Peur de devenir parent : doutes, ambivalence, histoire familiale
Le test est positif, et la joie arrive avec un vertige. Ou bien le dossier d’adoption vient d’être accepté, et cette nuit-là, vous ne dormez pas. « Et si je n’y arrivais pas ? » « Et si je devenais comme ma mère ? » « Et ma vie, qu’est-ce qu’elle va devenir ? » Avoir peur de devenir parent est l’une des expériences les plus partagées qui soient, et l’une des moins avouées, parce qu’on attend d’un futur parent qu’il soit heureux, point. Cette peur n’annonce pas que vous serez un parent défaillant : elle dit que quelque chose d’immense est en train de se transformer en vous. Voici comment la comprendre, la distinguer de ce qui demande de l’aide, et ce que l’on peut en faire avant que l’enfant soit là.
Oui. C’est même souvent le signe que l’on prend la mesure de ce qui arrive. Devenir parent n’est pas un événement qui tient en une date : c’est un passage, qui touche l’identité, la place dans la famille, le corps, le couple, le rapport au temps et à l’avenir. En 1959, la psychanalyste Therese Benedek proposait déjà de regarder la parentalité comme une véritable étape du développement, au même titre que l’adolescence : une période où la personnalité se réorganise, où des questions anciennes se rouvrent, et d’où l’on ressort changé. On comprend qu’une telle traversée fasse peur, à celle qui porte l’enfant comme à celui ou celle qui l’attend à ses côtés.
En consultation, la peur se présente rarement sous son nom. Elle prend la forme d’une insomnie au quatrième mois, de larmes inexpliquées après une échographie, d’une irritabilité contre le conjoint, d’une envie soudaine de boucler tous les dossiers au travail, ou au contraire d’une étrange absence : « je n’arrive pas à y croire, c’est comme si cela arrivait à quelqu’un d’autre ». Certaines personnes la sentent avant même la conception, d’autres seulement quand la chambre est prête et que le sac de maternité attend dans l’entrée. Elle concerne la femme enceinte, le futur père, la mère qui ne porte pas l’enfant dans un couple de femmes, les futurs parents adoptifs, les personnes qui deviennent parents seules par choix.
Ce qui compte n’est donc pas d’avoir peur ou non. C’est ce que la peur fait de vous : vous laisse-t-elle vivre l’attente, en parler, vous préparer à votre façon, ou bien prend-elle toute la place, au point de vous priver du sommeil, du plaisir et des liens ? Toute la suite de cette page sert à faire cette différence.
À retenir
La peur de devenir parent est fréquente, chez les femmes enceintes comme chez les futurs pères, les coparents et les parents qui adoptent.
Désirer un enfant et en avoir peur ne s’opposent pas : l’ambivalence fait partie de l’attente.
La grossesse et l’attente réveillent souvent l’enfance ; c’est un moment fragile, et un moment où beaucoup de choses peuvent se dire.
Quand la peur empêche de dormir, de se réjouir ou de penser à l’enfant, une consultation pendant l’attente aide, sans attendre la naissance.
Peur de ne pas savoir faire, de perdre sa liberté, de mal aimer : les visages de la peur
Derrière le mot « peur », il y en a presque toujours plusieurs, emmêlées. Les démêler ne les fait pas disparaître, mais cela change la conversation : on ne répond pas de la même façon à « j’ai peur de ne pas savoir changer une couche » et à « j’ai peur de devenir aussi dure que ma mère ».
Ne pas savoir faire. Beaucoup de futurs parents n’ont jamais tenu un nouveau-né. Ils imaginent un savoir que les autres posséderaient d’instinct. En réalité, personne ne sait avant : on apprend avec cet enfant-là, par essais et par erreurs, et les erreurs se réparent.
Perdre sa liberté. Les soirées improvisées, le sport, les voyages, le temps pour soi, parfois une carrière qui commençait à décoller. Cette peur fait honte, parce qu’elle paraît égoïste. Elle est pourtant légitime : devenir parent, c’est aussi faire le deuil d’une certaine vie, et un deuil s’accompagne de tristesse, même quand ce qui vient est désiré.
Répéter son histoire. « Je me suis entendue parler comme ma mère. » Quand on a grandi avec des cris, de la froideur ou un parent absent, l’idée de devenir parent ravive la crainte de transmettre ce que l’on a subi.
Le corps et l’accouchement. La douleur, les examens, le corps qui change, la peur de mourir ou de voir l’enfant en danger. Elle peut être discrète ou envahissante.
La santé du bébé. Chaque examen devient une épreuve, chaque résultat une attente insupportable, surtout après une grossesse perdue.
Le couple. Resterons-nous des amants ? Saurons-nous nous partager les nuits ? Et si l’un des deux voulait cet enfant plus que l’autre ?
Ne pas aimer l’enfant. « Et si je ne ressentais rien ? » C’est l’une des peurs les plus secrètes, et l’une des plus fréquentes.
L’exercice ci-dessous vous propose de dessiner la carte de vos peurs d’aujourd’hui, pour voir laquelle prend le plus de place et mettre des mots sur une inquiétude qui, souvent, n’en avait pas.
Si la carte se déforme surtout vers « mon histoire », c’est fréquent, et cela a un sens : la section sur la transparence psychique l’explique. Si c’est « le corps » qui domine, la partie sur la peur de l’accouchement vous concerne davantage. Et si toutes les branches sont longues, ce n’est pas un verdict sur vous : c’est une raison de ne pas rester seul avec ce poids.
Vouloir un enfant et en avoir peur : l’ambivalence ordinaire
L’ambivalence, c’est éprouver deux sentiments opposés au même moment, pour la même personne ou la même situation. Désirer cet enfant et regretter déjà sa vie d’avant. Se réjouir de la grossesse et ressentir, certains soirs, une envie de fuir. Aimer l’idée d’un bébé et redouter le bébé réel, avec ses cris, ses besoins, son corps. Ces mouvements contraires sont humains. Ce qui les rend douloureux, c’est qu’on les croit interdits.
La psychothérapeute britannique Rozsika Parker a consacré un livre entier à cette question, Torn in Two, paru en 1995 : déchirée en deux. Elle y soutenait que l’ambivalence maternelle n’est pas un défaut d’amour ni une anomalie à cacher, mais une expérience ordinaire, et que, lorsqu’elle peut être reconnue et supportée, elle pousse à penser à son enfant, à se demander ce dont il a besoin plutôt que d’appliquer une image toute faite. Ce que Parker décrivait chez les mères, nous l’entendons aussi chez les pères et chez les coparents.
L’ambivalence est souvent plus difficile à dire quand l’enfant a été longtemps attendu. Prenons Hélène, 38 ans, un exemple inventé mais très proche de ce que nous entendons. Après quatre années de parcours de procréation médicalement assistée, elle est enceinte. Elle devrait être comblée. Pourtant, le soir, elle se surprend à pleurer sa vie à deux, ses dimanches tranquilles, et elle s’en veut terriblement : « Après tout ce qu’on a fait pour l’avoir, je n’ai pas le droit. » Si, elle en a le droit. Le désir d’enfant n’exclut pas la peur ; il la rend seulement plus difficile à avouer. La page sur le couple, les enfants et la famille évoque aussi ces attentes longues et leurs épreuves.
Affirmation 1
« Si j’ai peur, c’est que je ne suis pas prête à avoir un enfant. »
Faux. Personne n’est « prêt » au sens d’une case cochée. La peur accompagne presque toutes les attentes d’enfant, et elle témoigne souvent du sérieux avec lequel on envisage ce rôle.
Affirmation 2
« Une grossesse très désirée ne laisse pas de place au doute. »
Faux. Après une longue attente, un parcours médical ou une perte, le doute est fréquent, et souvent plus caché, parce qu’on se sent coupable de l’éprouver.
Affirmation 3
« Les futurs pères et les coparents ont, eux aussi, peur de devenir parents. »
Vrai. Leur peur s’exprime souvent autrement : par l’action, le travail, l’irritabilité ou le silence. Elle mérite d’être entendue autant que celle de la personne qui porte l’enfant.
Affirmation 4
« Parler de sa peur risque de la faire grandir. »
Faux. C’est plutôt l’inverse : une peur tue tourne en rond et grossit dans le silence. Mise en mots, elle devient une question que l’on peut regarder, à deux ou avec un clinicien.
Affirmation 5
« Les parents qui adoptent ont les mêmes peurs que les autres. »
C’est plus nuancé. Ils partagent beaucoup de ces peurs, et en connaissent d’autres : une attente sans date, l’histoire de l’enfant avant eux, la crainte de ne pas se sentir légitimes.
Affirmation 6
« Avoir eu une enfance difficile condamne à la reproduire. »
Faux. Ce que l’on a vécu laisse des traces, mais ce n’est pas un destin. Avoir subi des violences ne condamne pas à en commettre, et la vigilance de ceux qui craignent de répéter les protège souvent.
Pourquoi la grossesse réveille-t-elle l’enfance ? La transparence psychique
Beaucoup de femmes enceintes nous disent qu’elles ne se reconnaissent plus : des souvenirs d’enfance qu’elles croyaient oubliés reviennent, des rêves les ramènent dans la maison où elles ont grandi, une colère ancienne contre leur mère surgit à propos d’un rien, une berceuse entendue à la radio les fait fondre en larmes. Elles s’en inquiètent, comme si elles perdaient pied.
La psychiatre et psychanalyste Monique Bydlowski, qui a consacré une grande partie de sa carrière à la vie psychique de la grossesse et travaillé de longues années en maternité, a donné un nom à ce phénomène : la transparence psychique. Pendant la grossesse, les défenses habituelles se relâchent ; ce qui, d’ordinaire, reste tenu à l’écart de la conscience, des souvenirs, des émotions, des conflits liés à sa propre enfance, devient plus accessible, comme si le psychisme devenait plus transparent. Dans La Dette de vie, en 1997, elle montre aussi comment donner la vie engage la relation à la génération d’avant : on ne devient pas mère sans se retrouver, d’une façon ou d’une autre, face à sa propre mère.
Ce relâchement a deux faces. Il rend la période plus fragile : ce qui remonte n’est pas toujours doux. Mais il en fait aussi un moment où l’on peut dire, comprendre et transformer des choses qui, en temps ordinaire, restent verrouillées. C’est l’une des raisons pour lesquelles une consultation pendant la grossesse est souvent si féconde. Les futurs pères, les coparents et les parents qui attendent un enfant adopté vivent, à leur manière, des retours semblables : devenir parent, c’est revisiter l’enfant que l’on a été.
Touchez les cartes : elles décrivent ce que l’attente réveille souvent, et ce que cela peut signifier.
Peur de reproduire son histoire : « je ne veux pas être comme mes parents »
Parmi toutes les peurs de l’attente, c’est l’une de celles que nous entendons le plus souvent, et l’une des plus lourdes. Elle concerne ceux qui ont grandi avec des cris, des coups, des humiliations, une mère déprimée, un père imprévisible, ou une froideur jamais nommée. Elle concerne aussi ceux dont l’enfance était « normale » mais qui ne veulent surtout pas de la même distance, de la même exigence, du même silence.
Quelques repères, d’abord. Répéter n’est pas une fatalité : beaucoup de parents qui ont souffert enfant deviennent des parents attentifs, précisément parce qu’ils savent ce qui fait mal. Avoir subi des violences ne condamne pas à en commettre. Et la peur de répéter est souvent, en elle-même, une protection : elle rend vigilant, elle pousse à réfléchir, à demander de l’aide. Ce qui expose davantage, c’est ce que l’on n’a jamais pu regarder : les souvenirs restés à vif, qui se rejouent sans prévenir quand on est épuisé, à trois heures du matin, devant un bébé qui pleure.
C’est pour cela que l’attente est un bon moment pour s’en occuper. Une page entière du dossier est consacrée à cette question, avec ce que l’on sait de la transmission entre générations : peur de reproduire ce que l’on a vécu avec ses parents.
Dans l’attente d’une adoption : une peur qui n’a pas de date
Les futurs parents adoptifs vivent une attente d’une nature particulière. Elle n’a pas de terme connu : on ne compte pas les semaines, on attend un appel qui peut venir dans six mois ou dans plusieurs années. Elle ne s’inscrit pas dans un corps qui change et qui, jour après jour, rend l’enfant plus réel. Et l’enfant attendu reste longtemps une silhouette floue : quel âge aura-t-il, d’où viendra-t-il, qu’aura-t-il vécu ?
Les peurs qui s’y logent sont souvent celles de tous les futurs parents, avec des couleurs propres. La peur de ne pas l’aimer, ou de ne pas être aimé de lui. La peur de son histoire d’avant, de ce qu’il portera de son abandon, de ses premiers lieux de vie. La peur de ne pas se sentir légitime, d’entendre un jour « tu n’es pas ma vraie mère ». Et, chez certains, un deuil qui n’a pas été fait : celui de l’enfant qu’on n’a pas pu concevoir.
Prenons Bastien et Rémi, 41 et 39 ans, un couple inventé pour cette page. Ils ont repeint deux fois la chambre en trois ans. À chaque fête de famille, la même question : « Alors, toujours rien ? » Bastien s’est mis à éviter les repas où il y a des enfants. Rémi, lui, lit tout ce qui paraît sur l’attachement, jusqu’à tard dans la nuit, et se persuade qu’ils n’y arriveront pas. Deux façons d’avoir peur, qui s’éloignent l’une de l’autre. Ce qui les aide, ce n’est pas une méthode, mais un lieu pour se dire ce que chacun craint, et pour faire une place à l’enfant réel, quand il viendra, plutôt qu’à l’enfant idéal ou redouté. La page adoption : l’attente, l’arrivée, les questions de l’enfant poursuit ces questions.
Peur de l’accouchement, peur pour la santé du bébé
La peur de l’accouchement est très répandue, et elle va de l’appréhension ordinaire, qui pousse à se renseigner et à se préparer, jusqu’à une terreur qui organise la vie. En 2000, deux psychiatres britanniques, Kristina Hofberg et Ian Brockington, ont décrit sous le nom de tocophobie cette peur intense de l’accouchement, chez des femmes qui désiraient pourtant profondément un enfant : certaines évitaient toute grossesse depuis l’adolescence, d’autres avaient vécu un premier accouchement traumatique, d’autres encore exprimaient ainsi une dépression pendant la grossesse. Cette peur n’est ni un caprice ni une faiblesse ; elle se travaille.
La peur pour la santé du bébé suit un autre chemin. Elle se concentre sur les examens, les résultats, les mouvements que l’on guette, les forums que l’on consulte la nuit. Elle est souvent plus forte après une fausse couche, une interruption de grossesse ou la mort d’un bébé : la grossesse suivante porte la joie et la peur dans le même ventre, comme le décrit la page deuil périnatal. Les questions médicales, examens, suivi, déroulement de la naissance, relèvent de l’équipe qui vous suit. Ce que nous travaillons avec vous, c’est la peur elle-même : d’où elle vient, ce qu’elle réveille, comment elle peut se calmer suffisamment pour laisser vivre l’attente.
Si vous avez déjà vécu une naissance difficile et que la perspective d’une nouvelle grossesse vous glace, la page accouchement difficile ou traumatique est faite pour vous.
Deux futurs parents, deux peurs différentes
Dans un couple, les peurs se ressemblent rarement. L’un redoute la perte de liberté, l’autre l’accouchement. L’un en parle beaucoup, l’autre s’active : il monte des meubles, fait des heures supplémentaires, refait l’électricité de la chambre. Ces différences sont souvent prises pour de l’indifférence, et deviennent des reproches : « Tu ne te rends pas compte », « Tu dramatises tout ». En réalité, chacun se protège comme il peut. La page devenir père : trouver sa place auprès du bébé décrit la façon dont beaucoup de futurs pères vivent l’attente, souvent en silence.
Dans un couple de femmes, la question « qui porte l’enfant ? » laisse parfois chez l’autre future mère la peur d’être moins mère, moins reconnue, moins nécessaire. Chez les personnes qui deviennent parents seules, par choix ou par les circonstances, la peur prend souvent la forme d’une question : « et si je tombais malade, qui serait là ? » Chaque configuration a ses peurs, aucune n’est plus légitime qu’une autre.
Quelques questions, posées à deux, un soir tranquille, aident souvent davantage qu’un plan de naissance parfait : de quoi as-tu le plus peur ? Qu’est-ce que tu veux absolument transmettre, et qu’est-ce que tu ne veux surtout pas répéter ? Qui se lèvera la nuit, et comment saurons-nous que l’autre est à bout ? De qui pourrons-nous accepter de l’aide ? Les réponses compteront moins que le fait d’avoir parlé.
Quand la peur empêche de vivre l’attente : les signes à écouter
Il y a un moment où la peur cesse d’être une compagne de route et devient un obstacle. Quelques signes doivent vous faire penser à demander de l’aide, sans attendre la naissance :
Une peur qui accompagne
Des inquiétudes qui vont et viennent, plus fortes avant un examen.
Des nuits parfois agitées, des rêves étranges.
Des moments de doute, puis des moments de joie.
L’envie d’en parler, de se renseigner, de se préparer.
Une peur qui envahit
Un sommeil perdu presque toutes les nuits, des heures à ruminer.
Des crises d’angoisse, un cœur qui s’emballe sans raison.
L’évitement de tout ce qui concerne le bébé, ou au contraire des recherches compulsives jusque tard dans la nuit.
Une tristesse qui dure, la perte du plaisir, le sentiment que l’enfant serait mieux sans vous.
Une tristesse qui s’installe pendant plus de deux semaines, avec perte d’intérêt et culpabilité, peut signaler une dépression pendant la grossesse, plus fréquente qu’on ne le croit et qui se soigne bien : la page dépression périnatale en décrit les signes. Une angoisse qui ne lâche plus est expliquée dans le dossier anxiété.
Si la peur s’accompagne d’idées noires
Si vous pensez à disparaître, à vous faire du mal, ou que vous ne voyez plus d’issue, ne restez pas seule ou seul avec ces pensées. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Voici une situation inventée, assemblée à partir de ce que nous entendons souvent.
Exemple fictif : Yasmine, 31 ans, enceinte de cinq mois
Yasmine dort trois ou quatre heures par nuit. Elle évite les magasins de puériculture, change de conversation quand on lui parle du prénom, et passe ses soirées sur des forums à lire des récits de complications. Sa mère a fait une dépression sévère après sa naissance ; Yasmine l’a appris à quinze ans, par une tante. Son compagnon, Karim, ne comprend pas : « Tout va bien aux échographies, de quoi as-tu peur ? » Elle ne sait pas répondre.
Qu’est-ce qui semble le plus utile pour Yasmine ?
Ce que nous faisons au cabinet pendant l’attente
On peut consulter au cabinet dès que la peur pèse, avant la conception, pendant la grossesse ou pendant l’attente d’une adoption, seul ou à deux. Le premier rendez-vous est sans engagement, et l’on peut venir accompagné. Tout peut se faire en téléconsultation, ce qui compte quand la fatigue, les nausées ou la distance rendent les trajets pénibles.
Notre psychothérapeute commence par écouter ce que la peur raconte : depuis quand elle est là, sur quoi elle porte, ce qu’elle réveille de l’histoire familiale. L’écoute analytique, nourrie de plusieurs grands repères de la psychanalyse, trouve dans cette période un terrain particulier : puisque la grossesse et l’attente rendent l’enfance plus présente, on peut y travailler en profondeur ce qui, d’ordinaire, reste hors d’atteinte. Il ne s’agit pas de tout analyser avant la naissance, mais de faire de la place pour l’enfant qui vient, en déliant un peu ce qui appartient au passé.
L’EMDR, en séances longues de 80 minutes, est précieux quand un événement précis nourrit la peur : un premier accouchement traumatique, une grossesse perdue, un souvenir d’enfance resté à vif. Il permet aussi, avec le scénario du futur, de se préparer à la naissance à venir en apaisant ce qui l’assombrit. Les outils de la TCC aident à calmer les ruminations, les insomnies, les vérifications et les recherches nocturnes. Quand l’attente met le couple à l’épreuve, des séances à deux, de 80 minutes elles aussi, permettent à chacun d’entendre la peur de l’autre. Si la situation le demande, notre psychothérapeute propose un bilan psychologique, qui donne lieu à un compte rendu écrit.
Nous avançons à votre rythme, en faisant régulièrement le point sur ce qui change. Et si la grossesse se poursuit avec un suivi médical, nous travaillons en lien avec les médecins qui vous accompagnent, avec votre accord.
Questions fréquentes sur la peur de devenir parent
Est-ce normal d’avoir peur de devenir mère ?
Oui. La peur de devenir mère est très fréquente, y compris quand l’enfant est profondément désiré. Elle porte sur la capacité à s’occuper du bébé, la liberté perdue, l’accouchement, la santé de l’enfant, ou la crainte de répéter sa propre histoire. Elle n’annonce rien de mauvais sur la mère que vous serez. Elle devient un motif de consultation quand elle empêche de dormir, de se réjouir ou de penser à l’enfant, ou quand elle s’accompagne d’une tristesse qui dure plus de deux semaines.
Comment savoir si l’on est prêt à avoir un enfant ?
Personne n’est prêt au sens d’une liste cochée : on devient parent en le faisant, avec cet enfant-là. Quelques questions aident pourtant à y voir clair : ce désir est-il le vôtre ou celui de votre entourage ? Pouvez-vous en parler avec l’autre parent, y compris de vos peurs ? Sur qui pourrez-vous compter ? Qu’avez-vous envie de transmettre ? Si ces questions déclenchent surtout une angoisse qui tourne en boucle, en parler avec un clinicien permet souvent de démêler la peur du désir.
J’ai peur de reproduire l’éducation de mes parents : que faire ?
Commencer par vous rappeler que cette peur protège souvent : elle rend attentif. Répéter n’est pas une fatalité, et avoir subi des violences ne condamne pas à en commettre. Ce qui aide, c’est de regarder ce que vous avez vécu plutôt que de l’enfouir : les souvenirs restés à vif peuvent être apaisés, par exemple en EMDR, et l’écoute analytique aide à comprendre ce qui se transmet. La grossesse, qui rend l’enfance plus présente, est un bon moment pour ce travail.
Peut-on consulter un psychothérapeute pendant la grossesse ?
Oui, et c’est souvent un moment particulièrement propice. Pendant la grossesse, des souvenirs et des émotions liés à sa propre enfance remontent plus facilement, ce que la psychanalyste Monique Bydlowski a appelé la transparence psychique. On peut consulter seule, en couple, au cabinet ou en téléconsultation, dès le début ou à n’importe quel moment de l’attente. Il n’est pas nécessaire d’aller très mal pour venir : la peur, le doute ou une histoire familiale lourde suffisent.
Je ne ressens rien pour mon bébé pendant la grossesse : est-ce grave ?
Non, c’est fréquent. Pour beaucoup de futurs parents, le bébé reste abstrait pendant des mois, surtout au début, quand rien ne se voit, ou après une perte, quand on n’ose pas s’attacher. Le lien se construit souvent après la naissance, au fil des soins et des regards, parfois en quelques jours, parfois en quelques mois. Si ce vide s’accompagne de tristesse, de culpabilité ou d’angoisse, il mérite d’être dit en séance, sans honte.
Les futurs pères peuvent-ils avoir peur de devenir père ?
Oui, et beaucoup. Ils redoutent de ne pas savoir faire, de perdre leur liberté, de ne pas trouver leur place, de répéter le modèle de leur propre père. Comme ce n’est pas leur corps qui porte l’enfant, ils ont souvent le sentiment de ne pas avoir le droit de se plaindre, et leur peur passe par l’action, le travail ou l’irritabilité. Elle mérite d’être entendue : les futurs pères et les coparents sont reçus au cabinet, seuls ou en couple.
Références
Les travaux et ouvrages cités sur cette page.
Therese Benedek, « Parenthood as a developmental phase: a contribution to the libido theory », Journal of the American Psychoanalytic Association, 7(3), 1959, p. 389-417. doi.org/10.1177/000306515900700301
Monique Bydlowski, « La transparence psychique de la grossesse », Études freudiennes, n° 32, 1991, p. 135-142.
Monique Bydlowski, La Dette de vie. Itinéraire psychanalytique de la maternité, Presses universitaires de France, coll. « Le fil rouge », 1997.
Monique Bydlowski, Je rêve un enfant. L’expérience intérieure de la maternité, Odile Jacob, 2000.
Rozsika Parker, Torn in Two: The Experience of Maternal Ambivalence, Virago, 1995.
Kristina Hofberg et Ian Brockington, « Tokophobia: an unreasoning dread of childbirth. A series of 26 cases », British Journal of Psychiatry, 176, 2000, p. 83-85. doi.org/10.1192/bjp.176.1.83
L’attente est un temps fragile et précieux : ce qui s’y dit peut alléger les premiers mois. Un premier rendez-vous, seul ou à deux, au cabinet ou en téléconsultation, permet de comprendre ce que votre peur raconte et de choisir ensemble la façon de l’apaiser.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
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