Psychanalyse et sexualité : ce que Freud a vraiment dit
« Pour les psys, tout est sexuel. » La phrase fait sourire, et elle est fausse. Ce que Freud a affirmé en 1905 est plus étonnant, et plus tendre : la sexualité ne commence pas à la puberté, elle ne se réduit pas aux organes, et elle est inséparable de notre manière d’aimer, de désirer et de souffrir. Cette page explique, en langage simple et sans images crues, la pulsion, les stades, l’Œdipe, la bisexualité psychique, Laplanche et Lacan, les difficultés sexuelles telles que les décrit la médecine, et ce qu’une psychanalyse peut apporter quand la vie intime se grippe.
Mis à jour le 22 octobre 2026 · Lecture : 24 minutes
5 stadesde l’oral au génital, à lire avec prudence
4 élémentsde toute pulsion : source, poussée, but, objet
8 troublessexuels décrits par le DSM-5-TR, et leurs variantes
1905, la révolution des Trois essais
En 1905, à Vienne, Freud publie un petit livre qui fait scandale : Trois essais sur la théorie sexuelle. Il le retouchera pendant vingt ans, d’édition en édition, comme s’il ne parvenait pas à le terminer. Le scandale ne tient pas à des descriptions osées ; il n’y en a pas. Il tient à trois idées qui bousculent la morale de l’époque.
Les « aberrations »
Le premier essai montre que la sexualité humaine n’obéit pas à un programme fixe. L’objet du désir et sa manière de s’exprimer varient beaucoup d’une personne à l’autre. Freud en conclut qu’il n’existe pas de lien naturel et automatique entre la pulsion et son objet.
La sexualité infantile
Le deuxième essai affirme que l’enfant a une vie sexuelle, au sens large : il cherche le plaisir par son corps, par la bouche d’abord, puis autrement, et il se pose des questions sur l’origine des bébés. L’enfant cesse d’être un ange sans corps.
Les remaniements de la puberté
Le troisième essai décrit comment, à l’adolescence, ces plaisirs dispersés se réorganisent autour de la génitalité et de la rencontre d’un autre. La sexualité adulte ne naît pas de rien : elle hérite de l’enfance.
Il faut bien comprendre ce que Freud appelle « sexuel ». Le mot ne désigne pas seulement l’acte sexuel ou les organes génitaux. Il recouvre toute recherche de plaisir qui passe par le corps et qui dépasse le simple besoin : le bébé qui continue de téter alors qu’il n’a plus faim, l’enfant qui aime être bercé, caressé, regardé. Freud élargit le mot, et c’est cet élargissement, plus que le sexe lui-même, qui a choqué.
Si vous avez vérifié que personne ne lisait par-dessus votre épaule avant d’ouvrir cette page, vous venez de faire une petite expérience freudienne. La pudeur, dit Freud, est l’une des « digues » que l’éducation construit autour de la pulsion, avec le dégoût et la morale. Rassurez-vous : la page est écrite pour pouvoir être lue dans un train.
Freud n’a jamais écrit que « tout est sexuel ». À partir de 1920, il accorde une place aussi grande à l’agressivité et à la répétition, qu’il rattache à la pulsion de mort. Voir la page Freud expliqué simplement et les 24 idées reçues.
Pulsion n’est pas instinct
L’allemand de Freud a deux mots : Instinkt, l’instinct, et Trieb, que l’on traduit par « pulsion ». Les traductions anglaises ont longtemps tout rendu par « instinct », et ce n’est pas un détail. L’instinct est un programme fixé par l’espèce : l’oiseau construit son nid sans l’avoir appris, de la même façon que tous les oiseaux de son espèce. La pulsion humaine, elle, est une poussée qui cherche sa voie, et qui la trouve différemment chez chacun.
En 1915, dans « Pulsions et destins des pulsions », Freud décompose toute pulsion en quatre éléments.
La source : une excitation du corpsd’où ça vient
La poussée : une force constantecombien ça pousse
Le but : la satisfaction, l’apaisementvers quoi
L’objet : ce par quoi elle se satisfaitavec quoi, ou qui
La phrase décisive concerne l’objet : c’est l’élément le plus variable de la pulsion. Rien ne fixe d’avance avec qui ou avec quoi une personne trouvera du plaisir ; cela se construit au fil d’une histoire. C’est pourquoi la psychanalyse ne parle pas de sexualité « naturelle » ou « contre nature », mais de trajets singuliers.
Les zones érogènes et les pulsions partielles
Freud appelle zone érogène toute partie du corps qui peut devenir source de plaisir. La bouche, l’anus et les organes génitaux sont les plus connues, mais la peau entière peut l’être, comme le regard ou l’écoute. Dans l’enfance, ces plaisirs fonctionnent chacun pour leur compte : Freud parle de pulsions partielles. Le plaisir de regarder, celui d’être regardé, celui de toucher, celui de maîtriser n’attendent pas la puberté. La sexualité adulte les rassemble, sans jamais les fondre tout à fait : chacun garde ses préférences, ses pudeurs, ses petites singularités.
À retenir
La pulsion n’est pas un instinct : elle pousse, mais son objet n’est pas fixé d’avance.
« Sexuel », chez Freud, désigne toute recherche de plaisir par le corps qui dépasse le besoin, dès l’enfance.
Le mot libido, emprunté au latin, désigne l’énergie de ces pulsions : le désir, au sens large.
Les stades, au curseur
Freud et ses successeurs, notamment Karl Abraham, ont décrit des « stades » de la sexualité infantile, chacun organisé autour d’une zone du corps et d’un type de relation. Faites glisser le curseur. Une précaution d’abord : les âges sont indicatifs, les stades se chevauchent, et ils ne décrivent pas une course d’obstacles que l’enfant réussirait ou raterait. Ce sont des manières d’aimer qui restent disponibles toute la vie.
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À lire avec prudence
Les stades sont un modèle, élaboré à partir de cures d’adultes et de quelques observations d’enfants, pas une norme de développement validée comme les étapes de la marche ou du langage. On ne « reste pas bloqué » au stade anal comme on redouble une classe. Et rien, dans ce modèle, n’autorise à interpréter les comportements d’un enfant de façon sexuelle au sens adulte : un enfant qui suce son pouce ou pose des questions est un enfant en bonne santé. Si un comportement d’enfant vous inquiète, parlez-en à son médecin ou à un psychologue pour enfants (voir notre page pédopsychologie).
Œdipe et castration, simplement
Ce sont les deux mots les plus caricaturés de la psychanalyse. Essayons de les dire simplement, sans tragédie grecque.
Le complexe d’Œdipe
Freud en a l’idée en 1897, pendant son auto-analyse, et il l’écrit à son ami Fliess. Il en parle dans L’Interprétation du rêve (1900), et le mot « complexe d’Œdipe » apparaît en 1910. L’idée tient en une observation que tous les parents connaissent : vers trois à cinq ans, l’enfant aime passionnément l’un de ses parents, voudrait l’avoir pour lui seul, et vit l’autre comme un rival, tout en l’aimant aussi. « Quand je serai grande, je me marierai avec papa. » Freud ajoute que les deux mouvements existent souvent en même temps, envers chacun des parents : il parle d’Œdipe complet.
L’essentiel n’est pas ce désir, mais son issue. L’enfant découvre qu’il y a un interdit : on n’épouse pas ses parents, ils s’appartiennent l’un à l’autre ou appartiennent à d’autres, et lui devra aimer ailleurs, plus tard. Cette découverte est douloureuse, et elle est structurante. Elle ouvre la place pour une vie à soi.
La castration
Le mot fait peur. Chez Freud, il désigne d’abord une théorie d’enfant : devant la différence des sexes, le petit garçon imagine qu’on peut perdre ce qu’il a, la petite fille qu’on lui a pris quelque chose. Freud a écrit sur ce point des pages datées, notamment sur les filles, que les psychanalystes eux-mêmes ont largement discutées. Lacan en propose une lecture plus large et plus utile : la castration, c’est découvrir que personne n’a tout, ni l’enfant, ni la mère, ni le père. Chacun est limité, et c’est ce manque qui permet de désirer.
Une limite éthique ferme
L’Œdipe décrit des fantasmes d’enfant, c’est-à-dire des scénarios imaginaires qui font partie du développement ordinaire. Il ne doit jamais servir à mettre en doute la parole d’un enfant ou d’un adulte qui révèle des violences sexuelles. Ce reproche a été adressé, à juste titre, à certaines pratiques, et la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) l’a rappelé dans son rapport de 2023. Au cabinet, une révélation de violence est toujours accueillie comme telle, et les démarches de protection passent avant toute interprétation.
Critiques historiques de l’Œdipe : l’anthropologue Bronisław Malinowski a contesté son universalité ; Karen Horney et Melanie Klein ont discuté sa version féminine et sa chronologie. Voir aussi les concepts clés et Melanie Klein.
Bisexualité psychique et orientations
Freud reprend à son ami Wilhelm Fliess une idée qu’il ne lâchera plus : chaque être humain porte en lui des dispositions masculines et féminines, des identifications aux deux parents, des désirs qui ne se rangent pas d’un seul côté. On appelle cela la bisexualité psychique. Le mot ne parle pas d’orientation sexuelle au sens actuel ; il dit que l’identité sexuée se construit, avec des parts multiples, et qu’elle n’est jamais tout à fait simple.
Il en tire une conséquence remarquable pour son époque : l’attirance pour une personne du même sexe n’est pas, à ses yeux, une dégénérescence. En 1935, il répond à une mère américaine inquiète pour son fils que l’homosexualité n’est ni un vice ni une dégradation, qu’il n’y a pas lieu d’en avoir honte et qu’on ne peut pas la ranger parmi les maladies. Une partie des institutions psychanalytiques a pourtant tenu, pendant des décennies, un discours bien plus normatif que Freud lui-même, avant de le réviser à partir des années 1990. Nous le disons parce que c’est vrai, et parce que des patients en ont souffert.
Au cabinet
L’orientation sexuelle n’est ni un symptôme, ni un sujet à corriger. Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, en questionnement ou qui ne se reconnaissent dans aucune catégorie sont reçues comme tout le monde : pour ce qui les fait souffrir, si elles le souhaitent, et pour rien d’autre.
Laplanche et le « sexual »
Jean Laplanche, psychanalyste français et grand traducteur de Freud, a consacré sa vie à une question : d’où vient la sexualité de l’enfant ? Sa réponse, la théorie de la séduction généralisée, exposée en 1987 dans Nouveaux fondements pour la psychanalyse, est d’une grande délicatesse.
Le bébé reçoit des soins : on le nourrit, on le lave, on le berce. Ces gestes sont tendres et nécessaires. Mais l’adulte qui les donne a lui-même un inconscient, une histoire, une sexualité, qui passent à son insu dans sa voix, ses gestes, ses regards. L’enfant reçoit ces « messages » sans pouvoir les comprendre ; ils sont pour lui énigmatiques, et c’est cette énigme qui met en route sa propre vie psychique et sexuelle. Il ne s’agit pas d’abus : il s’agit de l’ordinaire de tout soin humain.
Pour distinguer ce sexuel élargi de la sexualité au sens courant, Laplanche invente un mot, le « sexual », titre de son livre de 2007. Le sexual, c’est cette part infantile, inconsciente, fantasmatique, qui ne relève ni de l’instinct ni de la reproduction, et qui colore toute la vie amoureuse. Laplanche insiste aussi, contre une lecture biologique de Freud, sur la différence entre la pulsion et l’instinct.
Pourquoi est-ce utile en séance ? Parce que beaucoup de difficultés intimes ne viennent ni d’un défaut du corps, ni d’un manque d’amour, mais de messages reçus très tôt, jamais traduits : une gêne, un interdit flou, une inquiétude transmise. Les mettre en mots, c’est souvent les désarmer.
« Il n’y a pas de rapport sexuel »
C’est sans doute la phrase la plus mal comprise de Jacques Lacan. Elle ne veut pas dire que les gens ne font pas l’amour, ni que la sexualité est impossible ou triste. Le mot « rapport » est pris au sens mathématique : une proportion, une formule qui permettrait d’écrire à l’avance l’accord entre deux êtres sexués, comme on écrit un rapport de deux nombres. Cette formule, dit Lacan, n’existe pas.
Autrement dit : aucune nature, aucune technique, aucune morale ne garantit que deux personnes s’accordent. Chacun a sa façon de désirer, ses fantasmes, ce qui le fait jouir, et ces façons ne s’emboîtent jamais exactement. Ce n’est pas un échec à corriger, c’est la condition humaine. Et c’est justement là que l’amour trouve sa place.
Dans le même séminaire, Encore (1972-1973), Lacan propose ses formules de la sexuation et une idée qui a fait couler beaucoup d’encre : « il n’y a pas La femme », souvent citée sous la forme « La femme n’existe pas ». Elle ne nie pas l’existence des femmes : elle dit qu’il n’y a pas d’essence universelle de « La » femme, qu’il n’y a que des femmes, une par une. Cette idée a beaucoup aidé les cliniciens à se déprendre des clichés sur « la » sexualité féminine.
En séance, cela donne quoi ?
Un couple d’une quarantaine d’années consulte parce que « ça ne marche plus » au lit. Chacun cherche le bon réglage, la bonne fréquence, la bonne technique, et se sent coupable de ne pas la trouver. Entendre qu’il n’existe pas de formule n’est pas décourageant ; c’est un soulagement. Le travail peut alors porter sur ce que chacun désire vraiment, et sur ce qu’ils ont à se dire, plutôt que sur une norme à atteindre.
Pour aller plus loin, sans jargon et avec un nœud borroméen animé : la page Lacan expliqué simplement.
Les difficultés sexuelles selon le DSM-5-TR
La médecine a sa propre façon de nommer les difficultés sexuelles. Le DSM-5-TR, manuel de l’Association américaine de psychiatrie (2022), décrit des « dysfonctions sexuelles ». Pour qu’on parle de trouble, la difficulté doit généralement durer depuis six mois environ, survenir dans la plupart des situations, et surtout causer une souffrance réelle à la personne elle-même. Une baisse de désir qui ne fait pas souffrir la personne n’est pas un trouble.
Les dysfonctions sexuelles du DSM-5-TR
Nom dans le manuel
En langage courant
Trouble de l’érection
Difficulté à obtenir ou à maintenir une érection suffisante
Éjaculation prématurée
Éjaculation qui survient beaucoup plus tôt que souhaité, de façon répétée
Éjaculation retardée
Éjaculation très difficile ou impossible à atteindre
Diminution du désir sexuel chez l’homme
Pensées et envies sexuelles devenues rares ou absentes
Trouble de l’intérêt pour l’activité sexuelle ou de l’excitation sexuelle chez la femme
Désir et excitation diminués ou absents, regroupés en un seul trouble depuis 2013
Trouble de l’orgasme chez la femme
Orgasme très difficile ou impossible à atteindre
Trouble lié à des douleurs génito-pelviennes ou à la pénétration
Douleurs, peur ou contraction qui rendent la pénétration difficile ou impossible ; il regroupe l’ancien vaginisme et la dyspareunie
Dysfonction sexuelle induite par une substance ou un médicament
Difficulté liée à un traitement (certains antidépresseurs, par exemple), à l’alcool ou à une drogue
Le manuel précise si la difficulté existe « depuis toujours » ou si elle est apparue après une période sans problème, et si elle est « généralisée » ou « situationnelle » (seulement avec une personne, ou dans certaines circonstances). Ces précisions comptent beaucoup pour un psychanalyste : une difficulté qui n’apparaît qu’avec la personne qu’on aime le plus raconte souvent une histoire.
Deux remarques complètent ce tableau. La dysphorie de genre n’est plus rangée parmi les troubles sexuels depuis le DSM-5 de 2013, et la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé a déplacé l’incongruence de genre hors du chapitre des troubles mentaux. Et le manuel distingue les paraphilies, qui sont des préférences inhabituelles, des troubles paraphiliques, qui impliquent une souffrance ou un tort causé à autrui.
Toujours vérifier le corps
Une difficulté d’érection, une douleur, une baisse de désir peuvent avoir une cause médicale : problème cardiovasculaire, diabète, hormones, effet d’un médicament. Un avis médical (médecin traitant, urologue, gynécologue) fait partie de la démarche. Ne jamais arrêter un traitement sans en parler à son médecin : il existe souvent des alternatives. Le sens d’un symptôme et sa cause physique ne s’excluent pas.
Sexologie et psychanalyse : deux portes, une même maison
On oppose parfois la sexologie, qui serait pratique, et la psychanalyse, qui serait bavarde. La réalité est plus intéressante : elles regardent la même difficulté sous deux angles, et elles peuvent se compléter.
La sexologie
Elle part du symptôme et cherche à le soulager : information sur l’anatomie et la réponse sexuelle, exercices progressifs à faire seul ou à deux, travail sur la communication dans le couple, parfois un traitement médical en lien avec le médecin. Elle est souvent brève et concrète, et elle aide beaucoup de personnes, notamment quand la difficulté tient à un manque d’information ou à une anxiété de performance.
La psychanalyse
Elle part de la personne et cherche le sens du symptôme dans son histoire : pourquoi cette panne avec cette personne-là, pourquoi le désir s’éteint depuis la naissance d’un enfant, pourquoi le corps reste muet depuis un événement précis. Elle prend plus de temps, et elle touche souvent à des choses que la difficulté sexuelle ne faisait que signaler : la culpabilité, la peur de décevoir, un deuil, un ancien interdit.
Dans la pratique, les deux se rejoignent. Un exercice de sexologie qui « ne marche pas » est une information précieuse pour l’analyse : ce qui résiste raconte quelque chose. Et une analyse peut lever ce qui empêchait une approche plus directe de fonctionner.
Au cabinet
La sexologie fait partie des consultations proposées aux adultes, seuls ou en couple, avec une écoute qui reste analytique : on ne récite pas d’exercice, on prend au sérieux l’histoire de ce qui bloque. Voir la page consultations adultes.
Sexualité et couple
Dans un couple, la sexualité n’est presque jamais un problème isolé. Elle est un langage, et souvent le premier à se taire quand quelque chose ne se dit plus ailleurs. Le désir baisse après une naissance, une maladie, un deuil, une période de surmenage ; la tendresse demeure, mais le corps se ferme. Ou bien l’un désire et l’autre non, et chacun finit par se sentir coupable ou rejeté.
La psychanalyse apporte ici une idée simple : le désir ne se commande pas. On ne peut pas désirer par devoir, ni faire désirer l’autre par reproche. En revanche, on peut chercher ensemble ce qui a éteint le désir, et ce qui pourrait le rallumer. Souvent, c’est en parlant d’autre chose (de la fatigue, de la place de chacun, d’un ressentiment ancien) que la vie intime retrouve de l’air.
Une situation fréquente
Un homme d’une cinquantaine d’années consulte pour des pannes répétées, apparues l’année où il a perdu son père. Le bilan médical est rassurant. Au fil des séances, il parle de ce père qu’il admirait et redoutait, de la place qu’il croit devoir prendre désormais, de sa peur de « ne pas être à la hauteur ». La difficulté sexuelle n’était pas le problème ; elle était la façon dont son corps disait un deuil et une inquiétude. Le corps, souvent, parle plus tôt que nous.
La psychanalyse a pensé la différence des sexes dans un monde où les rôles d’homme et de femme semblaient fixés. Depuis cinquante ans, elle est interpellée, parfois durement, par les féministes et par les penseurs du genre. Deux critiques récentes méritent d’être connues.
Trouble dans le genre (1990)
La philosophe américaine Judith Butler soutient que le genre n’est pas une essence, mais une performance : il se produit et se reproduit par des actes répétés, des façons de parler, de s’habiller, de se tenir. Elle ne rejette pas la psychanalyse ; elle la relit. Elle reprend par exemple Freud sur le deuil et la mélancolie pour suggérer que nos identités de genre gardent la trace d’attachements auxquels on a dû renoncer sans pouvoir les pleurer. Le livre a été traduit en français en 2005.
« Je suis un monstre qui vous parle » (2019)
Le 17 novembre 2019, le philosophe Paul B. Preciado, homme trans, s’adresse à quelque 3 500 psychanalystes réunis à Paris pour les journées de l’École de la Cause freudienne. Il leur reproche de continuer à penser les personnes trans à travers une théorie de la différence sexuelle qu’il juge datée, patriarcale et non scientifique, et il leur demande de changer. Une partie de la salle le chahute ; il ne peut lire qu’une partie de son texte, publié en 2020 chez Grasset. L’épisode a profondément divisé le milieu analytique.
Ce qu’un clinicien peut en retenir
Ces critiques visent juste quand elles dénoncent une psychanalyse qui parlerait à la place des personnes, qui ferait de la norme un critère de santé, ou qui pathologiserait une identité. Elles rejoignent d’ailleurs l’intuition freudienne la plus profonde : la sexualité humaine n’a pas de programme naturel. Au cabinet, nous retenons une règle simple. Ce n’est pas à l’analyste de dire qui vous êtes ; c’est à vous de le dire, et l’analyse est là pour que cette parole puisse se déployer sans crainte d’être jugée.
Sources : Judith Butler, Trouble dans le genre, La Découverte, 2005 (édition originale 1990) ; Paul B. Preciado, Je suis un monstre qui vous parle, Grasset, 2020. Sur les critiques féministes plus anciennes (Beauvoir, Millett, Horney) : la page Freud, onglet « Les féministes ».
Ce que la psychanalyse apporte aux difficultés intimes
Sans rien promettre, voici ce que les patients décrivent le plus souvent, et ce que nous observons au cabinet.
Un lieu où l’on peut enfin en parlerBeaucoup de personnes n’ont jamais dit à voix haute ce qui les gêne dans leur vie intime, pas même à leur partenaire. Le dire une première fois, sans être jugé, soulage déjà.
Un sens, au-delà de la mécaniqueUne difficulté sexuelle n’est pas seulement une panne. Elle a souvent une date, un contexte, une histoire. La retrouver change le rapport qu’on entretient avec elle.
Moins de honte, moins de comparaisonLes normes (fréquence, durée, performance) pèsent lourd. L’analyse aide à se demander ce que l’on désire, soi, plutôt que ce qu’il faudrait désirer.
Un travail sur ce qui se répèteChoisir toujours le même type de partenaire, fuir dès que l’intimité s’installe, ne désirer que ce qui est inaccessible : ces répétitions sont le terrain de prédilection de la psychanalyse.
Une articulation avec le resteBilan médical, sexologie, EMDR après une agression, TCC pour une anxiété de performance : la psychanalyse ne prétend pas tout faire, et le cabinet peut proposer ou coordonner d’autres approches.
Au cabinet
Les questions intimes sont accueillies avec tact, sans curiosité déplacée, et à votre rythme : rien n’oblige à entrer dans des détails que vous ne souhaitez pas donner. Après des violences sexuelles, la priorité est la sécurité et le soin du traumatisme ; l’EMDR fait partie des approches proposées (voir EMDR au cabinet). Consultations à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation, 365 jours par an.
Ma vie intime en ce moment
Un petit questionnaire très doux, pour faire le point avec soi-même. Il n’y a ni bonne ni mauvaise réponse, rien n’est enregistré ni envoyé, et vous pouvez vous arrêter à tout moment. Il ne pose aucun diagnostic.
Quiz de connaissances
Huit questions pour vérifier ce qui reste de cette page, avec l’explication à chaque réponse.
Questions fréquentes
Est-ce que je devrai parler de ma sexualité en analyse ?
Non, rien n’y oblige. On parle de ce qui vient, et beaucoup d’analyses abordent très peu la sexualité au sens strict. Si le sujet arrive, il est accueilli avec tact ; s’il n’arrive pas, l’analyste ne va pas le chercher.
Freud pensait-il vraiment que les enfants ont une sexualité ?
Oui, au sens large qu’il donne au mot : une recherche de plaisir par le corps, la bouche, la peau, et une grande curiosité pour l’origine des bébés. Cela n’a rien à voir avec la sexualité adulte, et cela ne justifie aucune interprétation sexuelle des comportements d’un enfant.
La psychanalyse peut-elle aider pour une panne sexuelle ?
Oui, souvent, une fois qu’une cause médicale a été recherchée. Elle aide à comprendre ce qui se joue dans la difficulté (anxiété, deuil, conflit, histoire ancienne) et à desserrer ce qui bloque. Elle peut se combiner avec une approche sexologique ou médicale.
La psychanalyse considère-t-elle l’homosexualité comme une maladie ?
Non. Freud lui-même l’a écrit en 1935. Certaines institutions ont longtemps tenu un discours plus normatif, avant de le réviser. Au cabinet, l’orientation sexuelle n’est jamais un symptôme à corriger.
Quelle différence entre un sexologue et un psychanalyste ?
Le sexologue part du symptôme et propose des moyens concrets de le soulager (information, exercices, communication). Le psychanalyste cherche le sens du symptôme dans l’histoire de la personne. Les deux approches se complètent, et un même praticien peut les articuler.
Et après une agression sexuelle ?
La priorité est votre sécurité, puis le soin du traumatisme. L’EMDR et certaines TCC sont recommandées pour le stress post-traumatique ; un travail analytique peut venir ensuite ou en parallèle. Vous pouvez appeler le 3919 ou le 17, et en cas d’idées suicidaires le 3114.
Une difficulté intime n’a pas besoin d’être grave pour mériter qu’on en parle. Un premier rendez-vous permet de dire ce qui vous gêne, à votre rythme, et de chercher ensemble l’approche qui vous convient : psychanalyse, sexologie, thérapie de couple, ou un peu de tout cela. Adultes et couples sont reçus à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche, ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.