La résilience
Avoir traversé des crises terribles et être toujours là. Beaucoup de personnes disent en tirer une force tranquille face aux difficultés ordinaires.
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On parle beaucoup de ce que la schizophrénie enlève, et presque jamais de ce qu’elle laisse intact, ni des forces que les personnes développent pour vivre avec elle. Les soins modernes s’appuient pourtant sur ces ressources. Cette page propose une lecture honnête : les fragilités réelles, ce qu’on peut faire pour les compenser, et les points d’appui sur lesquels construire.
Pendant longtemps, la psychiatrie a décrit la schizophrénie uniquement par ses manques. Les personnes ont fini par se voir à travers ces descriptions : « je suis malade », « je ne sers à rien ». Les approches orientées vers le rétablissement ont renversé la perspective. Elles partent d’un constat simple : chacun garde des compétences, des goûts, des valeurs, des relations, et c’est sur eux que l’on construit.
Ce n’est pas une méthode pour « voir le verre à moitié plein ». Les études montrent que les accompagnements fondés sur les forces améliorent l’espoir, l’estime de soi et le sentiment de contrôle, qui sont eux-mêmes associés à une meilleure évolution. Et qu’à l’inverse, l’autostigmatisation entretient les symptômes négatifs et la dépression.
Il ne s’agit pas de les minimiser. Elles sont réelles, variables d’une personne à l’autre et d’une période à l’autre, et elles méritent d’être reconnues pour être compensées.
La difficulté : attention qui se disperse, mémoire de travail limitée, difficulté à planifier.
Les stratégies : une tâche à la fois, des listes, un agenda, des alarmes, des pauses régulières, un environnement calme. La remédiation cognitive entraîne ces fonctions et apprend des astuces de compensation.
La ressource : une pensée souvent originale, capable d’associations inattendues, une attention parfois très fine aux détails.
La difficulté : émotions intenses et difficiles à exprimer, anxiété, sensibilité au rejet.
Les stratégies : nommer ses émotions, repérer ce qui les déclenche, la respiration lente, la relaxation, les activités apaisantes, une psychothérapie.
La ressource : une grande sensibilité, souvent une forte empathie pour la souffrance des autres.
La difficulté : retrait, méfiance, difficulté à décoder les intentions, peur du jugement.
Les stratégies : des contacts courts et prévisibles, des lieux bienveillants (groupes d’entraide), l’entraînement aux habiletés sociales, dire à ses proches ce qui aide.
La ressource : une loyauté et une authenticité souvent remarquées par l’entourage, et la capacité à reconnaître la souffrance d’autrui.
La difficulté : manque d’élan, rythmes décalés, tâches administratives qui s’accumulent.
Les stratégies : une routine simple et régulière, des repères fixes (lever, repas, coucher), une aide à domicile ou un service d’accompagnement si besoin.
La ressource : la capacité à s’appuyer sur des rituels, qui stabilisent et rassurent.
La difficulté : fatigue, sensibilité au stress, interruptions de parcours, discrimination à l’embauche.
Les stratégies : temps partiel, aménagements de poste, emploi accompagné, reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, formation progressive.
La ressource : la persévérance de celles et ceux qui ont dû recommencer plusieurs fois, et une grande fiabilité dans des tâches choisies.
La difficulté : effets des traitements, tabac, sédentarité, accès aux soins somatiques.
Les stratégies : un médecin traitant, une activité physique adaptée, un accompagnement à l’arrêt du tabac, une surveillance régulière.
La ressource : la connaissance fine de son propre corps et de ses signaux, que beaucoup développent avec l’expérience.
Les personnes en voie de rétablissement, les pairs-aidants et les cliniciens décrivent souvent des forces nées de l’épreuve. Elles ne sont pas une compensation automatique de la maladie, et chacun ne les a pas toutes. Mais elles existent, et méritent d’être nommées.
Avoir traversé des crises terribles et être toujours là. Beaucoup de personnes disent en tirer une force tranquille face aux difficultés ordinaires.
Une connaissance de la maladie de l’intérieur, que les soignants n’ont pas. Elle fonde la pair-aidance, aujourd’hui reconnue dans les équipes.
Avoir souffert rend souvent attentif à la souffrance des autres, et peu enclin au jugement.
Écriture, dessin, musique, photographie : beaucoup trouvent dans la création un moyen d’expression et parfois de stabilisation.
Avoir été « hors norme » donne parfois un regard critique et original sur les conventions sociales.
Connaître ses signes d’alerte, ses limites, ce qui aide : une compétence rare, que la psychothérapie aide à développer.
Parler des forces ne revient pas à dire que la schizophrénie serait une chance, ni que la souffrance rendrait plus créatif. La maladie fait souffrir, isole, et réduit l’espérance de vie. Les forces dont nous parlons sont celles des personnes, pas celles de la maladie. Elles se révèlent le plus souvent quand les symptômes sont apaisés et que la personne est soutenue.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’inspire des approches orientées vers les forces. Il ne mesure rien de façon scientifique : il aide à se rappeler ce sur quoi l’on peut s’appuyer. Il peut aussi être rempli par un proche, en pensant à la personne.
Chaque personne a ses propres forces. Beaucoup décrivent une grande sensibilité, de l’empathie, de la créativité, une résilience née des épreuves, et un savoir sur la maladie que l’on appelle savoir expérientiel. Ces forces sont celles des personnes, pas de la maladie.
La sensibilité au stress, la fatigue et la lenteur cognitive, les difficultés d’attention et de mémoire, le retrait social, le manque d’élan, et les effets des traitements. Des stratégies et des aides existent pour chacune.
Pas directement. Certaines personnes trouvent dans la création un moyen d’expression précieux, et des liens modestes existent entre vulnérabilité aux psychoses et créativité. Mais la maladie active gêne plutôt la création.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez, vous ou votre proche, et de construire un accompagnement psychothérapeutique en lien avec le psychiatre ou le médecin qui suit la personne. Adolescents, adultes, couples et familles sont reçus au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.