Une humeur changeante
Passer de la joie à l’agacement dans une journée, selon ce qui arrive, fait partie de la vie. Un épisode bipolaire dure des jours ou des semaines et associe plusieurs signes, dont des changements du sommeil et de l’énergie.
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On entend « bipolaire » partout, parfois pour parler d’une simple humeur changeante. Le trouble bipolaire est pourtant une maladie précise, décrite depuis longtemps, qui obéit à des critères stricts. Voici ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, et ce que disent les chiffres.
Le trouble bipolaire est une maladie psychiatrique chronique caractérisée par des troubles récurrents de l’humeur. L’humeur, ici, ne désigne pas les émotions du moment mais la tonalité de fond qui colore tout : l’énergie, la vitesse de la pensée, l’estime de soi, le sommeil, l’envie d’agir.
Chez une personne atteinte, cette tonalité peut basculer pendant des jours ou des semaines, soit vers l’exaltation (on parle d’épisode maniaque, ou hypomaniaque quand il est moins intense), soit vers l’effondrement (épisode dépressif). Entre deux épisodes, l’humeur redevient normale ou presque. Ces intervalles peuvent durer longtemps : la maladie ne se résume pas à ses crises.
Trois éléments permettent de distinguer un épisode d’une variation ordinaire de l’humeur :
L’alternance d’excitation et d’abattement intrigue les médecins depuis l’Antiquité. Les auteurs grecs décrivaient déjà la manie et la mélancolie, et Aristote s’interrogeait sur les liens entre mélancolie et génie. Le nom actuel est beaucoup plus récent.
Pas tout à fait. Le passage de « psychose maniaco-dépressive » à « trouble bipolaire » a eu un effet positif : le mot fait moins peur et encourage à consulter. Mais plusieurs psychiatres et psychanalystes s’inquiètent d’un usage trop large. Dans un cours de l’EPhEP, la psychiatre et psychanalyste relève l’inflation des diagnostics et rappelle que les coordinateurs du DSM eux-mêmes ont critiqué certaines dérives. Le psychanalyste distingue de son côté les formes sévères, qui peuvent ruiner une vie, des simples variations d’humeur aujourd’hui parfois rangées sous la même étiquette. La page bipolarité et psychanalyse développe ce débat.
Les estimations varient selon la façon de compter. La brochure Psycom indique qu’environ 1 % de la population mondiale présenterait un trouble bipolaire de type I ou II au cours de sa vie, une proportion qui varie peu d’un pays à l’autre. L’OMS estime qu’en 2023, environ 36 millions de personnes vivaient avec un trouble bipolaire dans le monde.
La HAS indique qu’une personne sur deux atteinte de trouble bipolaire fera au moins une tentative de suicide au cours de sa vie, et l’Assurance maladie estime que le risque de décès par suicide pourrait concerner environ 10 % des malades. Ce risque est plus élevé dans les premières années qui suivent le diagnostic, lors des épisodes dépressifs et des états mixtes. Il est fortement atténué par les traitements. Psycom invite les proches à évoquer ouvertement les idées suicidaires, pour aider la personne à trouver de l’aide. En cas de doute, le 3114 répond jour et nuit.
L’OMS indique que les personnes vivant avec un trouble bipolaire meurent en moyenne treize ans plus tôt que la population générale. Le suicide n’est pas la seule explication. La Fondation FondaMental souligne que les maladies somatiques, notamment cardiovasculaires et métaboliques, sont environ deux fois plus fréquentes et insuffisamment dépistées. Le suivi médical régulier du corps fait donc partie du soin, au même titre que celui de l’humeur.
Passer de la joie à l’agacement dans une journée, selon ce qui arrive, fait partie de la vie. Un épisode bipolaire dure des jours ou des semaines et associe plusieurs signes, dont des changements du sommeil et de l’énergie.
Être enthousiaste, impulsif ou sensible n’est pas une maladie. Le trouble bipolaire marque une rupture avec la façon d’être habituelle, que l’entourage remarque souvent.
La personne reste la même. C’est son humeur, et ce qui en dépend, qui se dérègle par périodes. « Bipolaire » ne veut pas dire « deux personnes en une ».
La maladie est chronique, mais le rétablissement est possible. Beaucoup de personnes travaillent, ont une vie de famille et des projets, avec un traitement et un suivi adaptés.
D’autres troubles peuvent ressembler à une bipolarité, comme le TDAH, le trouble de la personnalité borderline ou une dépression récurrente. Ils sont comparés dans la page diagnostic et diagnostics différentiels. Les clichés les plus tenaces sont passés en revue dans idées reçues.
Le trouble bipolaire évolue par épisodes et rémissions, parfois selon un rythme saisonnier, avec par exemple une exaltation en été et une dépression en hiver. Avec un traitement bien suivi, l’humeur peut rester stable longtemps. Certaines personnes gardent des fluctuations résiduelles qui pèsent sur la vie quotidienne, et c’est aussi l’objet du suivi.
Le diagnostic tardif n’est pas anodin. La brochure Psycom souligne qu’il peut influencer la fréquence des cycles, la durée des épisodes et leurs conséquences : dépenses excessives, dettes, consommation d’alcool ou de drogues, mise en danger, perte d’emploi. Repérer tôt, c’est se donner plus de chances de limiter ces dégâts.
Le patient doit s’imposer comme un véritable acteur de son rétablissement.
Annie Labbé, association Argos 2001, citée par Psycom
Le rétablissement ne veut pas dire que la maladie a disparu. Il désigne une vie choisie, avec ses projets et ses liens, dans laquelle la maladie a une place connue et surveillée. Les pages signes d’alerte et rechutes et vie quotidienne, travail et études donnent des outils concrets.
Six affirmations, vrai ou faux. Les réponses sont expliquées dans cette page et dans le reste du guide.
Dans le langage courant, les deux mots désignent la même maladie. Le terme médical est « trouble bipolaire », qui a remplacé « psychose maniaco-dépressive ». « Bipolarité » est plus souvent employé dans le grand public.
Environ 1 % de la population au cours de la vie pour les types I et II selon la brochure Psycom, et environ 36 millions de personnes dans le monde en 2023 selon l’OMS. Les estimations varient selon les méthodes et les formes prises en compte.
On parlait autrefois de psychose maniaco-dépressive. Aujourd’hui, le trouble bipolaire est classé parmi les troubles de l’humeur. Des symptômes psychotiques, comme des idées délirantes, peuvent survenir lors des épisodes maniaques ou dépressifs sévères, mais ils ne sont pas toujours présents.
Oui, beaucoup de personnes travaillent, ont une vie affective et familiale et mènent leurs projets. Cela demande un traitement suivi, une bonne connaissance de ses signes d’alerte et un mode de vie qui protège le sommeil et limite l’alcool et les drogues.
Une psychothérapie ne répond pas à l’urgence. Si vous êtes en danger, si vous pensez au suicide ou si un proche vous inquiète gravement, appelez sans attendre :
Toutes les ressources utiles sont réunies dans la page urgences et numéros utiles.
Un premier rendez-vous permet de faire le point, d’entendre ce que vous vivez et de réfléchir ensemble à l’accompagnement le plus adapté, en lien avec le psychiatre ou le médecin qui vous suit. Les adolescents, les adultes, les couples et les familles sont reçus, au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.