Avoir peur pour l’autre
Le voir souffrir, s’isoler, renoncer, et se demander jusqu’où cela ira. L’anxiété est contagieuse : on finit parfois par s’inquiéter de son inquiétude.
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Vous faites les courses parce qu’il n’ose plus aller au supermarché. Vous répondez pour la dixième fois que oui, la porte est bien fermée. Vous avez renoncé aux vacances en avion, vous envoyez un message toutes les heures pour la rassurer, et vous ne savez plus si vous aidez ou si vous entretenez. Vivre avec une personne anxieuse, qu’elle soit votre conjoint, votre enfant, votre parent ou votre ami, demande beaucoup d’amour et beaucoup d’énergie. Cette page aide à comprendre ce qui se joue, à soutenir sans s’épuiser, à poser des limites avec douceur, et à prendre soin de soi.
L’anxiété ne reste jamais confinée à la personne qui la ressent. Elle s’installe dans le couple, dans la famille, dans l’amitié, et elle modifie peu à peu les habitudes de tous. Les proches décrivent souvent un mélange d’émotions difficiles à avouer.
Le voir souffrir, s’isoler, renoncer, et se demander jusqu’où cela ira. L’anxiété est contagieuse : on finit parfois par s’inquiéter de son inquiétude.
Les arguments ne marchent pas (« mais enfin, tu sais bien que l’avion est sûr »), les encouragements non plus. On a l’impression de tout essayer, sans résultat.
Les courses, les démarches, les trajets, les coups de fil, les enfants : le proche prend en charge ce que l’anxiété empêche. À la longue, c’est épuisant.
Il arrive de s’énerver (« tu exagères ! »), puis de s’en vouloir. Ces moments sont humains, et ils disent surtout que le proche aussi a besoin d’aide.
Moins de sorties, de voyages, d’invitations. Le monde du proche rétrécit en même temps que celui de la personne anxieuse.
Par loyauté, par pudeur, par peur de trahir l’autre. Beaucoup de proches n’en parlent à personne, et s’isolent à leur tour.
Les spécialistes appellent accommodation tout ce que les proches font, par amour, pour éviter à la personne anxieuse de ressentir de l’anxiété : rassurer, accompagner, faire à sa place, éviter certains sujets ou certains lieux, modifier les habitudes de la famille. Sur le moment, c’est apaisant pour tout le monde. À long terme, cela renforce l’idée que la situation est dangereuse et que la personne ne pourrait pas y faire face seule. Les études montrent que plus l’accommodation est importante, plus les symptômes ont tendance à être sévères, chez l’enfant comme chez l’adulte. Touchez les cartes pour voir les formes les plus courantes.
Repérer ces accommodations n’est pas un reproche : ce sont des réponses naturelles et aimantes. L’objectif n’est pas de les supprimer d’un coup, ce qui serait brutal, mais de les réduire progressivement, ensemble, en remplaçant le « je fais pour toi » par le « je crois en toi ».
La formule qui ressort de la recherche et de la clinique tient en deux mots : empathie et confiance. Reconnaître que la peur est réelle et pénible, et exprimer sa confiance dans la capacité de l’autre à la traverser. Ni « ce n’est rien », ni « tu as raison d’avoir peur ».
Si c’est une première crise, si la personne a mal à la poitrine, ou si vous avez un doute, contactez les services d’urgence. Voir crise d’angoisse et panique.
Pour chaque situation, choisissez la réponse qui soutient sans entretenir la peur.
Dans un couple, l’anxiété de l’un redistribue souvent les rôles. L’un devient le protecteur, celui qui gère, rassure, conduit ; l’autre devient le protégé, qui se sent parfois soulagé, parfois diminué. Ce partage peut convenir un temps, puis devenir pesant : le protecteur s’épuise ou se sent seul, le protégé perd confiance en lui et peut éprouver de la honte ou de la dépendance. Des disputes apparaissent autour des sorties, des vacances, de l’argent, des enfants.
Renoncer à l’avion, aux week-ends, aux soirées entre amis. Plutôt que de renoncer en bloc, on peut chercher ensemble des étapes intermédiaires, qui deviennent des objectifs de thérapie.
L’anxiété, la fatigue et les tensions pèsent sur le désir et sur la disponibilité. L’anxiété de performance peut aussi s’inviter dans la sexualité elle-même. Voir anxiété de performance sexuelle.
Chez certaines personnes, l’anxiété se concentre sur le couple : peur d’être quitté, besoin d’être rassuré sur l’amour, jalousie. Elle dit souvent quelque chose d’une histoire d’attachement. Voir émotions et couple.
Préserver des moments où l’on n’est pas « l’aidant » et « l’anxieux », mais deux personnes qui partagent autre chose : humour, projets, plaisirs.
La thérapie de couple peut aider quand l’anxiété organise la vie à deux : elle permet de comprendre ce qui se joue entre les partenaires, de construire ensemble un plan pour réduire les accommodations, et d’alléger les reproches de part et d’autre. Le psychothérapeute du cabinet, formé aux thérapies de couple et familiales, peut proposer ces séances en parallèle ou à la suite d’un travail individuel.
Beaucoup de parents anxieux s’inquiètent de « transmettre » leur anxiété à leurs enfants. Cette inquiétude est fondée en partie : le tempérament se transmet, et les enfants apprennent beaucoup en observant. Un parent qui évite, vérifie, s’alarme, transmet sans le vouloir l’idée que le monde est dangereux. Mais un parent qui reconnaît son anxiété, en parle avec des mots simples et se fait aider transmet aussi quelque chose de précieux : on peut avoir peur et faire face.
Si votre enfant est lui-même anxieux, la page l’anxiété de l’enfant et de l’adolescent détaille comment l’aider. Et si c’est votre propre parent, âgé ou non, qui est anxieux, les mêmes principes s’appliquent : empathie, confiance, et réduction progressive de ce que l’on fait à sa place, en tenant compte de ses capacités réelles.
Réduire les accommodations n’est pas abandonner l’autre : c’est lui faire confiance. Voici une façon de s’y prendre qui a fait ses preuves, notamment dans les programmes destinés aux parents d’enfants anxieux, et qui s’adapte au couple.
Si votre proche parle de mourir, dit qu’il n’en peut plus, se fait du mal, ou si sa détresse devient insupportable, ne restez pas seul avec cela. Encouragez-le à consulter rapidement son médecin traitant et contactez-le vous-même si besoin. En cas de danger immédiat, adressez-vous aux services d’urgence. Vous pouvez aussi en parler lors d’un rendez-vous au cabinet. Ce n’est pas le moment de réduire les accommodations : la sécurité passe d’abord.
Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic. Il aide à repérer la place que l’anxiété de votre proche prend dans votre vie, et ce que vous faites, par amour, pour l’apaiser. Répondez pour le dernier mois.
Une situation inventée pour ce guide, inspirée de ce que l’on entend souvent en consultation.
Situation
Depuis deux ans, Léa souffre d’attaques de panique et d’agoraphobie. Thomas l’accompagne au travail, fait toutes les courses, a renoncé à son club de foot du jeudi pour ne pas la laisser seule le soir. Il l’aime, mais il se sent épuisé et un peu en colère, puis coupable de l’être. Léa, elle, se sent « un poids » et n’ose plus rien demander, tout en ne pouvant rien faire sans lui.
Quelle piste semble la plus utile ?
On ne peut pas soutenir durablement quelqu’un en s’oubliant soi-même. Prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme : c’est la condition pour rester un soutien solide, et c’est aussi un message de confiance envoyé à l’autre (« tu peux te passer de moi quelques heures »).
Une activité, des amis, du repos, qui ne dépendent pas de l’anxiété de l’autre. Les reprendre est souvent une étape thérapeutique pour tout le monde.
Un ami, un membre de la famille, un professionnel : pouvoir dire ce que l’on vit, y compris la colère et la fatigue, sans trahir l’autre.
Une consultation pour soi, en tant que proche, aide à comprendre ce qui se joue, à tenir la ligne de la réduction des accommodations et à ne pas s’effondrer.
Elles permettent de remettre du jeu dans les rôles, de parler sans reproche et de construire un plan commun. Le cabinet propose des thérapies de couple et familiales.
Le psychothérapeute reçoit la personne anxieuse en individuel, et peut proposer des séances de couple ou de famille, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation. Les proches peuvent aussi consulter pour eux-mêmes. Voir notre approche de l’anxiété et EMDR et thérapie familiale.
Affirmation 1
Faux. La réassurance répétée soulage quelques minutes et entretient le besoin d’être rassuré. Une réponse, puis de la confiance, aide davantage.
Affirmation 2
Vrai. Se sentir compris apaise. Reconnaître l’émotion ne veut pas dire confirmer le danger.
Affirmation 3
Faux. Les confrontations brutales augmentent souvent la peur et abîment la confiance. Les progrès se font par étapes choisies.
Affirmation 4
Vrai. Être accompagné aide à tenir sur la durée, à comprendre ce qui se joue et à ne pas s’épuiser.
Affirmation 5
C’est plus nuancé. Réduire brutalement peut être vécu comme un abandon. Réduire progressivement, en l’annonçant avec tendresse et en restant présent, c’est au contraire faire confiance.
Affirmation 6
Vrai, en partie. Mais un parent qui se fait aider et montre qu’on peut avoir peur et faire face transmet aussi ce courage.
En associant empathie et confiance, en réduisant progressivement ce que vous faites à sa place, et en gardant des espaces pour vous. Encourager votre conjoint à consulter, et envisager des séances de couple, aide aussi beaucoup.
Une fois, oui. Répéter la même réassurance entretient le doute. Mieux vaut répondre une fois, reconnaître que le doute est pénible, et exprimer votre confiance dans sa capacité à le supporter.
On ne peut forcer personne, mais on peut en parler à un moment calme, sans reproche, en partant de ce que vous observez et de ce que vous ressentez, et proposer de l’aider à prendre rendez-vous. La téléconsultation peut être une première marche plus facile.
Oui. Une consultation pour vous aide à comprendre ce qui se joue, à trouver la bonne distance et à ne pas vous épuiser. Elle peut aussi préparer une démarche de couple ou de famille.
Les mêmes principes s’appliquent : reconnaître sa peur, l’encourager à faire ce qu’il peut encore faire, éviter de tout prendre en charge. Un avis médical est important, car l’anxiété d’apparition tardive peut avoir des causes physiques, médicamenteuses ou s’associer à une dépression ou à des troubles de la mémoire.
Un premier rendez-vous, seul, en couple ou en famille, permet de comprendre ce que l’anxiété fait à vos liens et de trouver ensemble une façon de vous en libérer. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.