Récit fictif · dernier épisode
Un jeudi de février, à la sortie d’une répétition
Anouk sort de la répétition de la chorale. Elle chante chez les altos, et le concert de juin approche. Basile, le ténor, était grippé ce soir. Dans le métro, elle lui envoie un mot pour prendre des nouvelles. Le message passe en « vu ». Pas de réponse.
Le pincement est là, familier. Elle le reconnaît comme on reconnaît une vieille douleur au genou quand le temps change. Elle range le téléphone au fond de son sac, appelle Romane pour lui proposer une soupe le lendemain, et finit le trajet en fredonnant sa partie d’alto.
Il y a eu, entre-temps, tout ce que racontent les autres pages du dossier : la séparation d’avec Thibault, le manque, ces vendredis où il revenait puis repartait, un premier dimanche seule, une semaine où elle a enfin dit non à sa mère. Anouk avait pris un premier rendez-vous quelques semaines après la séparation, d’abord en téléconsultation, parce qu’elle n’avait pas la force de sortir. Un bilan psychologique a mis des mots sur ce qu’elle vivait : une anxiété d’abandon très vive, et les traces de ces samedis d’enfance. Le travail en EMDR a porté sur la fenêtre de la cuisine, puis sur la nuit des onze messages ; elle dit aujourd’hui qu’elle « voit encore la scène, mais qu’elle ne la brûle plus ». Les compétences de la TCD l’ont aidée à traverser les heures de 23 heures sans écrire. Et dans l’écoute, elle a compris qu’elle avait été, très tôt, le rayon de soleil de quelqu’un, et qu’elle n’était pas obligée de le rester pour être aimée.
Le moment le plus difficile, raconte-t-elle, a été une interruption des séances de quelques semaines. Elle était persuadée qu’elle ne tiendrait pas. Elle a tenu. À la reprise, elle a pu en parler, et c’est ce jour-là, dit-elle, qu’elle a compris qu’un lien pouvait durer pendant une absence.