Mon ado ne me parle plus : retrouver le lien sans forcer
« Alors, cette journée ? — Bien. » Deux syllabes, et l’écran se rallume. Vous gardez le souvenir d’un enfant qui racontait tout, la maîtresse, la cantine, le copain qui avait vomi dans le car, et vous vivez maintenant avec quelqu’un qui répond par « mmh », mais qui rit pendant des heures avec des amis que vous ne voyez jamais. Si votre ado ne vous parle plus, sachez d’abord ceci : c’est l’une des inquiétudes que les parents nous confient le plus souvent, et dans la grande majorité des cas, ce silence n’est pas une rupture. C’est une intimité qui se fabrique, souvent maladroitement, parfois brutalement.
Certains silences disent pourtant autre chose : un repli, une tristesse qui s’installe, un secret trop lourd pour son âge. Cette page vous aide à faire la différence, à comprendre ce que le silence protège, à reconnaître les moments où la parole revient d’elle-même et les questions qui la font fuir. Elle dit aussi quand il vaut mieux ne pas attendre, et ce que nous proposons au cabinet.
Parce qu’il est en train de devenir quelqu’un d’autre que votre enfant, et qu’il a besoin, pour y arriver, d’un endroit où vous n’entrez pas. Le psychanalyste américain Peter Blos a décrit en 1967 l’adolescence comme un « second processus d’individuation » : après la première séparation de la petite enfance, quand le tout-petit découvre qu’il est une personne distincte de ses parents, l’adolescent refait le chemin, cette fois à l’intérieur de lui. Il desserre les liens d’enfance, déplace son affection et sa confiance vers d’autres, ses amis, un premier amour, un adulte admiré. Le silence fait partie de ce travail. Ne pas tout dire, c’est vérifier que l’on existe en dehors du regard de ses parents.
D’autres raisons, plus terre à terre, s’y ajoutent. Le corps change et la pudeur grandit : ce qui se racontait sans gêne à huit ans, une dispute, une peur, une attirance, devient embarrassant à quatorze. Les amis prennent le relais pour les confidences, et c’est une bonne nouvelle : apprendre à se confier à des pairs fait partie des compétences de l’âge adulte. Le rythme se décale, avec des soirées qui commencent quand les parents se couchent. Et il y a la fatigue de l’école, des transports, de la vie sociale, qui laisse peu d’énergie pour raconter la journée une deuxième fois.
Il y a enfin ce que l’adolescent perçoit des questions qu’on lui pose. Une question d’enfant appelait une réponse ; une question à quinze ans ressemble souvent à un contrôle. « Tu as eu combien ? », « Tu étais avec qui ? », « Tu as mangé à midi ? » : chacune est légitime, et leur somme forme un interrogatoire. Ce n’est pas un reproche fait aux parents, qui s’inquiètent pour de bonnes raisons. C’est une clé pour comprendre pourquoi les questions directes rapportent si peu.
Une recherche suédoise l’a montré de façon frappante. En 2000, les psychologues Margaret Kerr et Håkan Stattin ont interrogé plus de mille adolescents de quatorze ans et leurs parents. Ce que les parents savaient de la vie de leur enfant venait surtout de ce que l’adolescent choisissait de leur raconter de lui-même, bien plus que des questions posées ou des règles de surveillance. Autrement dit, on ne peut pas extraire la parole d’un adolescent ; on peut seulement rendre plus facile le fait de la donner.
Le complexe du homard : une carapace en train de se refaire
La psychanalyste Françoise Dolto a laissé aux parents une image qui reste l’une des plus justes pour parler de ce silence. Dans Paroles pour adolescents ou le complexe du homard, écrit avec sa fille Catherine Dolto-Tolitch et paru en 1989, elle compare l’adolescent au homard qui mue : pour grandir, il doit perdre sa carapace d’enfant, et pendant qu’il en fabrique une nouvelle, il est à nu. Le homard se cache alors dans les rochers, le temps que la nouvelle carapace durcisse. Tout ce qui le frôle peut le blesser.
Vu sous cet angle, le silence n’est pas un mur dressé contre vous. C’est un rocher derrière lequel on s’abrite. L’adolescent qui ne répond pas, qui se replie dans sa chambre, qui vous trouve soudain envahissant, n’a pas cessé de vous aimer : il est trop exposé pour supporter la moindre remarque, même affectueuse, sur ce qu’il vit. Dolto insistait sur deux attitudes à la fois : ne pas forcer l’abri, et ne pas s’éloigner. Les parents restent dans les parages, disponibles, sans exiger de visite.
À cet âge, les adultes extérieurs à la famille comptent aussi beaucoup : un professeur, un voisin, un oncle, une entraîneuse. Un adolescent qui se confie à quelqu’un d’autre que ses parents ne les trahit pas. Il expérimente une parole qui ne risque pas d’abîmer le lien dont il dépend encore. Beaucoup de parents trouvent du réconfort à savoir que leur enfant a, quelque part, un adulte de confiance, même si ce n’est pas eux. La page consacrée à Françoise Dolto et l’enfant comme personne présente plus largement son œuvre.
Ce que le silence de votre ado protège peut-être
Derrière un même « laisse-moi tranquille », il peut y avoir des choses très différentes. Vous ne saurez pas toujours laquelle, et ce n’est pas nécessaire pour bien réagir. Touchez les cartes : chacune part d’une scène que les parents nous décrivent souvent.
Ces cartes ne servent pas à deviner. Elles rappellent qu’un silence d’adolescent a presque toujours une fonction, et que cette fonction est souvent protectrice. La question n’est donc pas « comment le faire parler ? », mais « comment rester quelqu’un à qui l’on peut parler le jour où ce sera nécessaire ? ».
À retenir
Le silence d’un adolescent est le plus souvent une intimité qui se construit, pas un rejet de ses parents.
Ce que les parents savent vient surtout de ce que l’ado choisit de raconter : on ne force pas la parole, on la rend plus facile.
Un silence qui s’étend aux amis, avec un sommeil, des notes ou une humeur qui changent depuis des semaines, mérite un avis rapide.
Comment faire parler son ado ? Les moments où la parole revient d’elle-même
Les adolescents parlent rarement quand on le leur demande, et assez souvent quand personne ne les regarde. Ce n’est pas un caprice : les situations où la parole vient ont des points communs que l’on peut favoriser. Parcourez les onglets.
La voiture, le confessionnal des familles. On est côte à côte, pas face à face : personne ne scrute le visage de l’autre. Le trajet a une fin connue, ce qui rassure, car on sait que l’on pourra sortir si la conversation devient pénible. Le paysage qui défile offre un endroit où poser les yeux. Beaucoup de parents découvrent que le trajet vers l’entraînement du mercredi est devenu, sans qu’ils l’aient décidé, le seul moment où leur fils raconte quelque chose. Le garder, même quand il pourrait prendre le bus, est parfois un investissement précieux.
Les mains occupées. Éplucher des légumes, monter un meuble, laver la voiture, promener le chien : une tâche commune donne une raison d’être ensemble qui n’est pas la conversation. La parole arrive alors en passant, entre deux gestes, et peut repartir sans que personne ne s’en offusque. Un adolescent qui accepte de faire la cuisine avec vous accepte souvent, sans le dire, un moment de disponibilité. Évitez d’en profiter pour aborder les notes du trimestre : le moment perdrait vite son charme.
Tard le soir. C’est l’heure que les parents redoutent, parce qu’ils sont épuisés, et celle que beaucoup d’adolescents choisissent. La maison est calme, la journée est derrière, la fatigue fait tomber quelques défenses. Votre ado passe la tête dans l’encadrement de la porte à 23 h 40, pour « un truc », et reste vingt minutes. Il n’est pas possible d’être disponible tous les soirs ; mais quand cela arrive, accepter de veiller un peu est rarement du temps perdu.
Par écrit. Certains adolescents disent par message ce qu’ils ne peuvent pas dire à voix haute : « je me suis disputé avec Léna », « j’ai raté mon contrôle », « je suis pas bien ». L’écrit met une distance qui protège. Répondre sobrement, sans transformer le message en convocation (« on en parle ce soir ! »), permet que le canal reste ouvert. Un petit mot laissé sur un bureau, de votre côté, peut aussi dire « je pense à toi » sans exiger de réponse.
Par ce qu’il aime. Une série, un jeu vidéo, un groupe de musique, un sport, un youtubeur : s’intéresser à ce qui le passionne, en lui demandant de vous expliquer, le met dans la position de celui qui sait. C’est une position rare pour un adolescent face à un adulte, et souvent agréable. Il ne s’agit pas de faire semblant d’aimer, ni de s’approprier son univers, mais d’y être invité. Les conversations importantes naissent parfois au détour d’un épisode : un personnage qui se fait harceler, une rupture, un deuil.
Ces moments ont trois ingrédients communs : peu de regard direct, pas d’enjeu affiché, et une porte de sortie. On peut les multiplier sans rien forcer. On peut aussi accepter qu’ils soient rares, et qu’une seule vraie conversation par mois soit déjà beaucoup.
Les questions qui ferment, et ce que l’on peut dire à la place
Certaines phrases reviennent dans toutes les familles, parce qu’elles viennent de l’inquiétude et de l’amour. Elles ont pourtant tendance à produire l’inverse de ce qu’on attend. Il ne s’agit pas de s’interdire de les prononcer, mais de connaître leur effet.
« Ça va ? » appelle « ouais », presque mécaniquement. Une question plus précise et un peu décalée ouvre davantage : « Quel a été le moment le plus nul de ta journée ? », ou « Il s’est passé un truc drôle, aujourd’hui ? ».
« Pourquoi tu ne me dis jamais rien ? » transforme le silence en faute. L’adolescent doit alors se défendre, ce qui l’éloigne encore. Dire ce que l’on ressent fonctionne mieux : « Ça me manque, nos discussions. Je ne t’en veux pas, je voulais juste te le dire. »
« Tu as eu combien ? », posée dès le seuil de la porte, réduit la journée à un chiffre. La même information arrive souvent plus tard, et plus volontiers, si l’on a d’abord parlé d’autre chose.
« Moi, à ton âge… » déplace la conversation vers vous. Votre histoire l’intéressera peut-être, mais un autre jour, quand il ne sera pas en train de raconter la sienne.
« Tu ne serais pas un peu déprimé ? », lancé à la volée, sonne comme un diagnostic. Partir de ce que vous observez est plus juste et plus facile à entendre : « Je te trouve fatigué et moins souvent avec tes copains depuis la rentrée. Je me demande si quelque chose te pèse. »
« C’est qui, cette fille ? », devant les frères et sœurs, garantit que vous n’en saurez rien. Les sujets intimes se posent en tête-à-tête, ou ne se posent pas.
Une dernière chose aide beaucoup : supporter le « je sais pas ». C’est parfois une esquive, et souvent la vérité. Un adolescent ne sait pas toujours pourquoi il est triste ou en colère ; il a besoin de temps pour transformer un malaise en phrases. En restant là, sans relancer trois fois, vous lui laissez ce temps.
Scène interactive : une conversation en voiture avec Yanis, 15 ans
Yanis est un adolescent inventé, mais la scène ressemble à celles que des parents nous racontent chaque semaine. Choisissez une réponse à chaque étape : vous verrez ce qu’elle produit souvent, puis vous pourrez essayer les autres. Aucune n’est « la mauvaise » : chacune protège quelque chose.
Une précision importante sur le secret : on peut promettre la discrétion sur une dispute entre amis ou une déception sportive, pas sur ce qui met votre enfant en danger. Si un jour il vous confie qu’il pense à mourir, qu’il se fait du mal ou qu’un adulte lui fait du mal, vous lui direz que vous ne pouvez pas garder cela pour vous, et pourquoi. Les adolescents le comprennent mieux qu’on ne le croit, surtout quand on le leur a dit à l’avance.
Mon ado parle à tout le monde, sauf à moi
C’est souvent ce qui blesse le plus. Il rit au téléphone, échange des centaines de messages par jour, passe la soirée en appel vidéo avec trois amis, et n’a « rien à dire » au dîner. Il est tentant d’en conclure que les écrans lui ont volé la parole. La réalité est plus nuancée : les échanges en ligne sont, pour beaucoup d’adolescents, la forme actuelle de ce que leurs parents vivaient au téléphone fixe ou au bas de l’immeuble. Ils parlent, beaucoup, mais à leurs pairs, dans une langue et un rythme qui leur appartiennent.
Cela ne veut pas dire que tout va bien en ligne. Un écran peut aussi servir de refuge pour ne plus parler à personne en vrai, et des disputes, des moqueries ou des humiliations peuvent s’y produire loin de votre regard. La question à se poser est moins « combien de temps passe-t-il sur son téléphone ? » que « qu’est-ce que le téléphone fait pour lui ? » : du lien, de la détente, une fuite, une souffrance ? Les pages les écrans, guide des parents et le cyberharcèlement aident à y voir plus clair.
Lire ses messages en cachette est une tentation fréquente quand on s’inquiète. Le plus souvent, cela apporte peu d’informations utiles et beaucoup de dégâts le jour où l’adolescent le découvre : il apprend que son espace n’est pas sûr et se ferme davantage, ou change d’application. Quand vous craignez un danger réel et précis, la sécurité passe avant tout ; mieux vaut alors le lui dire franchement, et en parler avec nous. Pour les disputes récurrentes autour du téléphone, la page quand tout devient conflit avec son ado propose des repères.
Quand le silence de son ado doit inquiéter
Un silence ordinaire se reconnaît à ce qu’il reste sélectif : votre ado se tait avec vous, mais garde ses amis, ses activités, son appétit, un sommeil à peu près reconnaissable, et des moments de bonne humeur. Un silence inquiétant s’étend. Il gagne les amitiés, les passions, l’école, le corps. Quatre repères aident à faire la différence : le changement par rapport à ce qu’il était avant, la durée (plusieurs semaines), la généralisation à tous les domaines de sa vie, et le retentissement sur ses journées.
La jauge ci-dessous vous propose de regarder ces domaines un par un, en pensant aux dernières semaines plutôt qu’à la dernière dispute. Elle ne pose aucun diagnostic : elle sert à mettre en ordre ce que vous observez, et à savoir s’il est temps de demander un avis.
D’autres signes justifient d’agir le jour même, quel que soit le résultat de la jauge : des phrases sur la mort ou l’envie de disparaître, même sur le ton de la plaisanterie, des messages d’adieu, des blessures cachées sous des manches longues en plein été, une consommation d’alcool ou de cannabis qui s’emballe, une fugue.
Si son silence s’accompagne de propos sur la mort
Posez-lui la question directement : « Est-ce que tu penses à mourir ? ». Cela ne lui en donne pas l’idée, et lui permet souvent d’en parler enfin. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
On parle beaucoup de ce que vit l’adolescent, moins de ce que vit le parent qui se heurte à une porte fermée. Pourtant, ce silence fait mal. Il y a le deuil, rarement dit, de l’enfant qui racontait tout et qui grimpait sur vos genoux. Il y a le sentiment d’être devenu inutile, voire gênant, dans la vie de quelqu’un pour qui l’on a tout organisé pendant quinze ans. Il y a parfois une jalousie inavouable envers les amis, l’entraîneur, le parent d’un copain, à qui il semble se confier si facilement. Et il y a la peur, celle de passer à côté de quelque chose de grave.
Le silence d’un adolescent réveille aussi notre propre adolescence. Une mère qui n’a jamais pu parler à ses parents se jure de faire autrement, et vit le mutisme de sa fille comme un échec personnel. Un père qui a grandi dans une famille où l’on ne se disait rien retrouve, sans s’en rendre compte, la distance de son propre père. Ces échos ne sont pas des fautes ; ils expliquent l’intensité de ce que l’on ressent, et parfois la difficulté à rester calme. La page peur de reproduire ce que l’on a vécu avec ses parents s’y attarde.
Dans un couple, le silence de l’adolescent divise souvent : l’un veut « crever l’abcès », l’autre préfère attendre. Dans une famille recomposée, le beau-parent ne sait pas s’il a le droit de s’en mêler. Quand on élève seul son enfant, on n’a personne avec qui partager l’inquiétude du soir. Dans toutes ces situations, parler à un tiers aide à tenir une position stable, ce qui est sans doute ce dont l’adolescent a le plus besoin.
Vrai ou faux : six idées reçues sur le silence des adolescents
Affirmation 1
« S’il ne me raconte rien, c’est qu’il a quelque chose à cacher. »
Faux, le plus souvent. Avoir une vie à soi n’est pas cacher quelque chose de grave. Un jardin secret fait partie de la construction de l’adolescent ; ce qui doit alerter, c’est un repli qui s’étend à tous les domaines de sa vie.
Affirmation 2
« Plus on pose de questions, plus on en apprend. »
Faux. Les travaux de Kerr et Stattin ont montré que ce que les parents savent vient surtout de ce que l’adolescent raconte spontanément. Les questions en rafale ont plutôt tendance à faire taire.
Affirmation 3
« S’il se confie à sa tante ou à son entraîneur, c’est qu’il me rejette. »
Faux. Un adulte de confiance hors de la famille est une protection précieuse à l’adolescence. Il permet de parler sans risquer d’abîmer le lien avec les parents, dont on dépend encore.
Affirmation 4
« Lire ses messages est le meilleur moyen de savoir s’il va bien. »
C’est plus nuancé. En temps ordinaire, cela apporte peu et abîme beaucoup la confiance. Face à un danger grave et précis, la sécurité passe avant ; mieux vaut alors le lui dire et demander de l’aide.
Affirmation 5
« Les garçons parlent moins de ce qu’ils ressentent parce qu’ils ressentent moins. »
Faux. Beaucoup de garçons ont simplement appris que dire sa peur ou sa tristesse était mal vu. Leur souffrance s’exprime alors par l’irritabilité, le retrait ou les conduites à risque, et passe plus facilement inaperçue.
Affirmation 6
« Un silence de plusieurs semaines, avec un sommeil et des notes qui changent, mérite un avis. »
Vrai. Ce n’est pas forcément grave, mais l’association d’un repli, d’un changement de rythme et d’une baisse scolaire justifie de faire le point, avec lui ou, s’il refuse, sans lui.
Ce que nous proposons au cabinet quand la parole ne passe plus
Quand un adolescent ne parle plus à ses parents, il ne parlera pas forcément davantage à un inconnu, du moins au début. Nous le savons, et nous ne mesurons pas une première séance au nombre de mots prononcés. Notre pédopsychothérapeute reçoit l’adolescent seul, en lui expliquant d’emblée ce qui restera entre eux et ce qui ne le pourra pas, c’est-à-dire ce qui touche à sa sécurité. Cette règle claire est souvent ce qui permet aux premiers mots de venir. Il arrive que l’on passe une séance entière à parler d’un jeu vidéo ou d’un match, et que cela compte davantage qu’un long récit.
Les parents sont reçus à d’autres moments, pour raconter ce qu’ils observent, déposer leur inquiétude et réfléchir à leur façon de rester présents. Quand l’adolescent refuse de venir, ce qui est fréquent, nous recevons les parents seuls : beaucoup de choses peuvent déjà bouger à la maison sans qu’il ait mis un pied au cabinet. Pour un adolescent qui ne sort presque plus, la téléconsultation peut être une première étape, plus facile qu’un trajet et une salle d’attente. Les pages quand son ado refuse de voir un psy et consulter seul pour parler de son enfant détaillent ces situations.
Selon ce qui se dessine, plusieurs outils peuvent se combiner. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, laisse à l’adolescent le temps de trouver ses mots, sans les lui souffler. Si un événement précis a fait basculer les choses, une humiliation, un harcèlement, une agression, un deuil, l’EMDR avec les adolescents peut aider à apaiser ce souvenir. Les outils de la TCC donnent des prises concrètes sur l’anxiété ou l’humeur. Un bilan psychologique, avec un compte rendu écrit, peut être proposé quand on a besoin d’y voir plus clair. Et quand toute la famille souffre de ce silence, des séances de famille, en séances longues de 80 minutes, au cabinet ou en téléconsultation, permettent parfois de dire ensemble ce que personne n’arrivait à dire seul.
Questions fréquentes sur l’ado qui ne parle plus
Pourquoi mon ado ne me parle plus du tout ?
Le plus souvent parce qu’il se construit une vie à lui, à l’abri du regard de ses parents. L’adolescence est un temps de séparation intérieure : il a besoin de vérifier qu’il existe en dehors de vous, de garder des choses pour lui, de se confier à ses amis. La pudeur, la fatigue et le rythme décalé s’y ajoutent. Ce silence devient inquiétant quand il s’étend aux amis, aux activités, au sommeil et à l’école pendant plusieurs semaines.
Comment faire parler un ado qui ne dit rien ?
On ne fait pas parler un adolescent, on lui rend la parole plus facile. Les moments côte à côte comptent beaucoup : la voiture, la cuisine, une promenade, tard le soir. Préférez une question précise à « ça va ? », dites ce que vous ressentez plutôt que de lui reprocher son silence, et supportez le « je sais pas ». Surtout, quand il commence à raconter, écoutez jusqu’au bout avant de conseiller ou de corriger.
Faut-il lire les messages de son ado pour savoir ce qui se passe ?
En temps ordinaire, non : cela apporte peu d’informations utiles et abîme durablement la confiance le jour où il le découvre. Il apprend alors que son espace n’est pas sûr, et se ferme davantage. Si vous craignez un danger grave et précis, des idées de mort, une rencontre inquiétante, du harcèlement, la sécurité passe avant tout : dites-lui franchement ce qui vous inquiète, et prenez rendez-vous au cabinet pour en parler.
Mon ado parle à tout le monde sauf à moi : est-ce ma faute ?
Non. Se confier à ses amis, à un professeur ou à un oncle plutôt qu’à ses parents est une étape ordinaire de l’adolescence : c’est une façon d’essayer une parole qui ne risque pas d’abîmer le lien dont il dépend encore. Cela peut blesser, et il est légitime d’en souffrir. Restez disponible sans réclamer de confidences ; beaucoup de parents constatent que la parole revient, souvent vers la fin de l’adolescence.
À partir de quand le silence d’un adolescent doit-il inquiéter ?
Quand il change nettement par rapport à avant, qu’il dure plusieurs semaines, qu’il s’étend à toutes ses relations et qu’il s’accompagne d’autres changements : sommeil, appétit, notes, abandon d’activités, tristesse ou irritabilité permanentes. Des propos sur la mort, des blessures ou une consommation qui s’emballe justifient d’agir le jour même. Dans le doute, un rendez-vous au cabinet permet de faire le point, avec ou sans lui.
Mon ado refuse de voir un psy : que faire ?
Ne pas forcer, sans renoncer. Vous pouvez lui proposer un premier rendez-vous sans engagement, lui laisser choisir entre le cabinet et la téléconsultation, et lui expliquer ce qui restera confidentiel. S’il refuse toujours, venez seul ou à deux : les parents sont reçus sans l’adolescent, et ce travail suffit parfois à faire bouger la situation à la maison. La page consacrée à l’enfant qui refuse de voir un psy détaille ces pistes.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
Françoise Dolto, Catherine Dolto-Tolitch, avec la collaboration de Colette Percheminier, Paroles pour adolescents ou le complexe du homard, Paris, Hatier, 1989 ; réédition Gallimard Jeunesse, 2003.
Peter Blos, « The second individuation process of adolescence », The Psychoanalytic Study of the Child, 22(1), 1967, p. 162-186. doi.org/10.1080/00797308.1967.11822595
Margaret Kerr, Håkan Stattin, « What parents know, how they know it, and several forms of adolescent adjustment: further support for a reinterpretation of monitoring », Developmental Psychology, 36(3), 2000, p. 366-380. doi.org/10.1037/0012-1649.36.3.366
Un premier rendez-vous peut réunir votre adolescent et notre pédopsychothérapeute, ou vous seul, pour comprendre ce que son silence protège et comment l’accompagner. Au cabinet ou en téléconsultation, sans engagement.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.