel, découverte majeure, lien privilégié avec une personnalité.
Conviction d’une odeur corporelle, d’un parasite, d’une malformation.
Lutte acharnée pour réparer un préjudice ressenti, procès en cascade, lettres aux autorités.
La CIM-11 code ce trouble 6A24. Les anciens délires d’interprétation, passionnels et de revendication, présentés dans la page anciennes appellations, en sont les ancêtres.
Les recherches sur la persécution ont identifié plusieurs mécanismes qui l’entretiennent : l’inquiétude et la rumination, qui font tourner en boucle les scénarios menaçants ; une mauvaise estime de soi, qui rend plus sensible au rejet ; le manque de sommeil ; des expériences perceptives inhabituelles qui demandent une explication ; la tendance à conclure vite à partir de peu d’indices ; et les comportements de sécurité, comme éviter de sortir, qui empêchent de vérifier que la menace ne se réalise pas. Des programmes de TCC ciblent un à un ces mécanismes, avec des résultats encourageants, y compris en réalité virtuelle pour réapprendre à se sentir en sécurité dehors.
Sigmund Freud, en analysant le récit du président Daniel Paul Schreber, a décrit la projection : ce qui ne peut être reconnu en soi revient de l’extérieur sous forme de menace. Jacques Lacan, dont la thèse de 1932 portait sur une femme atteinte de paranoïa, a montré comment le délire peut être une tentative de solution, une manière de reconstruire un monde habitable. Ces lectures invitent à écouter le délire plutôt qu’à le combattre de front. Voir schizophrénie et psychanalyse.
Situation 1
Bernard, 55 ans, est persuadé depuis deux ans que son voisin cherche à lui nuire : il a relevé chaque bruit, chaque voiture garée devant chez lui, et a constitué un dossier de deux cents pages. En dehors de cela, il travaille et vit normalement.
Quel tableau évoquer ?
Situation 2
Jade, 21 ans, entend des voix qui la menacent, pense que ses pensées sont captées par une puce, que les étoiles lui envoient des codes, et a abandonné ses études. Son discours saute d’une idée à l’autre.
Quel tableau évoquer ?
Situation 3
Karim, 38 ans, se méfie de ses collègues depuis toujours, interprète les remarques comme des attaques, garde rancune, multiplie les conflits. Il n’a jamais eu de conviction délirante.
Quel tableau évoquer ?
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’inspire des travaux sur la méfiance dans la population générale. Il ne reproduit pas une échelle validée et ne pose aucun diagnostic. Pensez au dernier mois.
Dans la schizophrénie, le délire est souvent multiple, flou, associé à des hallucinations, une désorganisation et des symptômes négatifs : on le dit paranoïde. Dans la paranoïa, aujourd’hui appelée trouble délirant, le délire est construit, logique en apparence, souvent sans hallucinations, et la vie est préservée en dehors du thème délirant.
Une ancienne forme de schizophrénie, la plus fréquente, dominée par les idées délirantes, surtout de persécution, et les hallucinations. Les classifications actuelles ne reconnaissent plus de sous-types, mais le terme reste courant.
Le plus souvent non. Certaines situations comportent cependant un risque : délire de jalousie, sentiment de persécution par une personne précise, projet de se défendre. Elles doivent être prises au sérieux et conduire à demander de l’aide.
Oui, même si c’est souvent long. Les antipsychotiques peuvent atténuer la conviction délirante, et les psychothérapies, cognitives ou d’inspiration analytique, aident à réduire la souffrance, l’anxiété et les conflits. L’alliance thérapeutique est la clé.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous entendez des voix qui vous ordonnent de vous faire du mal, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Hors urgence, le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur reçoit sans avance de frais. Les proches peuvent joindre l’Unafam au 01 42 63 03 03. Voir aussi la page aider un proche.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation, 365 jours par an.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
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