Identifier
Difficulté à savoir quelle émotion on ressent, et à la distinguer des sensations du corps. Est-ce de la colère, de la fatigue, de la faim, de l’angoisse ? Tout se mélange.
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« Je ne sais pas. Ça va. » Puis la porte qui claque. Beaucoup de personnes avec un TDAH ressentent leurs émotions très fort, mais peinent à les identifier et à les nommer. Cette difficulté porte un nom, l’alexithymie. Elle explique une partie des tempêtes émotionnelles du TDAH, et elle se travaille : on peut apprendre à lire son tableau de bord intérieur.
Le mot a été proposé en 1973 par un psychiatre américain, Peter Sifneos, à partir du grec : a, l’absence, lexis, le mot, et thymos, l’humeur ou l’émotion. Littéralement : pas de mots pour les émotions. Il décrivait des patients qui souffraient beaucoup dans leur corps, mais qui, lorsqu’on leur demandait ce qu’ils ressentaient, répondaient par des faits, des symptômes physiques ou un silence perplexe.
L’alexithymie n’est pas une maladie ni un diagnostic. C’est une caractéristique, un trait, que chacun possède à des degrés divers, sur un continuum. On parle d’alexithymie marquée quand la difficulté est importante et gêne la vie. Elle comporte trois facettes principales.
Difficulté à savoir quelle émotion on ressent, et à la distinguer des sensations du corps. Est-ce de la colère, de la fatigue, de la faim, de l’angoisse ? Tout se mélange.
Difficulté à trouver les mots pour dire aux autres ce qu’on ressent. La réponse la plus fréquente : « je ne sais pas », ou « ça va », ou « je suis énervé », pour tout.
Une pensée tournée vers l’extérieur, concrète, factuelle, qui s’intéresse aux événements plus qu’à ce qu’ils font ressentir. L’introspection paraît étrange, inutile ou inconfortable.
Une image aide à comprendre. Imaginez un tableau de bord de voiture dont les voyants s’allument normalement, mais sans aucune étiquette. Quelque chose clignote, on sent bien que ça clignote, mais impossible de savoir si c’est l’huile, l’essence ou une portière mal fermée. Alors on continue de rouler, ou on s’arrête net au milieu de la route. La personne alexithymique ne ressent pas moins : elle lit moins bien ce qu’elle ressent.
On parle d’alexithymie primaire lorsqu’elle semble faire partie du fonctionnement de la personne depuis toujours, en lien avec son tempérament, son développement ou un trouble du neurodéveloppement. On parle d’alexithymie secondaire lorsqu’elle apparaît ou s’aggrave à la suite d’un événement : un traumatisme, une dépression, une maladie. Dans ce second cas, ne plus sentir ses émotions peut être une forme de protection, comme une anesthésie après une blessure. La page dissociation explore ce mécanisme.
Il existe des questionnaires validés, dont le plus utilisé est l’échelle d’alexithymie de Toronto, en vingt questions. Ils sont utilisés par les professionnels, en complément d’un entretien. Le questionnaire proposé plus bas sur cette page a été rédigé pour ce guide : il ne reprend pas ces outils et sert seulement à faire un premier point. Pour aller plus loin, la page alexithymie du site propose un dossier complet.
Les études qui ont mesuré l’alexithymie chez des adultes avec un TDAH la retrouvent nettement plus souvent que dans la population générale. Elle est aussi très fréquente dans l’autisme, ce qui compte quand les deux troubles coexistent, comme l’explique la page TDAH et TSA. Plusieurs mécanismes permettent de comprendre ce lien.
Tout le monde avec un TDAH n’est pas alexithymique, loin de là. Beaucoup de personnes avec un TDAH sont au contraire très à l’écoute de leurs émotions, parfois trop. Mais quand l’alexithymie est présente, elle pèse lourd, et il est précieux de la repérer.
La dysrégulation émotionnelle, cette tendance à réagir vite, fort et longtemps, est aujourd’hui reconnue comme une dimension importante du TDAH, comme l’explique la page TDAH, émotions et dysrégulation. L’alexithymie en est l’un des carburants. Pour réguler une émotion, il faut d’abord la repérer, puis la nommer, puis choisir quoi en faire. Si la première étape manque, tout le reste s’effondre : l’émotion monte sans être vue, déborde, et se décharge dans l’action.
Les chercheurs ont d’ailleurs montré que le simple fait de mettre un mot précis sur une émotion en diminue l’intensité. Dire « je suis déçu » plutôt que « je suis énervé » n’est pas un détail de vocabulaire : c’est déjà un frein. Plus on dispose de mots nuancés, plus on peut agir tôt. Faites glisser le curseur pour découvrir les étages d’une même émotion, la colère, et ce qu’il est encore possible de faire à chacun.
Avec un TDAH et une alexithymie, l’ascenseur saute souvent directement du rez-de-chaussée au dernier étage. L’objectif n’est pas de ne plus jamais se mettre en colère, mais d’apprendre à voir passer les étages intermédiaires, pour descendre avant le débordement.
L’alexithymie ne se voit pas directement. Elle se devine à travers des petites scènes de la vie de tous les jours, que les proches reconnaissent souvent mieux que la personne elle-même.
À la question « qu’est-ce que tu ressens ? », la réponse est vide, vague ou toujours la même : « ça va », « je suis énervé », « bof ». Ce n’est pas de la mauvaise volonté.
Maux de ventre, de tête, tensions dans le dos, fatigue écrasante. L’émotion, faute de mots, s’exprime par des sensations qu’on prend pour un problème physique.
Claquer une porte, partir, manger, faire défiler son téléphone, se lancer dans une activité frénétique. L’action décharge l’émotion avant qu’elle ait été comprise.
On s’énerve contre tout le monde… et on s’aperçoit deux heures plus tard qu’on n’a pas déjeuné. Les signaux du corps et ceux des émotions se brouillent.
Il peut être difficile de deviner ce que ressentent les autres, ou d’y répondre comme ils l’attendent. L’empathie existe, mais elle trouve moins facilement ses mots.
Le conjoint se plaint de ne pas savoir ce que l’autre ressent, et se sent parfois seul dans la relation. Voir TDAH et couple.
Chez l’enfant avec un TDAH, l’alexithymie se manifeste souvent par une seule émotion pour tout : « je suis énervé » quand il est triste, déçu, inquiet ou fatigué. Il peut aussi exploser sans comprendre pourquoi, puis être incapable d’expliquer ce qui s’est passé. Les parents peuvent l’aider en nommant les émotions pour lui, avec douceur : « tu as l’air déçu que la sortie soit annulée ». Les jeux autour des émotions sont précieux, comme le montre la page jeux et tests sur les émotions en séance, et la page émotions de l’enfant donne d’autres repères.
Une personne alexithymique n’est pas froide. Elle ressent souvent intensément, mais ne sait pas quoi faire de ce qu’elle ressent, ni comment le dire. Ses réactions peuvent paraître disproportionnées ou au contraire absentes, alors qu’à l’intérieur la tempête est bien réelle. Confondre alexithymie et indifférence est une source fréquente de malentendus et de blessures, dans les couples comme dans les familles.
Situation inventée
Lucas, 11 ans, a un TDAH. Après un match de foot perdu, il rentre, jette son sac, crie sur sa petite sœur et s’enferme. Quand sa mère lui demande ce qui se passe, il répond : « rien, je suis énervé, c’est tout ». Le lendemain, il avoue que son entraîneur l’a laissé sur le banc toute la seconde mi-temps.
Quelle réponse aide le plus Lucas à apprendre à reconnaître ses émotions ?
Puisque les émotions passent d’abord par le corps, on peut partir de lui pour remonter jusqu’à elles. Cochez les sensations que vous ressentez en ce moment, ou que vous avez ressenties lors d’une situation récente. Le décodeur propose des émotions possibles, à vérifier : il n’a pas raison à votre place, il vous propose des pistes et des mots.
Cochez au moins une sensation pour voir les émotions possibles.
Cet outil pédagogique ne remplace pas un entretien. Les correspondances entre sensations et émotions varient d’une personne à l’autre : c’est justement en vérifiant, situation après situation, que l’on construit son propre décodeur. Rien n’est enregistré ni envoyé.
La bonne nouvelle, c’est que l’alexithymie n’est pas figée. Identifier et nommer ses émotions est une compétence, qui s’apprend à tout âge, un peu comme une langue étrangère. Au début on cherche ses mots, puis ils viennent plus facilement. Voici des pistes, à adapter au fonctionnement TDAH : courtes, concrètes, répétées.
Une psychothérapie offre un lieu où l’on prend le temps de déplier ce qui se passe à l’intérieur, avec quelqu’un qui aide à trouver les mots. Au cabinet, plusieurs approches peuvent se combiner. Les thérapies cognitives et comportementales et les compétences issues de la thérapie dialectique apprennent à repérer, nommer et réguler les émotions avec des exercices concrets. L’approche psychanalytique aide à mettre en mots ce qui ne trouvait pas de forme, et à comprendre ce que l’histoire a fait des émotions. L’EMDR est utile lorsque des souvenirs douloureux ont conduit à mettre les émotions à distance. Pour les enfants, les jeux, les dessins et les histoires remplacent avantageusement les longues explications.
Le psychothérapeute accompagne enfants, adolescents et adultes dans ce travail sur les émotions, en lien avec la neuropsychologue lorsqu’un bilan du TDAH ou de fonctionnements associés est utile. La page TDAH et émotions du guide des émotions et la boîte à outils des émotions complètent cette page.
Affirmation 1
Elles ressentent, souvent intensément. C’est la lecture et la mise en mots des émotions qui sont difficiles, pas l’émotion elle-même.
Affirmation 2
C’est un trait de fonctionnement, présent à des degrés divers chez chacun. Il devient un problème quand il est marqué et gêne la vie.
Affirmation 3
Oui. Mettre un mot juste sur ce que l’on ressent diminue l’intensité de l’émotion et facilite le choix d’une réaction.
Affirmation 4
Oui, selon plusieurs études chez l’adulte. Elle est aussi fréquente dans l’autisme. Mais toutes les personnes avec un TDAH ne sont pas concernées.
Affirmation 5
Identifier et nommer ses émotions s’apprend, à tout âge, avec de l’entraînement et parfois l’aide d’une psychothérapie.
Affirmation 6
Certaines études le retrouvent, mais l’éducation joue un rôle important : beaucoup de garçons apprennent tôt à ne pas montrer, puis à ne plus nommer, ce qu’ils ressentent. Voir les émotions des hommes.
Ce questionnaire, rédigé pour ce guide, s’adresse aux adolescents et aux adultes. Il ne reprend pas les échelles validées et ne pose aucun diagnostic. Il donne une indication animée de la facilité avec laquelle vous identifiez et exprimez vos émotions. Répondez spontanément, en pensant à votre façon d’être habituelle.
L’alexithymie est une difficulté à identifier ses émotions, à les distinguer des sensations du corps et à les décrire avec des mots, souvent associée à une pensée tournée vers les faits concrets. Ce n’est pas une maladie mais un trait, présent à des degrés divers chez chacun. La personne ressent ses émotions, parfois très fort, mais les lit mal.
Plusieurs études retrouvent une alexithymie plus fréquente chez les adultes avec un TDAH que dans la population générale. L’attention tournée vers l’extérieur, l’impulsivité, une perception fragile des signaux du corps et des émotions qui montent très vite rendent plus difficile l’identification de ce que l’on ressent.
En partie. Pour réguler une émotion, il faut d’abord la repérer et la nommer. Quand cette étape manque, l’émotion monte sans être vue et se décharge dans l’action. L’alexithymie est ainsi l’un des carburants de la dysrégulation émotionnelle du TDAH, à côté de l’impulsivité.
On ne parle pas de guérison, puisque ce n’est pas une maladie, mais on peut nettement progresser. Enrichir son vocabulaire émotionnel, écouter les signaux du corps, revenir après coup sur les situations difficiles et s’appuyer sur une psychothérapie permettent d’apprendre à mieux lire et dire ses émotions, à tout âge.
En nommant les émotions pour lui avec douceur, en lui proposant plusieurs mots plutôt que « énervé », en revenant au calme sur les situations difficiles, et en utilisant des jeux, des dessins ou des histoires. Un accompagnement psychologique peut aider l’enfant et ses parents à construire ce vocabulaire ensemble.
Vous ou votre enfant avez du mal à dire ce que vous ressentez, et les émotions finissent par exploser ? Un premier rendez-vous permet de comprendre ce qui se joue et de construire, pas à pas, un vocabulaire intérieur. Le cabinet accompagne enfants, adolescents, adultes et familles, et peut évaluer un TDAH associé.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.