Carnet, expériences, petits pas · Thérapies cognitives et comportementales
Épilepsie et TCC : moins d’anxiété, plus de liberté au quotidien
Il y a l’épilepsie, et il y a ce que la peur de l’épilepsie a fait de l’agenda : le métro abandonné, la piscine rayée de la liste, le portable qui doit toujours rester chargé « au cas où », la fête quittée à vingt-deux heures. Les thérapies cognitives et comportementales s’occupent de ce second étage. Elles ne touchent pas aux crises, affaire du neurologue ; elles redonnent du terrain, mètre par mètre, à la personne qui vit avec. C’est un travail concret, presque artisanal, et nous l’aimons pour cela.
Qui s’occupe de quoi : le neurologue, la TCC, et vous
Le partage est simple à énoncer. Le neurologue établit le diagnostic, choisit et ajuste le traitement antiépileptique, et vous dit quelles précautions votre épilepsie demande réellement ; nous travaillons en lien avec lui si vous le souhaitez. La TCC prend en charge tout ce qui s’est installé autour : l’anxiété, l’humeur qui baisse, les évitements, la surveillance de soi, le sommeil chahuté, le stress, et parfois les crises fonctionnelles, quand certaines crises s’avèrent non épileptiques.
Elle commence toujours par une enquête que l’on appelle l’analyse fonctionnelle. On prend une situation précise, la plus récente possible, et on la déplie : où étiez-vous, que s’est-il passé dans le corps, quelle pensée a traversé l’esprit, qu’avez-vous fait, et qu’est-ce que cela a produit juste après, puis à plus long terme. Ce qui apparaît alors, presque à chaque fois, c’est une mécanique. Et une mécanique, contrairement à un destin, se démonte.
« Je n’ai pas fait de crise depuis dix-huit mois. Mais je vis comme si j’en faisais une par semaine. »
Sous des formes diverses, cette phrase résume ce pour quoi l’on vient. La TCC ne promet pas de supprimer la peur, qui a ses raisons ; elle vise à ce que la peur cesse de décider à votre place.
Le cercle qui rétrécit : comment la peur des crises s’entretient elle-même
La boucle de la peur des crises. La sensation de départ peut être tout à fait banale ; c’est l’interprétation, puis l’évitement, qui la font grandir.
Ce qu’il y a de cruel dans cette boucle, c’est qu’elle a l’air raisonnable à chaque étape. La sensation existe. La pensée « ça commence » n’est pas absurde chez quelqu’un qui a déjà connu une aura. La peur produit des sensations bien réelles, qui ressemblent justement à des signes avant-coureurs. Et l’évitement soulage, sur le moment. Seulement, chaque fois qu’on rentre précipitamment, le cerveau enregistre une leçon fausse : « c’est parce que je suis rentré qu’il ne s’est rien passé ». La fois suivante, il faudra rentrer plus tôt.
On voit ainsi des vies se rétracter par cercles concentriques. D’abord les lieux où une crise serait embarrassante, puis ceux où elle serait dangereuse, puis ceux où l’on serait seul, puis presque tous. La TCC agit à plusieurs points de la boucle : l’interprétation (on apprend à distinguer, avec ce que le neurologue a établi, les vrais signes avant-coureurs de ceux que la peur fabrique), la surveillance (on la réduit, progressivement), et surtout l’évitement (on reprend le terrain perdu, par petites expériences).
Précaution juste ou évitement qui coûte ? Huit cas à retourner
Toute la difficulté est là : certaines précautions sont sensées, et personne ne vous demandera d’y renoncer. D’autres ont débordé leur but. La frontière dépend de votre épilepsie, de la fréquence des crises et de ce que le neurologue vous a conseillé. Retournez chaque carte, puis demandez-vous où vous placeriez vos propres habitudes.
Remarquez la logique commune aux précautions justes : elles réduisent un risque réel et se font ensuite oublier. Les évitements, eux, réclament une attention constante et ne cessent de s’étendre. C’est souvent le meilleur critère pour trier ses propres habitudes. Les grandes questions de sécurité au quotidien sont traitées dans vivre avec une épilepsie.
Quiz : quelle place la peur des crises a-t-elle prise dans votre vie ?
Quiz pédagogique, ni test validé ni diagnostic : rien n’est enregistré. Il vous aide simplement à mesurer ce que la peur a déplacé dans votre quotidien, au cours du dernier mois.
Si vous allez très mal
Quand la peur et l’épuisement s’accompagnent d’idées noires, ne restez pas seul avec elles. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Le carnet : regarder de près avant de changer quoi que ce soit
La première chose que nous proposons est souvent la plus modeste : tenir un carnet pendant deux ou trois semaines. Pas un journal intime, une grille. Chaque jour, quelques colonnes : l’heure du coucher et du lever, le niveau de stress, les moments où la peur est montée, ce que vous avez fait alors, et les crises ou sensations suspectes s’il y en a eu. Voici à quoi ressemblent quelques lignes, dans un exemple fictif.
Jour
Sommeil
Stress (0 à 10)
Moment de peur
Ce que j’ai fait
Ce que j’ai pensé
Lundi
23 h – 7 h
4
Tête lourde au bureau
Je suis sorti prendre l’air, j’ai appelé ma sœur
« Si ça arrive ici, tout le monde saura. »
Mardi
1 h – 6 h 30
7
Impression de déjà-vu dans le bus
Je suis descendu deux arrêts avant
« C’est une aura, c’est sûr. »
Mercredi
23 h 30 – 7 h
3
Aucun
Cinéma avec un ami
« J’avais oublié d’y penser. »
Jeudi
0 h 30 – 6 h
8
Vertige après le déjeuner
Je me suis allongé, j’ai annulé le sport
« Je ne peux compter sur rien. »
Vendredi
2 h – 9 h
5
Aucun
Soirée chez des amis, rentré tôt
« Mieux vaut ne pas tenter le sort. »
Il suffit souvent de deux semaines pour que des liens sautent aux yeux. Ici, les jours de peur suivent des nuits courtes et des journées tendues ; le seul jour sans peur est celui où l’attention était occupée ailleurs ; et chaque moment de peur se termine par un retrait. Ce sont précisément ces trois fils que la thérapie va tirer. Le carnet a un second usage, moins connu : beaucoup de neurologues apprécient un calendrier précis des crises et de leurs circonstances, et vous pouvez le lui apporter.
Quatre pensées qui serrent, et la manière de les desserrer
En TCC, on ne cherche pas à remplacer les pensées sombres par des pensées roses. On les traite comme des hypothèses : on regarde sur quoi elles reposent, ce qu’elles laissent de côté, et ce qu’elles vous coûtent. Voici quatre pensées que nous entendons très souvent chez les personnes épileptiques.
« Si je fais une crise devant eux, je suis fini. » C’est une prédiction catastrophique, qui saute directement à la pire issue. Les questions à se poser : la dernière fois qu’une crise a eu lieu en public, qu’est-il arrivé ensuite, une semaine après, un mois après ? Qui, parmi les témoins, vous a réellement tourné le dos ? Que penseriez-vous d’un collègue à qui cela arriverait ? La pensée plus juste n’est pas « personne ne me jugera », que l’on ne croirait pas, mais quelque chose comme : « ce serait pénible, certains seraient maladroits, et je m’en remettrais, comme la dernière fois ».
« Je ne peux compter sur rien, même pas sur mon cerveau. » La phrase généralise une incertitude réelle, celle des crises, à toute l’existence. On travaille alors la tolérance à l’incertitude : personne ne sait ce que demain réserve, et chacun s’arrange avec cela sans y penser. Avec une épilepsie, l’incertitude est plus visible, mais elle se circonscrit. Faire la liste de ce sur quoi l’on peut compter (le traitement, les proches, ce qu’on sait faire, les années sans crise parfois) ne nie pas le risque ; cela lui rend sa taille.
« Je dois tout contrôler pour éviter une crise. » Une part de contrôle est utile : sommeil, traitement, alcool. Au-delà, le contrôle devient un travail à plein temps, et un travail épuisant, dont la fatigue et la tension sont elles-mêmes de mauvaises alliées. On distingue alors, presque comptablement, ce qui est entre vos mains et ce qui ne l’est pas, puis l’on s’exerce à lâcher la seconde colonne. C’est souvent là que les outils de la troisième vague des TCC, l’acceptation et la pleine conscience, rendent de grands services.
« Personne ne voudra d’une personne épileptique. » Cette pensée touche à la valeur de soi, et elle a souvent une histoire : une rupture, une remarque, un regard. La TCC aide à en vérifier les fondements et à oser les situations qu’elle interdit, un premier rendez-vous, une confidence à un ami. Mais elle a ses limites ici, et elle passe volontiers la main : quand la phrase est soudée à une scène d’humiliation, l’EMDR la retraite ; quand elle plonge dans l’histoire familiale, l’écoute analytique l’accueille. Voir aussi le dossier estime de soi.
Ce travail sur les pensées ne remplace pas l’expérience ; il la prépare. Une pensée se déplace rarement à force d’arguments. Elle se déplace surtout quand on a fait, pour de vrai, ce qu’elle déclarait impossible.
Exemple fictif : l’échelle de Malik, 27 ans, pour retrouver le RER
Malik a une épilepsie généralisée, bien contrôlée depuis un an. Après une crise dans une rame, il ne prend plus le RER et met une heure et quart à vélo pour aller travailler, par tous les temps. Avec le thérapeute, il construit une échelle : une liste de situations, rangées par ordre de difficulté, avec pour chacune une note d’angoisse anticipée, de 0 (aucune) à 100 (la pire imaginable). Puis il monte, une marche après l’autre, sans passer à la suivante tant que l’angoisse de la précédente n’a pas nettement baissé.
Regarder des photos de la gare (20). Simple, mais le cœur accélère. Il recommence chaque jour jusqu’à ce que cela l’ennuie.
Aller jusqu’au quai avec sa sœur, sans monter (35). Il reste dix minutes, regarde passer trois trains, repart. Il note son angoisse au début, au milieu, à la fin : elle redescend d’elle-même.
Une station, accompagné, en heure creuse (50). La sœur est là ; il a décidé à l’avance ce qu’il ferait d’une sensation inquiétante : s’asseoir, respirer, attendre deux stations avant de conclure quoi que ce soit.
Une station seul, sa sœur l’attendant à l’arrivée (65). Il monte sans elle. Elle l’attend sur le quai d’en face.
Le trajet complet, seul, en heure creuse (80). Il garde sa carte d’information dans le portefeuille, sans la vérifier.
Le trajet complet aux heures de pointe (95). La marche la plus haute, atteinte en quelques semaines. Ce jour-là, il raconte surtout qu’il a lu un roman.
Deux choses distinguent cette échelle d’une échelle ordinaire, et c’est là que connaître l’épilepsie importe. D’abord, Malik n’a pas été exposé à ce qui pourrait réellement déclencher une crise : il avait bien dormi les veilles d’exercice, son traitement n’avait pas changé, et rien de ce qu’il affrontait n’était un facteur de risque pour son épilepsie. On s’attaque à la peur, jamais à la prudence. Ensuite, certains exercices classiques des TCC de l’angoisse ne s’emploient qu’avec précaution : faire volontairement de l’hyperventilation, pour apprivoiser les sensations de panique, peut provoquer des absences dans certaines épilepsies, et l’on n’expose évidemment pas une personne photosensible à des lumières clignotantes. Ces adaptations se décident en connaissant le type d’épilepsie, et en lien avec le neurologue quand c’est utile. Pour la mécanique générale de l’évitement, voir phobies et évitement.
Les signaux d’avant : apprendre à reconnaître, puis à se mettre à l’abri
Dans les années 1950, à Londres, le neurologue Robert Efron a décrit une patiente dont les crises s’annonçaient par une odeur étrange et désagréable. Elle avait remarqué qu’une odeur forte, respirée au tout début, interrompait parfois la crise naissante ; il l’entraîna avec un parfum de jasmin, puis associa ce parfum à un simple bracelet, au point que regarder le bracelet finissait par produire le même effet. L’histoire a marqué les esprits, parce qu’elle montrait qu’un apprentissage pouvait parfois peser, chez certaines personnes, sur le déroulement d’une crise.
Aujourd’hui, l’usage le plus sûr et le plus utile de cette idée est plus modeste, et précieux : apprendre à connaître ses propres signaux. Beaucoup de personnes ont des signes avant-coureurs, une aura de quelques secondes, une impression de malaise des heures avant, une irritabilité inhabituelle. Les repérer, avec l’aide du carnet et des témoins, permet de se mettre en sécurité à temps : s’asseoir, s’éloigner d’un quai ou d’une plaque de cuisson, prévenir quelqu’un. Et inversement, cela permet de cesser de prendre pour des signaux ce qui n’en est pas.
Ce que l’on apprend à faire
Dresser, avec ses proches, la liste de ses signes avant-coureurs réels.
Prévoir un geste de mise à l’abri pour chaque lieu habituel.
Écrire un plan simple, à donner aux proches et aux collègues, qui reprend les gestes face à une crise.
Noter ce qui a précédé une crise, sans en faire une enquête de culpabilité.
Ce que l’on ne fait jamais
Modifier ou espacer son traitement parce qu’on « sent venir » mieux ses crises.
Prendre chaque sensation pour une aura et tout arrêter.
Conclure, après une crise, qu’on « n’a pas assez fait attention ».
Chercher à provoquer un signal pour s’entraîner.
Ce plan écrit a un effet que l’on sous-estime : il rassure autant les proches que la personne elle-même. Savoir exactement quoi faire diminue la vigilance de tout le monde, parce qu’on n’a plus à se tenir prêt à improviser.
Sommeil, stress, rythme : les leviers discrets du quotidien
Sommeil
Des horaires plus réguliers
Le manque de sommeil est un facteur de crise bien établi pour beaucoup d’épilepsies. La TCC de l’insomnie apporte des outils solides : lever fixe, lit réservé au sommeil, routine du soir. Une de ses techniques classiques, la restriction du temps passé au lit, s’adapte avec prudence quand la privation de sommeil favorise les crises : on la module, on ne l’applique pas telle quelle.
Stress
Abaisser la tension de fond
Le stress revient très souvent quand on demande aux personnes épileptiques ce qui, selon elles, favorise leurs crises. Respiration lente, relaxation musculaire progressive, cohérence cardiaque, pleine conscience : ces outils ne promettent pas de supprimer les crises, mais ils abaissent la tension de fond et rendent la peur moins envahissante. Voir les outils contre l’anxiété.
Traitement
Des automatismes qui libèrent
Pilulier, alarme, boîte rangée au même endroit, réserve dans le sac : la TCC aide à installer des routines qui évitent les oublis sans y penser. Quand les oublis sont liés à des difficultés de mémoire, la neuropsychologue peut en faire le bilan au cabinet ; voir mémoire et attention.
Humeur
Remettre de l’activité
Quand l’humeur baisse, on renonce à ce qui faisait du bien, et l’humeur baisse encore. L’activation comportementale reprend ce fil : réintroduire, chaque semaine, quelques activités choisies pour le plaisir ou le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Voir le dossier dépression.
Corps
Reprendre une activité physique
Beaucoup de personnes épileptiques abandonnent le sport par peur, alors que de nombreuses activités restent possibles avec des précautions adaptées. On construit la reprise comme une échelle, après avoir vérifié avec le neurologue ce qui convient à votre épilepsie.
Crises fonctionnelles : ce que la TCC y apporte
Quand le neurologue établit que certaines crises ne sont pas épileptiques (on parle de crises non épileptiques psychogènes, fonctionnelles ou dissociatives), la TCC est l’une des approches les mieux étudiées. Le travail suit un fil assez précis : comprendre le mécanisme de ces crises, qui n’ont rien d’imaginaire ; repérer les signes qui les précèdent (tension qui monte, sensation de s’éloigner, voix qui se brouille) ; apprendre des techniques d’ancrage pour rester présent quand ces signes apparaissent ; reprendre peu à peu les activités et les lieux abandonnés ; et travailler les émotions, les situations et les souvenirs qui entretiennent les crises.
Un vaste essai consacré à cette question, l’essai CODES, mené au Royaume-Uni et publié en 2020 dans The Lancet Psychiatry par Laura Goldstein et ses collègues, a comparé des adultes recevant des soins médicaux standardisés à d’autres qui recevaient, en plus, une TCC spécifique. Un an plus tard, les crises avaient diminué dans les deux groupes, sans différence nette sur leur fréquence mensuelle ; mais ceux qui avaient suivi la TCC étaient moins gênés par leurs crises, connaissaient des périodes sans crise plus longues et allaient mieux dans leur vie quotidienne. C’est une manière de dire que la TCC change la façon de vivre avec ces crises autant que leur nombre.
Comme ces crises ont souvent partie liée avec un passé traumatique et des moments dissociatifs, la TCC y travaille rarement seule chez nous : l’EMDR retraite les souvenirs en cause, après stabilisation, et l’écoute analytique accueille ce que les crises disent sans mots. Pour le détail, voir crises non épileptiques psychogènes.
Exemple fictif : Chloé, 19 ans, et les appels de sa mère
Exemple fictif
Chloé, étudiante, a fait sa première crise en terminale. Depuis, sa mère l’appelle quatre ou cinq fois par jour ; si Chloé ne répond pas dans le quart d’heure, elle appelle ses amies. Chloé, de son côté, envoie un message avant chaque cours et après chaque trajet. « Au moins, comme ça, on est tranquilles toutes les deux. » Elle consulte parce qu’elle n’ose plus partir en week-end, et qu’elle se dispute de plus en plus avec sa mère.
Quelle piste la TCC privilégiera-t-elle en premier ?
Dans ce genre de situation, les proches font partie du cercle, sans en être coupables : la mère de Chloé a eu très peur, et sa peur est légitime. Les accompagner fait souvent gagner un temps considérable. Le travail peut aussi rejoindre, à un moment, l’histoire de cette relation, et c’est là que l’écoute analytique prend le relais.
Pourquoi la TCC ne travaille pas seule chez nous
Quand l’anxiété domine, la TCC est l’outil par lequel nous commençons volontiers ; mais nous lui donnons le même poids qu’à l’EMDR et à l’écoute analytique, parce que leurs effets se renforcent l’un l’autre. La TCC démonte, une à une, les routines construites par la peur. Elle bute parfois, pourtant, sur un souvenir qui résiste à tous les exercices : une crise en public, une hospitalisation, une moquerie. L’EMDR retraite ce souvenir, et l’exercice qui bloquait devient soudain faisable. Elle rencontre aussi des questions qui ne sont pas des problèmes à résoudre : que signifie, pour moi, cette maladie, dans ma famille, dans mon histoire ? L’écoute analytique leur fait une place.
Pour qui souffre aussi d’émotions débordantes, la TCD, une forme de TCC centrée sur la régulation des émotions, est également proposée au cabinet, sous ses trois formes : séances individuelles, groupes de compétences, et soutien possible entre deux rendez-vous (page TCD). La manière dont tout cela s’articule pour une personne donnée est décrite dans notre façon d’accompagner.
Au cabinet : une TCC pensée pour l’épilepsie
Nous recevons régulièrement des personnes épileptiques, et nous savons ajuster les outils des TCC à leur maladie : quels exercices éviter selon la forme d’épilepsie, comment construire une exposition qui affronte la peur sans affronter le risque, comment tenir compte de la fatigue ou des effets d’un traitement sur la concentration. Le travail s’ouvre souvent sur un bilan psychologique, mené par le psychothérapeute, qui démêle la part de l’anxiété, de l’humeur, d’éventuels traumatismes et de ce qui relève de la mémoire ou de l’attention.
En pratique
Une première rencontre sans engagement, où vous pouvez venir avec un proche.
Un bilan psychologique par le psychothérapeute, possible en téléconsultation, conclu par un compte rendu écrit.
Des exercices construits avec vous, entre les séances, à votre rythme.
Si vous le souhaitez, des échanges avec votre neurologue, et des moments pour recevoir vos proches.
Un bilan neuropsychologique au cabinet si la mémoire ou l’attention vous inquiètent.
Des points réguliers pour mesurer le terrain regagné.
Ce qu’il faut garder en tête
La TCC ne traite pas les crises épileptiques ; elle traite la peur, les évitements, l’humeur et les habitudes qui se sont greffés sur elles.
Le bon critère : une précaution juste réduit un risque réel puis se fait oublier ; un évitement réclame toujours plus d’attention.
L’exposition s’attaque à la peur, jamais à la prudence, et ses exercices s’adaptent au type d’épilepsie.
Dans les crises fonctionnelles, la TCC aide à reconnaître les signes qui précèdent, à rester présent et à vivre moins entravé par les crises.
Vos questions sur la TCC et l’épilepsie
La TCC peut-elle diminuer mes crises d’épilepsie ?
Les crises épileptiques relèvent du traitement réglé par le neurologue. La TCC agit autour : elle aide à régulariser le sommeil, à abaisser le stress et à ne pas oublier ses prises, ce qui compte pour beaucoup de personnes, et surtout elle soigne l’anxiété, l’humeur et les évitements qui rétrécissent la vie.
Comment ne plus avoir peur de faire une crise en public ?
On travaille d’abord la pensée catastrophique (« je serais fini »), puis on reprend progressivement les situations évitées, en commençant par les plus faciles. Quand un souvenir de crise en public reste à vif, l’EMDR le retraite. La peur ne disparaît pas d’un coup ; elle cesse de décider à votre place.
Les exercices d’exposition sont-ils sans danger avec une épilepsie ?
Ils sont construits pour affronter la peur sans affronter le risque. Certains exercices classiques, comme l’hyperventilation volontaire ou les lumières clignotantes, ne s’emploient pas ou seulement avec précaution selon le type d’épilepsie. Nous les adaptons, en lien avec le neurologue quand c’est utile.
La TCC aide-t-elle en cas de crises fonctionnelles, ou non épileptiques ?
C’est l’une des approches les mieux étudiées pour ces crises. Dans l’essai CODES, publié en 2020, les personnes qui avaient suivi une TCC en plus des soins médicaux étaient moins gênées par leurs crises, avaient des périodes sans crise plus longues et allaient mieux au quotidien. Au cabinet, elle s’associe souvent à l’EMDR et à l’écoute analytique.
Faut-il prévenir mon neurologue que je commence une TCC ?
C’est utile, et c’est votre choix. Avec votre accord, nous pouvons échanger avec lui, notamment pour savoir quelles précautions votre épilepsie demande vraiment et adapter les exercices en conséquence.
Travaux cités
Goldstein, L. H., Robinson, E. J., Mellers, J. D. C., et al. (2020). Cognitive behavioural therapy for adults with dissociative seizures (CODES): a pragmatic, multicentre, randomised controlled trial. The Lancet Psychiatry, 7(6), 491-505.
Efron, R. (1956). The effect of olfactory stimuli in arresting uncinate fits. Brain, 79(2), 267-281.
Un trajet abandonné, une activité rayée, des journées organisées autour d’une crise qui ne vient pas : décrivez-nous ce que la peur vous a pris, et nous verrons ensemble par où commencer à le reprendre.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.