Freudienne classique
Le conflit psychique, le refoulement, l’Œdipe, les deux topiques. La cure sur le divan, plusieurs séances par semaine. Aujourd’hui portée en France par la SPP et l’APF, qui l’ont beaucoup renouvelée.
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Une patiente qui invente la « cure par la parole », cinq hommes dans une salle d’attente viennoise, des disciples qui claquent la porte, des valises faites dans l’urgence en 1938, des querelles parisiennes à rebondissements, et aujourd’hui des psychanalystes à Buenos Aires, São Paulo, Paris ou Pékin. L’histoire de la psychanalyse est une histoire de passions humaines autant que d’idées. Voici une frise très complète de 1880 à nos jours, un curseur pour traverser les époques, une carte du monde, les grandes écoles en cartes, et un quiz pour finir.
Quand on pousse la porte d’un psychanalyste, on ne rencontre pas seulement une personne : on rencontre, sans le savoir, cent quarante ans d’histoire. La durée des séances, le divan, le paiement, la façon de se taire ou d’intervenir, l’orientation freudienne, kleinienne ou lacanienne, tout cela vient de quelque part. Connaître cette histoire aide à comprendre pourquoi deux psychanalystes peuvent travailler de manière si différente, et pourquoi la psychanalyse a, en France, une place et une réputation qu’elle a rarement ailleurs, sauf peut-être en Argentine.
C’est aussi une histoire très humaine. Les psychanalystes ont décrit mieux que personne la rivalité, la jalousie, l’amour du maître et la haine du maître ; ils les ont aussi vécues entre eux, avec une constance qui fait sourire. Une discipline qui explique les conflits ne s’en protège pas pour autant.
Le moi n’est pas maître dans sa propre maison.
Freud était assis à ma droite dans un fauteuil, fumant ses fameux cigares.
Je fonde, aussi seul que je l’ai toujours été dans ma relation à la cause psychanalytique, l’École française de psychanalyse.
C’est à vous d’être lacaniens, si vous voulez. Moi, je suis freudien.
Cinq périodes, une cinquantaine de dates. Chaque point s’allume quand vous descendez la page.
Pour avoir une vue d’ensemble, faites glisser le curseur : chaque époque a son climat, ses figures et ses questions.
La psychanalyse a grandi en se divisant. Chaque rupture a été douloureuse, et chacune a laissé quelque chose. Retournez les cartes.
On a souvent remarqué que les psychanalystes, spécialistes du complexe d’Œdipe, ont passé un siècle à tuer le père et à se disputer l’héritage. Freud lui-même, dans Totem et tabou (1913), avait raconté l’histoire d’une horde de fils qui renversent le père puis le vénèrent. Il ne pensait sans doute pas écrire, en même temps, la chronique de son mouvement.
La France a longtemps résisté à Freud, jugé trop allemand, trop sexuel. Elle est ensuite devenue l’un des pays les plus psychanalytiques du monde. Plusieurs raisons à cela : le rôle d’intellectuels et d’écrivains (les surréalistes ont adoré la thèse de Lacan sur la paranoïa), l’influence de Lacan et de Dolto dans les années 1960 et 1970, et l’entrée de la psychanalyse à l’université, en psychologie clinique, et dans la psychiatrie publique de secteur, dans les centres médico-psychologiques et les CMPP.
Le paysage est aussi très morcelé. Il n’y a ni ordre professionnel ni diplôme d’État de psychanalyste : le titre n’est pas protégé. La formation repose sur un trépied commun à toutes les écoles, l’analyse personnelle, le contrôle (ou supervision) et l’étude théorique, mais chaque association la reconnaît à sa manière. Voici les principales, dans l’ordre de leur fondation.
| Association | Fondation | Orientation et rattachement |
|---|---|---|
| Société psychanalytique de Paris (SPP) | 1926 | Freudienne, membre de l’IPA. La plus ancienne ; on lui doit notamment l’école de psychosomatique de Paris. |
| Association psychanalytique de France (APF) | 1964 | Freudienne, membre de l’IPA, issue de la SFP. Laplanche, Pontalis, Anzieu. |
| École freudienne de Paris (EFP) | 1964 – 1980 | L’école de Lacan, dissoute par lui en 1980. |
| Quatrième Groupe | 1969 | Issu de l’EFP, attaché à une formation plus ouverte. Piera Aulagnier, François Perrier, Jean-Paul Valabrega. |
| École de la Cause freudienne (ECF) | 1981 | Lacanienne, membre de l’Association mondiale de psychanalyse. |
| Association lacanienne internationale (ALI) | 1982 | Lacanienne, fondée sous le nom d’Association freudienne par Charles Melman. |
| Espace analytique | 1994 | Lacanienne ouverte au dialogue avec d’autres courants, née autour de Maud Mannoni. |
| Société psychanalytique de recherche et de formation (SPRF) | années 1990 | Freudienne, membre de l’IPA. |
À côté de ces grandes associations existent des dizaines de groupes plus petits, ainsi que la Société française de psychologie analytique, pour les jungiens. Combien de psychanalystes en tout ? Personne ne le sait exactement, puisque le titre est libre. Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, avançait en 2023 le chiffre d’environ six mille, en précisant que beaucoup ont peu de patients.
N’importe qui peut écrire « psychanalyste » sur sa plaque. Avant de commencer, il est légitime de demander à un praticien sa formation de base (médecin psychiatre, psychologue, autre), son parcours analytique, et s’il fait contrôler sa pratique. Le titre de psychothérapeute, lui, est réglementé depuis 2010, comme ceux de psychologue et de psychiatre. Comment se passe une psychanalyse
Aucun pays n’a débattu de la psychanalyse avec autant de passion que la France des années 2000. Ces débats ont été rudes ; ils ont aussi obligé les psychanalystes à s’expliquer, à se former à l’évaluation et à préciser leurs limites.
En 2003, le député Bernard Accoyer propose d’encadrer l’usage du titre de psychothérapeute, pour protéger le public contre des praticiens sans formation. Les psychanalystes, qui craignent une mise sous tutelle médicale, se mobilisent. Une loi est votée en 2004, appliquée par un décret de 2010 : le titre de psychothérapeute exige désormais une formation en psychopathologie clinique et un stage. Le titre de psychanalyste, lui, reste libre.
Commandée par la Direction générale de la santé, l’expertise collective publiée en février 2004 compare les approches psychodynamiques, les TCC et les thérapies familiales à partir d’un millier d’articles. Elle conclut à une efficacité mieux démontrée des TCC dans plusieurs troubles, et reconnaît celle des thérapies psychodynamiques dans les troubles de la personnalité. Les psychanalystes contestent la méthode, fondée sur des essais standardisés peu adaptés aux cures longues. Le retrait du rapport du site du ministère, en 2005, choque autant qu’il rassure.
En 2005, Le Livre noir de la psychanalyse rassemble historiens, psychiatres et thérapeutes comportementalistes : Freud aurait embelli ses cas, la psychanalyse aurait retardé la France. L’Anti-livre noir de la psychanalyse répond en 2006. En 2010, Michel Onfray relance la polémique avec Le Crépuscule d’une idole, auquel des historiens reprochent de nombreuses erreurs. Le fond du débat reste légitime : que vaut une méthode, et comment le montrer ? La page points forts et points faibles fait le point.
En 2011, le documentaire Le Mur, qui montre des psychanalystes parlant de l’autisme en termes jugés culpabilisants pour les mères, provoque un procès puis une large indignation. En 2012, la Haute Autorité de santé classe les approches psychanalytiques parmi les interventions « non consensuelles » dans l’autisme, faute de données sur leur efficacité. Ses recommandations actualisées de 2026 vont plus loin et les rangent parmi les interventions non recommandées. Disons-le clairement : la psychanalyse n’est pas un traitement de l’autisme. Au cabinet, nous suivons les recommandations de la HAS ; nous pouvons accompagner les parents ou une personne autiste qui souffre par ailleurs, en lien avec les équipes spécialisées.
L’IPA compterait aujourd’hui environ douze mille membres dans plusieurs dizaines de pays, sans compter les associations lacaniennes, jungiennes et indépendantes. Mais la psychanalyse n’a ni la même place ni le même visage partout. Cliquez sur un point de la carte, ou sur un nom de pays.
Les effectifs sont difficiles à connaître : le titre de psychanalyste n’est protégé dans presque aucun pays, et beaucoup de praticiens n’appartiennent à aucune association internationale. Les chiffres cités ici sont des ordres de grandeur.
On parle de « la » psychanalyse comme d’un bloc. Il s’agit plutôt d’une famille d’écoles qui partagent l’inconscient, le transfert et la parole, et divergent sur presque tout le reste. Voici les principales.
Le conflit psychique, le refoulement, l’Œdipe, les deux topiques. La cure sur le divan, plusieurs séances par semaine. Aujourd’hui portée en France par la SPP et l’APF, qui l’ont beaucoup renouvelée.
Anna Freud, puis Hartmann à New York : renforcer les capacités du Moi, son adaptation à la réalité. Dominante aux États-Unis de 1940 à 1970, très critiquée par Lacan.
Melanie Klein, puis Bion, Segal, Rosenfeld : les angoisses archaïques, le clivage, l’identification projective, la position dépressive. Une clinique précieuse des états limites et des psychoses.
Winnicott, Balint, Fairbairn : l’environnement, la mère suffisamment bonne, l’espace transitionnel, le jeu. Une psychanalyse attentive à ce que la réalité a fait au sujet.
Le retour à Freud par le langage : l’inconscient structuré comme un langage, le signifiant, l’objet a, le réel. Séances à durée variable chez certains, passe et cartels. Très présente en France, en Argentine, au Brésil. Lacan
Heinz Kohut, à Chicago, dans les années 1970 : le narcissisme comme besoin légitime, l’empathie de l’analyste, les blessures du sentiment de soi. Une influence forte sur la psychothérapie américaine.
Stephen Mitchell, Jay Greenberg et d’autres, depuis les années 1980 : l’analyse comme rencontre entre deux personnes, où l’analyste n’est pas neutre mais engagé et attentif à ce qu’il apporte.
Pierre Marty et ses collègues de la SPP, dans les années 1960 : comment certains patients « pensent peu » leurs émotions et les expriment par le corps. Une école française reconnue à l’étranger.
Peter Fonagy et Anthony Bateman, à Londres : la capacité à se représenter ses états mentaux et ceux des autres. Leur thérapie pour les troubles de la personnalité borderline a été évaluée par des essais contrôlés.
Et la psychologie analytique de Jung ? Elle est née de la psychanalyse mais s’en est séparée en 1913 ; ses praticiens se disent analystes jungiens plutôt que psychanalystes. Voir Jung.
Dix questions, une explication à chaque fois. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Nous sommes les héritiers de cette famille agitée, et nous essayons d’en garder le meilleur : l’écoute freudienne, l’attention lacanienne aux mots, la clinique kleinienne et winnicottienne de l’enfant et des angoisses précoces, l’intérêt de Ferenczi pour le trauma réel. Nous gardons aussi les leçons des débats récents : une méthode doit dire ses limites, accepter l’évaluation, et ne pas s’imposer là où d’autres approches ont fait mieux leurs preuves.
Nous ne sommes rattachés à aucune chapelle. L’écoute analytique y côtoie l’EMDR et les thérapies cognitives et comportementales, que nous proposons quand elles sont plus indiquées : pour un traumatisme, une phobie, un trouble obsessionnel. C’est, à notre façon, la suite de l’histoire racontée ici. Voir pourquoi un cabinet intégratif et EMDR et psychanalyse.
Sigmund Freud, à Vienne, entre 1890 et 1900, à partir de la méthode cathartique de Josef Breuer et de ce qu’il avait vu chez Charcot à Paris. Le mot apparaît en 1896. Mais une patiente, Anna O., avait déjà nommé l’essentiel : la cure par la parole.
Parce que les psychanalystes se sont divisés sur la théorie (la sexualité, le langage, l’enfant), sur la technique (la durée des séances, la neutralité) et sur la formation (qui peut devenir analyste). Ces divisions ont aussi des causes très humaines, rivalités et fidélités. Elles ont produit une grande richesse clinique.
Grâce à des figures comme Lacan et Dolto, au soutien d’intellectuels et d’écrivains, et à son entrée dans l’université et la psychiatrie publique après la guerre. Elle y a reculé depuis les années 2000, mais reste plus présente que dans la plupart des pays.
L’Association psychanalytique internationale, fondée par Freud et ses proches en 1910. Elle regroupe des sociétés du monde entier, dont, en France, la SPP, l’APF et la SPRF. Les écoles lacaniennes n’en font pas partie depuis l’exclusion de Lacan des fonctions de formateur en 1963.
Elle a perdu sa place dominante en psychiatrie, notamment depuis le DSM-III en 1980, et elle n’est pas recommandée pour certains troubles, comme l’autisme. Mais elle reste vivante en cabinet, à l’université, dans l’accompagnement des enfants et des familles, et des études montrent l’efficacité de thérapies psychodynamiques dans plusieurs troubles.
À Vienne, l’appartement du 19 Berggasse est devenu le Sigmund Freud Museum. À Londres, le Freud Museum conserve le bureau et le divan. À Paris, l’hôpital de la Salpêtrière garde la mémoire de Charcot, et Sainte-Anne celle du Séminaire de Lacan.
Un premier rendez-vous permet de poser la demande et de décider ensemble du cadre qui convient : analyse, psychothérapie d’orientation analytique, EMDR, TCC, ou un mélange. Au cabinet, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois et en Ardèche, ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par en 1964 puis reprise par dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.