Partager plutôt que s’isoler
Une série regardée à deux, un jeu en coopération, une vidéo qu’on se montre : l’écran devient un moment commun.
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« Tu m’écoutes ? — Oui, oui. » Il fait défiler son fil, elle regarde sa série, ils sont assis l’un à côté de l’autre et chacun est ailleurs. Les écrans se sont glissés au cœur de l’intimité : à table, au lit, dans les disputes, dans la jalousie. Ils sont rarement la cause d’une crise de couple, souvent son théâtre. Cette page parle du « phubbing », du conjoint absorbé, de la jalousie numérique et de la surveillance, avec un petit simulateur de dîner, et des pistes pour en parler sans faire de procès.
Le mot anglais phubbing est né de la contraction de phone (téléphone) et snubbing (snober) : c’est le fait de prêter attention à son téléphone plutôt qu’à la personne avec qui l’on est. Tout le monde le fait, et tout le monde le subit. Lever le doigt pour dire « attends » au milieu d’une phrase, répondre à un message pendant que l’autre raconte sa journée, consulter l’écran dès qu’il s’allume sur la table.
Des études ont commencé à mesurer ce phénomène dans les couples. Elles associent un « phubbing » fréquent par le partenaire à une moindre satisfaction dans la relation, à davantage de conflits et, chez certains, à un sentiment de solitude à deux. Il s’agit d’associations : un couple qui va moins bien peut aussi se réfugier davantage dans les écrans. Mais le mécanisme est facile à comprendre. Chaque fois que l’un se tourne vers l’écran au moment où l’autre cherchait son attention, il envoie, sans le vouloir, un petit message : « ce qui se passe là-dedans est plus intéressant que toi ».
Le chercheur américain John Gottman, qui a observé des milliers de couples, parle de « demandes de lien » : ces petites invitations quotidiennes (« regarde ce coucher de soleil », « tu sais ce qui m’est arrivé ? ») auxquelles on peut répondre en se tournant vers l’autre, en s’en détournant, ou en s’y opposant. Dans ses observations, les couples qui durent sont ceux qui se tournent le plus souvent vers ces demandes. Le téléphone est devenu l’une des façons les plus courantes de s’en détourner, sans même s’en rendre compte.
Exemple fictif : Karim et Sarah, ensemble depuis huit ans, dînent un mardi soir. Mettez-vous à la place de Karim et choisissez à chaque étape. La jauge montre la « connexion » du couple ce soir-là. Il n’y a pas de piège : seulement des choix très ordinaires.
Ce que montre le simulateur : aucun choix n’est spectaculaire, aucun ne détruit un couple. Mais ces petits moments s’additionnent, soir après soir, dans un sens ou dans l’autre. Et les réponses défensives (« toi aussi tu es tout le temps dessus ! ») transforment vite une demande de lien en dispute. La bonne nouvelle, c’est qu’il suffit souvent de quelques gestes simples pour inverser la tendance.
Il joue jusqu’à deux heures du matin. Elle enchaîne les séries dès que les enfants sont couchés. Il répond à ses mails de travail pendant les vacances. Pour celui ou celle qui attend, c’est souvent une solitude difficile à dire : « je n’ose pas me plaindre, ce n’est qu’un jeu », « j’ai l’impression de passer après son téléphone ». Pour celui ou celle qui est absorbé, l’écran est parfois le seul moment où il souffle, ou un endroit où il fuit sans le savoir.
Quand un conjoint disparaît dans un écran, il vaut la peine de se demander ce que l’écran fait pour lui. Touchez les cartes.
Dans notre pratique de thérapie de couple, il est fréquent que le « problème des écrans » soit la porte d’entrée d’autre chose : une fatigue qui ne se dit pas, une sexualité devenue difficile, un deuil, une arrivée d’enfant qui a bouleversé les places, une solitude ancienne que chacun rejoue. L’écran devient alors l’objet visible d’un malaise plus large. Le nommer ensemble est souvent un premier pas.
Les réseaux sociaux ont donné à la jalousie de nouveaux aliments : un « j’aime » sur la photo d’un ou d’une ex, un nouvel abonné inconnu, une conversation effacée, un « vu » sans réponse, une heure de connexion. Ils ont aussi donné de nouveaux moyens de vérifier : regarder le téléphone de l’autre, suivre sa localisation, guetter son activité. Et plus on vérifie, plus on trouve des détails à interpréter.
Une émotion humaine. La jalousie est une émotion normale, qui signale la peur de perdre quelqu’un auquel on tient. Une pointe de jalousie devant une photo ambiguë n’a rien d’inquiétant, surtout si l’on peut en parler simplement : « ça m’a fait quelque chose de voir ça ». C’est la façon de la vivre, et ce qu’on en fait, qui compte.
Vérifier pour se rassurer, et s’inquiéter davantage. On regarde le téléphone de l’autre pour être tranquille. On ne trouve rien, on est soulagé une heure, puis le doute revient. Ou l’on trouve un détail ambigu, et l’angoisse monte. La vérification fonctionne comme dans l’anxiété : elle soulage sur le moment et entretient le doute. Quand cette jalousie trouve ses racines dans une trahison passée (une infidélité, un abandon dans l’enfance), elle peut se travailler, et l’EMDR est souvent utile pour apaiser les souvenirs qui alimentent l’alarme. Voir traumatisme d’attachement et EMDR.
La frontière avec la violence. Exiger les mots de passe, imposer la géolocalisation, lire les messages en cachette ou sous la contrainte, interdire certains contacts, exiger des preuves de l’endroit où l’on est, menacer de diffuser des photos intimes : ce n’est plus de la jalousie ordinaire, c’est du contrôle. Ces comportements font partie de ce que les professionnels appellent le contrôle coercitif, une forme de violence dans le couple, même sans coups. Si vous vous reconnaissez d’un côté ou de l’autre, il est important d’en parler à un professionnel. Voir aussi sortir de l’emprise.
Être surveillé, menacé ou forcé dans son couple n’est jamais normal, même au nom de l’amour. Parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel, et prenez rendez-vous si vous le souhaitez. En cas de danger immédiat, adressez-vous sans attendre aux services d’urgence ou à la police.
Le téléphone au lit est devenu banal : on fait défiler côte à côte avant de dormir, on répond à un dernier message. Des enquêtes suggèrent que les écrans dans la chambre réduisent les moments d’échange et de tendresse, et retardent le sommeil des deux partenaires. L’intimité, elle, a besoin de temps disponible et d’attention.
D’autres questions se posent : les messages échangés avec un tiers qui deviennent trop intimes, l’usage de la pornographie vécu très différemment par les deux partenaires, les photos intimes et ce qu’elles deviennent. Ces sujets sont souvent chargés de honte et de non-dits. Ils méritent d’être abordés sans jugement, et ils relèvent parfois d’un travail de couple ou de sexologie. Voir sexualité et couple et la sexologie au cabinet.
Il n’y a pas de réponse universelle : chaque couple a ses propres frontières, souvent implicites. Ce qui fait souffrir, c’est en général le secret, la mise à l’écart et l’impression que l’intimité est partagée ailleurs. Plutôt que de chercher qui a raison, il est utile de mettre des mots sur ce que chacun considère comme une limite, et sur ce qui manque dans le couple. Une thérapie de couple peut aider à traverser une crise de confiance.
Il serait injuste de ne voir que l’ombre. Les écrans permettent aussi aux couples à distance de se voir chaque soir, aux partenaires de s’envoyer un mot tendre au milieu d’une journée difficile, de jouer ensemble, de partager une série comme un rituel, de garder le lien avec les amis et la famille. Le même téléphone qui sépare à table peut rapprocher à huit cents kilomètres. Encore une fois, tout dépend de l’usage, du moment, et de ce qu’il remplace.
Une série regardée à deux, un jeu en coopération, une vidéo qu’on se montre : l’écran devient un moment commun.
Un message qui dit « je pense à toi » est une demande de lien à distance. Répondre compte autant qu’à la maison.
Appels vidéo, photos du quotidien : pour les couples séparés par le travail ou les études, les écrans sont un pont précieux.
Le sujet des écrans déclenche vite les reproches croisés. Quelques repères issus de la thérapie de couple aident à en parler autrement.
Le psychothérapeute reçoit les couples, avec une approche intégrative. L’écoute analytique aide à comprendre ce qui se rejoue entre les partenaires, et ce que l’écran vient dire ou éviter. L’EMDR peut apaiser une jalousie nourrie par une trahison passée ou une blessure d’attachement. Des outils des TCC aident à construire de nouvelles habitudes communes. Quand un TDAH semble jouer un rôle, la neuropsychologue peut réaliser un bilan. Voir la thérapie de couple et émotions et couple.
Huit questions sur le dernier mois, à faire seul ou à deux (chacun de son côté, puis on compare). Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic : la jauge montre la place que les écrans prennent entre vous.
C’est le fait de prêter attention à son téléphone plutôt qu’à la personne avec qui l’on est. Des études l’associent, dans les couples, à une moindre satisfaction et à davantage de conflits. Il est presque toujours réciproque, et quelques règles communes suffisent souvent à le réduire.
En parler à un moment calme, en exprimant ce que vous ressentez plutôt qu’en accusant, et chercher ensemble ce que le jeu lui apporte. S’il voudrait s’arrêter sans y parvenir, ou si le jeu semble cacher un mal-être, un accompagnement individuel ou de couple peut aider.
L’envie est fréquente quand on doute. Mais la vérification soulage peu de temps et entretient souvent le doute. Il vaut mieux parler de ce qui inquiète. Exiger l’accès au téléphone ou surveiller l’autre relève du contrôle, qui n’est jamais une solution saine.
Oui. Une jalousie intense s’enracine souvent dans une blessure ancienne (trahison, abandon) ou une insécurité profonde. La psychothérapie aide à la comprendre, et l’EMDR peut apaiser les souvenirs qui alimentent l’alarme. La thérapie de couple aide à reconstruire la confiance.
Les plus utiles sont simples : pas de téléphone à table, le chargeur hors de la chambre, un moment à deux sans écran chaque semaine, et la liberté de dire « tu peux poser ton téléphone ? » sans que ce soit un reproche. L’essentiel est qu’elles valent pour les deux.
Si les écrans sont devenus un sujet de dispute, de solitude ou de jalousie dans votre couple, un premier rendez-vous permet de prendre un peu de recul, seul ou à deux. Le cabinet propose des thérapies de couple, au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.