Idées délirantes persistantes
Persécution, référence, grandeur, contrôle, thèmes corporels ou bizarres.
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Paranoïde, hébéphrénique, catatonique, simple : ces formes ont longtemps structuré l’enseignement de la psychiatrie. Les deux grandes classifications internationales les ont abandonnées au profit d’une description par dimensions et par évolution. Voici ce qui a changé, ce que disent précisément les critères, et comment s’y retrouver parmi les troubles voisins.
Deux systèmes coexistent. Le DSM, manuel diagnostique et statistique de l’Association américaine de psychiatrie, est très utilisé dans la recherche et l’enseignement. La CIM, classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé, sert de référence officielle dans le monde, notamment pour les statistiques de santé et les systèmes d’assurance maladie. En France, l’hôpital code encore largement en CIM-10, la transition vers la CIM-11 étant progressive.
Ces manuels décrivent des tableaux pour que les cliniciens parlent le même langage. Ils ne disent rien de l’histoire de la personne, du sens de ses symptômes ni de ses ressources. Un diagnostic est un point de départ pour les soins et les droits, pas un portrait. C’est l’une des raisons pour lesquelles le cabinet associe toujours l’entretien clinique, les tests et l’histoire de vie.
Le DSM-5 de 2013, révisé en 2022 sous le nom de DSM-5-TR, range la schizophrénie dans le chapitre « Spectre de la schizophrénie et autres troubles psychotiques ». La révision de 2022 a surtout actualisé les textes descriptifs, sans changer l’esprit des critères. En résumé :
Après un an d’évolution, le clinicien peut préciser le cours : premier épisode ou épisodes multiples, actuellement en épisode aigu, en rémission partielle ou complète, ou évolution continue. Il peut ajouter « avec catatonie ». Il peut enfin coter, de 0 à 4, la sévérité actuelle de huit dimensions : hallucinations, idées délirantes, discours désorganisé, comportement psychomoteur anormal, symptômes négatifs, cognition, dépression et manie. Cette cotation figure dans la section des outils d’évaluation du manuel, et elle est facultative.
Il figure dans la section III du DSM-5-TR, celle des conditions qui demandent davantage d’études. Il décrit des symptômes psychotiques atténués, présents au moins une fois par semaine depuis un mois, apparus ou aggravés depuis un an, avec une souffrance. Il correspond aux jeunes « à haut risque » décrits dans la page premiers signes. Ce n’est pas un diagnostic officiel.
La CIM-11, adoptée par l’OMS et en vigueur depuis le 1er janvier 2022, place la schizophrénie (code 6A20) dans le groupe « Schizophrénie ou autres troubles psychotiques primaires ». Sa définition repose sur la présence, la plupart du temps pendant au moins un mois, d’au moins deux symptômes, dont au moins un symptôme « central » :
Persécution, référence, grandeur, contrôle, thèmes corporels ou bizarres.
Le plus souvent auditives, parfois d’autres modalités.
Discours désorganisé, relâchement des associations, néologismes.
Sentiment que ses pensées, ses émotions ou ses actes sont imposés ou contrôlés de l’extérieur.
Émoussement affectif, alogie, avolition, asociabilité, anhédonie.
Comportement bizarre ou sans but, agitation, catatonie.
La CIM-11 précise le cours de la maladie : premier épisode (6A20.0), épisodes multiples (6A20.1) ou évolution continue (6A20.2), chacun pouvant être « actuellement symptomatique », « en rémission partielle » ou « en rémission complète ». Elle propose aussi de décrire, avec le code 6A25, l’intensité de six types de manifestations : positives, négatives, dépressives, maniaques, psychomotrices et cognitives, chacune cotée absente, légère, modérée ou sévère.
Le DSM-5-TR exige six mois de signes continus et un déclin du fonctionnement. La CIM-11 se contente d’un mois de symptômes et ne fait pas du déclin un critère obligatoire. Une même personne peut donc recevoir un diagnostic de schizophrénie selon la CIM-11 et de trouble schizophréniforme selon le DSM-5-TR pendant les premiers mois.
| Point | DSM-5-TR (2022) | CIM-11 (2022) |
|---|---|---|
| Nombre de symptômes | 2 sur 5, dont 1 délire, hallucination ou discours désorganisé | 2, dont 1 symptôme central (délire, hallucination, trouble de la pensée, influence) |
| Durée | 1 mois de phase active, 6 mois de signes continus | 1 mois la plupart du temps |
| Déclin du fonctionnement | Obligatoire | Non obligatoire |
| Sous-types (paranoïde, etc.) | Supprimés depuis 2013 | Supprimés |
| Évolution | Spécifications après 1 an | Premier épisode, multiples, continu |
| Dimensions | 8 dimensions cotées de 0 à 4 (facultatif) | 6 manifestations cotées (6A25) |
| Catatonie | Spécification « avec catatonie » | Catégorie distincte, codée en plus |
| Code | F20.9 (codes CIM-10-CM utilisés aux États-Unis) | 6A20 |
La CIM-10 distinguait encore plusieurs formes, héritées de Emil Kraepelin et Eugen Bleuler. On les entend toujours en consultation, dans les courriers médicaux ou les dossiers MDPH anciens. Les voici, avec ce qu’elles décrivaient.
Pourquoi les avoir supprimées ? Parce qu’elles étaient peu stables dans le temps (une même personne passait d’une forme à l’autre), peu fiables d’un clinicien à l’autre, et qu’elles prédisaient mal l’évolution et la réponse aux soins. La description par dimensions, qui peut changer d’un moment à l’autre, rend mieux compte de la réalité. L’histoire de ces formes, et d’autres appellations plus anciennes, est racontée dans la page anciennes appellations.
La schizophrénie appartient à une famille de troubles qui partagent des symptômes psychotiques. Les distinguer est important, car le pronostic et les soins diffèrent.
Dans le DSM-5-TR, le trouble psychotique bref dure au moins un jour et moins d’un mois, avec un retour complet à l’état antérieur. La CIM-11 décrit un trouble psychotique aigu et transitoire, d’installation rapide (moins de deux semaines), aux symptômes changeants, qui dure au plus trois mois. La psychiatrie française parlait de « bouffée délirante aiguë ». Une partie de ces épisodes ne se reproduira jamais, une autre évoluera vers un autre trouble.
Propre au DSM-5-TR : mêmes symptômes que la schizophrénie, mais durée totale d’un à six mois, et déclin du fonctionnement non exigé. Environ deux tiers des personnes concernées reçoivent ensuite un diagnostic de schizophrénie ou de trouble schizoaffectif ; un tiers se rétablit.
Symptômes de schizophrénie et épisodes thymiques (dépression ou manie) présents en même temps, avec des périodes de délire ou d’hallucinations sans trouble de l’humeur. On distingue un type bipolaire et un type dépressif. La frontière avec la schizophrénie et le trouble bipolaire est discutée.
Une ou plusieurs idées délirantes durables, souvent bien construites (persécution, jalousie, érotomanie, thèmes corporels), sans les autres symptômes de la schizophrénie, et avec un fonctionnement souvent préservé en dehors du délire. C’est l’héritier des « délires paranoïaques » de la psychiatrie classique. Voir schizophrénie et paranoïa.
Une manière d’être durable, faite d’idées inhabituelles, de pensée magique, de perceptions étranges, de méfiance, de bizarreries et de difficultés relationnelles, sans psychose franche. La CIM-11 la classe dans le groupe des troubles psychotiques (6A22), le DSM-5-TR à la fois dans ce spectre et parmi les troubles de la personnalité.
Cannabis, cocaïne, amphétamines, hallucinogènes, certains médicaments (corticoïdes, antiparkinsoniens), et des maladies comme l’épilepsie, certaines encéphalites auto-immunes, des maladies thyroïdiennes ou des tumeurs peuvent provoquer une psychose. Les rechercher fait partie de tout bilan d’un premier épisode. Voir diagnostic différentiel.
Dans le DSM-5-TR, la durée des symptômes est l’un des éléments qui distinguent trois troubles aux symptômes proches.
Trois situations fictives, construites pour ce guide. Le diagnostic réel demande toujours une évaluation complète : il s’agit ici d’apprendre à raisonner.
Cas 1 · Clara, 24 ans
Après une rupture brutale, Clara est persuadée en quelques jours d’être espionnée et entend des voix. Trois semaines plus tard, sous traitement, tout a disparu. Elle reprend son travail normalement.
Selon le DSM-5-TR, quel diagnostic évoquer ?
Cas 2 · Malik, 19 ans
Depuis quatre mois, Malik entend des voix qui commentent ses actes, pense que ses pensées sont diffusées à la radio et a quitté la fac. Avant, aucun signe particulier.
Selon le DSM-5-TR, quel diagnostic évoquer pour l’instant ?
Cas 3 · Sarah, 31 ans
Sarah a connu deux épisodes maniaques avec délire de grandeur, mais aussi, entre ces épisodes et avec une humeur normale, plusieurs mois de voix et d’idées de persécution.
Quel diagnostic évoquer ?
Choisissez, pour chaque code, le trouble qui lui correspond.
Les classifications actuelles (DSM-5-TR et CIM-11) ne reconnaissent plus de sous-types. Elles décrivent l’évolution (premier épisode, épisodes multiples, forme continue) et l’intensité de plusieurs dimensions. Les anciennes formes paranoïde, hébéphrénique, catatonique, simple ou résiduelle restent utilisées dans le langage courant.
Le terme n’existe plus dans les classifications, mais il décrit toujours une réalité clinique fréquente : une schizophrénie où les idées délirantes et les hallucinations sont au premier plan. Il figure encore dans de nombreux courriers médicaux.
Dans le trouble schizoaffectif, des épisodes dépressifs ou maniaques marqués occupent une grande partie de l’évolution, en même temps que les symptômes psychotiques, avec des périodes de délire sans trouble de l’humeur. Dans la schizophrénie, les épisodes thymiques sont absents ou brefs.
6A20. Le premier épisode est codé 6A20.0, les épisodes multiples 6A20.1 et la forme continue 6A20.2. En CIM-10, encore utilisée en France, le code est F20.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.