Crises non épileptiques psychogènes
Abrégé en CNEP. Il dit ce que ces crises ne sont pas (une décharge épileptique) et l’origine qu’on leur reconnaît (psychique au sens large). Certains patients y entendent, à tort, « c’est dans votre tête ».
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Il y a eu les urgences, les antiépileptiques qu’on augmente sans résultat, puis quelques jours d’hospitalisation avec des électrodes sur la tête et une caméra au plafond. Et un matin, cette phrase du neurologue : « vos crises ne sont pas épileptiques ». Beaucoup entendent « vous n’avez rien », ou pire, « vous faites semblant ». Ce n’est ni l’un ni l’autre. Les crises non épileptiques psychogènes, qu’on appelle aussi crises fonctionnelles ou crises dissociatives, sont réelles, involontaires, souvent impressionnantes, et elles se soignent. Le soin passe d’abord par la psychothérapie : c’est même là que nous pouvons le plus.
Le vocabulaire a beaucoup changé, et il n’est pas neutre. On a longtemps parlé de « pseudo-crises », un mot que les patients détestaient à juste titre : il laissait entendre une imitation, presque une tricherie. On ne l’emploie plus. Aujourd’hui, trois appellations cohabitent, chacune éclairant une facette.
Abrégé en CNEP. Il dit ce que ces crises ne sont pas (une décharge épileptique) et l’origine qu’on leur reconnaît (psychique au sens large). Certains patients y entendent, à tort, « c’est dans votre tête ».
Le cerveau n’est pas abîmé, mais son fonctionnement se dérègle pendant un moment, un peu comme un ordinateur sain qui se fige à cause d’un logiciel. Ce terme rattache ces crises aux troubles neurologiques fonctionnels.
Il désigne ce qui se passe le plus souvent : une déconnexion automatique de la conscience, du corps ou du contrôle des mouvements. La CIM-11 classe d’ailleurs ces crises parmi les troubles dissociatifs.
Nous utilisons volontiers les trois, selon les personnes. Celui qui compte, au fond, est celui qui permet au patient de comprendre ce qui lui arrive sans se sentir accusé. Sur la classification elle-même, la page dissociation : DSM-5-TR et CIM-11 donne les repères.
Dans une crise d’épilepsie, des neurones se mettent à décharger ensemble de façon anormale, et l’électroencéphalogramme en garde la trace. Dans une crise fonctionnelle, rien de tel : l’activité électrique reste celle d’un cerveau éveillé, ou parfois d’un cerveau qui se déconnecte. Ce qui se dérègle, c’est la manière dont le cerveau traite ce qu’il éprouve.
L’image qui parle à beaucoup de patients est celle du disjoncteur. Quand la tension monte trop, émotion, souvenir, sensation corporelle, fatigue extrême, un mécanisme automatique coupe le courant. Il protège, en quelque sorte, mais il se déclenche trop tôt, trop fort, et parfois pour des raisons qu’on ne perçoit pas. Le philosophe et médecin Pierre Janet, à la fin du XIXe siècle, décrivait déjà cette « désagrégation » de la conscience, ces moments où une partie du fonctionnement psychique échappe à la personne. Ses mots ont vieilli, son observation pas du tout.
Les chercheurs Richard Brown et Markus Reuber ont proposé un modèle qui aide beaucoup en séance : à force de répétition, le cerveau aurait mis en mémoire une sorte de programme de crise, un enchaînement tout prêt de sensations et de mouvements. Certaines situations, souvent minimes ou inaperçues, l’activent automatiquement, comme une habitude du corps. On ne choisit pas plus de déclencher ce programme qu’on ne choisit de sursauter. En revanche, on peut apprendre à le repérer, à le désamorcer, et à apaiser ce qui l’alimente.
Le diagnostic de crises fonctionnelles relève du neurologue. Il ne se fait pas « par défaut », parce qu’on n’aurait rien trouvé : il repose sur des signes positifs, observés pendant les crises. La Ligue internationale contre l’épilepsie a décrit en 2013 plusieurs niveaux de certitude, selon ce dont on dispose. Voici le chemin habituel, raconté simplement.
Certains signes orientent, sans jamais suffire seuls : le neurologue les regarde ensemble.
| Pendant la crise | Plutôt évocateur d’une crise fonctionnelle | Plutôt évocateur d’une crise épileptique |
|---|---|---|
| Les yeux | Souvent fermés, parfois serrés, résistance quand on veut les ouvrir | Le plus souvent ouverts |
| La durée | Souvent longue, plusieurs minutes, avec des moments d’accalmie et de reprise | Le plus souvent brève, une à deux minutes pour une crise généralisée |
| Les mouvements | Variables, désynchronisés, mouvements de la tête de droite à gauche, qui changent d’une crise à l’autre | Stéréotypés, avec une évolution typique (raidissement puis secousses) |
| Le retour | Parfois pleurs, souvenir partiel de ce qui s’est passé | Confusion, somnolence, morsure sur le côté de la langue |
Une précision importante : une même personne peut avoir à la fois une épilepsie et des crises fonctionnelles. Elle apprend alors, avec son neurologue, à reconnaître les unes et les autres, ce qui demande du temps et de la confiance. Pour les crises épileptiques elles-mêmes, voir ce qu’est une crise d’épilepsie.
L’annonce est un moment délicat. Après des mois, parfois des années, à se croire épileptique, on apprend que ce n’est pas cela, et le soulagement se mêle à la colère, au doute, au sentiment d’avoir été pris pour un menteur. Nous voyons souvent arriver des personnes qui ont retenu de cette consultation une phrase blessante, alors que le médecin avait dit autre chose. Associez chaque phrase entendue à ce qu’elle signifie réellement.
Sur les médicaments, un mot : si aucune épilepsie n’est associée, le neurologue envisage souvent de diminuer les antiépileptiques, progressivement et selon un plan qu’il établit. Personne ne doit les arrêter de son propre chef, même convaincu du diagnostic.
Chez beaucoup de personnes qui ont des crises fonctionnelles, on retrouve des événements traumatiques : violences dans l’enfance, agressions sexuelles, accidents, deuils brutaux, climat familial d’insécurité. La dissociation, qui a permis à un moment donné de survivre à l’insupportable, devient alors une réponse automatique, prête à se déclencher. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces patients gagnent à être suivis par un clinicien qui connaît de près le trauma et la dissociation.
Mais le trauma n’explique pas tout, et nous nous méfions des récits trop simples. Certaines personnes n’ont vécu aucun événement de ce genre. D’autres terrains comptent : une anxiété forte, des crises de panique, une douleur chronique, une fatigue extrême, un deuil, une période d’épuisement, un traumatisme crânien, ou… une épilepsie, puisque avoir connu de vraies crises épileptiques fournit au cerveau un modèle tout prêt. Chercher à tout prix un trauma caché serait une erreur, et parfois une violence de plus.
Une histoire de trauma ou d’insécurité, une tendance ancienne à se déconnecter, une anxiété de fond, une difficulté à identifier et à dire ses émotions.
Un conflit, un rappel du passé, une surcharge, un examen, une sensation corporelle inquiétante. Souvent rien de visible : le déclencheur se découvre après coup.
La peur des crises et l’hypervigilance, l’évitement, l’isolement, l’incompréhension de l’entourage, les passages répétés aux urgences, le sentiment de ne pas être cru.
Pour comprendre la dissociation elle-même, ses formes et ses origines, le dossier dissociation est un bon point de départ ; la notion de fenêtre de tolérance aide aussi à se représenter ce seuil au-delà duquel le système « disjoncte ».
Il nous arrive, en séance, de reprendre avec la personne sa dernière crise seconde après seconde, comme on rembobinerait un film au ralenti : où elle était, ce qu’elle faisait, ce qu’elle a pensé, ce qu’elle a senti dans le corps, ce qui s’est passé juste avant. Ce récit lent fait apparaître ce que la crise efface. Voici un exemple fictif.
Exemple fictif
Camille, 27 ans, a des crises depuis deux ans ; un enregistrement vidéo-EEG a montré qu’elles n’étaient pas épileptiques. Elle se dit « soulagée et vexée à la fois ». Racontée au ralenti, la dernière crise donne ceci : le soir, au téléphone avec sa mère, la conversation glisse vers son père, parti quand elle avait huit ans. Elle sent une chaleur au visage, un bourdonnement dans les oreilles, « comme du coton », elle s’assoit, puis plus rien jusqu’au réveil sur le canapé, épuisée.
Par quoi commencer la thérapie ?
Une crise fonctionnelle est aussi impressionnante qu’une crise épileptique, et les premiers gestes sont les mêmes. La différence tient surtout à la voix : la personne entend souvent ce qui se dit autour d’elle, même si elle ne peut pas répondre.
Une fois le diagnostic bien établi, le neurologue rédige souvent un plan écrit qui dit quoi faire et quand appeler, pour éviter les passages répétés aux urgences et les traitements d’urgence inutiles. Il est précieux de l’avoir sur soi et de le faire connaître aux proches. Pour les proches qui vivent ces scènes à répétition, la page accompagner un proche qui dissocie peut aider.
Les crises fonctionnelles se traitent avant tout par la psychothérapie. Nous associons trois approches, non par goût de l’éclectisme, mais parce qu’elles agissent à des niveaux différents : le programme de crise lui-même, les souvenirs qui l’alimentent, et l’histoire dans laquelle il s’inscrit. Le plus souvent, elles se succèdent et se chevauchent selon un ordre assez stable.
« Je croyais qu’il fallait que je comprenne pourquoi pour que ça s’arrête. En fait, ça a d’abord commencé à s’arrêter, et j’ai compris après. »
Phrase inventée pour cette page, mais nous l’avons entendue sous bien des formes.
Affirmation 1
Faux. Ces crises sont involontaires. La simulation est tout autre chose, et elle est rare. Les personnes qui ont des crises fonctionnelles en souffrent et ne les contrôlent pas, du moins au début.
Affirmation 2
Vrai. Cela arrive, et c’est une raison de plus pour décrire et filmer ses crises : le neurologue aide à distinguer les unes des autres.
Affirmation 3
Faux. Les crises fonctionnelles peuvent être aussi invalidantes qu’une épilepsie : chutes, blessures, travail perdu, permis suspendu, isolement. Elles méritent un vrai traitement.
Affirmation 4
Faux. Le trauma est fréquent, mais pas constant. L’anxiété, la douleur, l’épuisement, un deuil ou une épilepsie antérieure peuvent aussi préparer le terrain. Chercher à tout prix un trauma serait une erreur.
Affirmation 5
Vrai. Elle montre ce que la personne ne peut pas voir et complète utilement les examens.
Affirmation 6
C’est plus nuancé. Une explication claire soulage et fait diminuer les crises chez une partie des patients. Pour beaucoup d’autres, elles continuent, et c’est la psychothérapie qui permet de les faire reculer.
Nous recevons des personnes qui ont des crises fonctionnelles, parfois associées à une épilepsie, et nous savons les accompagner. Ce travail demande de bien connaître le trauma et la dissociation : c’est la spécialité du psychothérapeute du cabinet, qui s’y est formé. Nous prenons le relais du neurologue, qui a posé le diagnostic, et nous restons en lien avec lui si vous l’acceptez, notamment quand il faut faire le tri entre crises épileptiques et fonctionnelles chez la même personne.
Une rencontre sans engagement, où le proche qui a vu vos crises est le bienvenu. Ensuite, le psychothérapeute fait avec vous un bilan psychologique : votre histoire, vos inquiétudes, votre humeur, vos moments de déconnexion. Si l’EMDR est envisagée, un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, la prépare. Vous recevez à chaque fois un compte rendu écrit, que nous pouvons reprendre ensemble lors d’une séance.
Une psychothérapie qui associe TCC, EMDR et écoute analytique selon le moment, à un rythme qui tient compte de vos crises et de votre fatigue, en cabinet ou en téléconsultation. Si des troubles de la mémoire ou de la concentration persistent, la neuropsychologue peut les évaluer au cabinet. Nous faisons des points réguliers sur ce qui change.
La façon dont nous articulons ces approches pour toutes les personnes épileptiques est décrite dans notre façon d’accompagner.
C’est une crise qui ressemble à une crise d’épilepsie (chute, secousses, perte de contact) mais sans décharge électrique épileptique dans le cerveau. Elle est réelle et involontaire. On l’appelle aussi crise fonctionnelle ou crise dissociative.
Non. La personne ne choisit pas de faire une crise et ne la contrôle pas. Le cerveau réagit sur un mode automatique de déconnexion, souvent face à une tension qu’on ne perçoit pas toujours consciemment.
C’est le neurologue qui le détermine, à partir du récit, des témoins, d’une vidéo de crise et surtout de l’enregistrement vidéo-EEG d’une crise habituelle. Des signes comme les yeux fermés pendant la crise ou une longue durée orientent, sans suffire seuls.
Souvent, mais pas toujours. On retrouve fréquemment des événements traumatiques et une tendance à la dissociation ; l’anxiété, la douleur, l’épuisement ou une épilepsie antérieure peuvent aussi jouer.
La psychothérapie. La TCC aide à repérer et à interrompre les crises, l’EMDR traite les souvenirs traumatiques qui les alimentent, l’écoute analytique permet de mettre en mots ce que le corps exprime. Les antiépileptiques n’agissent pas sur ces crises ; leur éventuelle diminution se décide avec le neurologue.
Faire comme pour une crise épileptique : coussin ou vêtement sous la tête, rien entre les dents, aucune contrainte sur les membres, un œil sur la montre, une voix posée. Le 15 s’impose si cela dépasse cinq minutes, si les crises se succèdent, s’il y a une blessure, ou si vous hésitez.
Et vous ne savez plus très bien ce que vous avez, ni vers qui vous tourner ? C’est précisément le moment de commencer une psychothérapie. Venez au cabinet ou consultez à distance, seul ou avec quelqu’un de proche.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.