Violences scolaires et entre pairs : intimidation, exclusion, agressions, humiliations
Un cartable jeté dans les toilettes, un surnom qui colle pendant trois ans, une table de cantine où l’on n’a plus le droit de s’asseoir, un coup dans l’escalier qui laisse un bleu que personne ne voit. Les violences entre élèves prennent deux visages : l’événement, brutal et parfois unique, et le climat, cette pluie fine d’exclusions et de moqueries qui finit par tremper jusqu’à l’os. Cette page s’adresse aux parents qui sentent que quelque chose se passe sans qu’on leur en parle, aux adolescents qui lisent en cachette, et aux adultes qui, trente ans après, repensent encore à une cour de récréation. Elle explique comment un pédopsychothérapeute reçoit l’enfant, travaille avec la famille et, quand les parents le souhaitent, avec l’école.
L’événement et le climat : deux visages de la violence entre élèves
Les violences scolaires entre pairs désignent tout ce qu’un élève peut faire subir à un autre : intimider, exclure, humilier, frapper, voler, menacer, diffuser une image. Elles existent dans toutes les écoles, publiques ou privées, de la maternelle au lycée, et dans toutes les familles. Un enfant peut en être victime sans rien avoir fait de particulier, et sans que ses parents aient manqué quoi que ce soit.
En consultation, nous distinguons deux formes qui ne se vivent pas de la même façon. La première est l’événement : une agression dans les vestiaires, un racket à la sortie, un passage à tabac filmé, une humiliation publique un jour de carnaval. Elle peut n’arriver qu’une fois. Elle n’en est pas moins grave : une violence n’a pas besoin de se répéter pour marquer un enfant, et certains adultes que nous recevons portent encore une scène unique de leurs douze ans. La seconde forme est le climat : des gestes trop petits pour être signalés un par un, qui s’additionnent pendant des mois. Un sac qu’on fait tomber, une place refusée, un rire quand il prend la parole, un « t’es pas invité ». Pris séparément, chacun paraît dérisoire. Mis bout à bout, ils composent ce que l’on appelle le harcèlement, que notre dossier consacré au harcèlement scolaire décrit en détail et que la page la violence par répétition replace parmi les autres formes de violence.
Cette page ne refait pas ce dossier. Elle s’intéresse à ce qui relie l’événement et le climat : l’enfant qui se tait, les parents qui devinent, l’école qui doit être associée, et la trace qui reste parfois jusqu’à l’âge adulte. Dans la vie réelle, les deux formes se mêlent souvent : un climat d’exclusion prépare le terrain d’une agression, et une agression installe un climat de peur. Ce qui compte pour le soin n’est pas la case dans laquelle ranger ce qui s’est passé, mais l’effet sur l’enfant : la peur, la honte, le repli, le corps qui parle.
Ce que les enfants subissent, concrètement
Les adultes imaginent souvent la violence scolaire comme une bagarre. Les enfants, eux, racontent des scènes plus discrètes et plus tenaces, où le corps, la place dans le groupe et le téléphone sont les trois terrains principaux. Retournez les cartes : chacune décrit une situation que nous entendons régulièrement, et ce qu’elle fait à l’enfant.
Aucune de ces scènes n’est anodine. Ce qui les rend violentes, ce n’est pas leur intensité mais la position qu’elles imposent : l’enfant ne peut ni répondre, ni partir, ni compter sur le groupe. L’asymétrie, la contrainte et la peur sont les trois critères que la page reconnaître une violence détaille pour les adultes ; ils valent exactement de la même façon dans une cour d’école.
Le thermomètre des signes à la maison
La violence scolaire se voit rarement à l’école, où l’enfant fait bonne figure devant ses camarades et ses professeurs. Elle se voit à la maison, le soir et le dimanche, dans des changements que les parents remarquent sans toujours les relier entre eux. Cochez ce que vous observez depuis quelques semaines : le niveau monte, et le commentaire s’adapte. Ce n’est pas un test de dépistage, c’est une façon de rassembler ce que vous savez déjà.
Les signes du corps méritent toujours un regard médical : des maux de ventre répétés ou un sommeil très perturbé peuvent avoir d’autres causes, et nous travaillons en lien avec le médecin de l’enfant.
Pourquoi l’enfant ne dit rien
« Pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? » est la question que les parents posent en premier, souvent avec de la culpabilité. La réponse tient en plusieurs raisons, qui s’additionnent, et aucune n’est un manque de confiance envers eux.
Il y a d’abord la honte. Être exclu ou frappé par des enfants de son âge donne le sentiment d’être défectueux, de l’avoir mérité, de ne pas être « normal ». Raconter, c’est exposer cette défectuosité à ceux dont on voudrait être fier. Il y a ensuite la peur des représailles, qui n’est pas imaginaire : les enfants savent qu’une plainte peut aggraver les choses si l’adulte s’en mêle maladroitement. Il y a la peur d’inquiéter : beaucoup d’enfants protègent leurs parents, surtout quand la maison traverse déjà une épreuve, une séparation, une maladie, un deuil. Il y a l’habitude : quand le climat s’est installé lentement, l’enfant ne sait plus que c’est anormal, il croit que c’est la vie à l’école. Et il y a le « c’est pour rire », l’argument des auteurs, repris parfois par les adultes qui regardent de loin, et que l’enfant finit par croire : s’il souffre d’une blague, c’est donc qu’il manque d’humour.
À cela s’ajoute une raison plus profonde, que la psychanalyse a bien décrite. Un enfant qui subit se sent souvent coupable de ce qu’il subit, et cette culpabilité le fait taire. Le sentiment de culpabilité ne signifie pas la responsabilité : c’est l’un des points que nous reprenons patiemment en séance, et que la page culpabilité et honte chez l’enfant développe. Sándor Ferenczi, dans son texte de 1932 sur la confusion de langue entre les adultes et l’enfant, a décrit comment l’enfant terrifié peut se soumettre à l’agresseur et prendre sur lui la faute de ce qui lui arrive ; même si son propos visait les violences commises par des adultes, ce mécanisme éclaire aussi la soumission silencieuse de l’enfant à ses camarades.
Enfin, certains enfants ne se taisent pas : ils disent, mais autrement. Par le ventre qui fait mal, par les colères contre une petite sœur, par un dessin, par une phrase lâchée dans la voiture et aussitôt reprise (« non, rien »). Entendre ces messages indirects demande de ne pas les écarter trop vite. La page reconnaître le harcèlement scolaire décrit les signes propres à la répétition ; ceux d’une agression unique sont plus brusques : un enfant qui change du jour au lendemain, après une date précise, mérite qu’on l’aide à raconter cette date.
Vrai ou faux sur les violences entre élèves
Six affirmations que nous entendons souvent de la part de parents, d’enseignants ou d’enfants eux-mêmes. Répondez, puis lisez l’explication.
Affirmation 1
« Un enfant victime finit toujours par le dire à ses parents. »
Faux. Une grande part des enfants ne disent rien, ou le disent très tard, par honte, par peur des représailles ou pour protéger leurs parents. Les signes passent par le corps, l’humeur et les changements d’habitudes bien avant les mots. C’est pourquoi l’attention des adultes compte davantage que l’attente d’une confidence.
Affirmation 2
« Une seule agression, sans répétition, ne laisse pas de traces durables. »
Faux. Une agression unique, surtout si elle a été publique, filmée, ou si l’enfant s’est senti totalement impuissant, peut produire les mêmes effets qu’un harcèlement : sursauts, évitements, cauchemars, honte. Nous recevons des adultes qui gardent une scène unique de leur enfance. La répétition aggrave, mais son absence n’efface rien.
Affirmation 3
« Il faut lui apprendre à se défendre physiquement. »
C’est plus nuancé. Un sport de combat peut redonner à un enfant une confiance dans son corps, une posture, une respiration. Mais lui demander de régler seul par les poings une situation de groupe revient à lui confier une responsabilité d’adulte, et à l’exposer à la sanction s’il frappe. Ce qui le protège d’abord, c’est que des adultes agissent.
Affirmation 4
« Les enfants qui regardent sans rien faire ne sont pas touchés. »
Faux. Les témoins vivent souvent une peur (« et si c’était moi »), une culpabilité de n’avoir rien fait, et parfois une loyauté forcée envers le groupe. Certains deviennent eux-mêmes des cibles pour avoir pris la défense d’un camarade. La page sur les auteurs et les témoins leur est consacrée.
Affirmation 5
« S’il a encore des amis, ce n’est pas si grave. »
Faux. Un enfant peut avoir un ou deux amis fidèles et subir malgré tout une exclusion ou des agressions de la part d’un autre groupe. Les amis protègent, c’est vrai, et c’est une ressource précieuse pour la suite ; ils ne mesurent pas la gravité de ce qui est subi.
Affirmation 6
« Changer d’école règle le problème. »
C’est plus nuancé. Changer d’établissement met parfois l’enfant en sécurité, et c’est alors la bonne décision. Mais si la peur, la honte et la méfiance ont eu le temps de s’installer, elles déménagent avec lui. Le travail sur ce qui a été vécu reste utile, pour qu’il arrive dans la nouvelle école sans porter la précédente sur le dos.
Parents : écouter, croire, agir sans s’emballer
Quand un parent découvre ce que son enfant subit, deux réactions se bousculent : la rage et la culpabilité. La rage pousse à appeler les autres parents le soir même, à débarquer à l’école, à exiger. La culpabilité pousse à se demander ce que l’on a raté. Les deux sont légitimes, et les deux, si elles décident à la place de l’enfant, risquent de l’exposer davantage ou de le faire taire à nouveau. Voici l’ordre que nous proposons aux familles que nous recevons ; il n’est pas une recette, il est une façon de garder l’enfant au centre.
Le premier soir : croire, et ne rien promettre d’impossible« Je te crois. Ce qui t’arrive n’est pas de ta faute. On va s’en occuper ensemble, et je ne ferai rien sans t’en parler. » Trois phrases suffisent. Évitez le « pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt », qui ajoute une faute à la blessure.
Écrire les faitsDates, lieux, noms, ce qui a été dit et fait, captures d’écran s’il y en a. Pas pour constituer un dossier d’accusation, mais parce que la mémoire sous émotion efface, et qu’un écrit calme vaut mieux qu’un récit en colère face à l’école.
Ne pas contacter les autres parents à chaudC’est la tentation la plus forte et la plus souvent regrettée. Les familles des auteurs se défendent, minimisent, retournent parfois l’accusation, et le conflit entre adultes retombe sur les enfants le lendemain. Si un contact doit avoir lieu, il se fait avec l’école, pas à sa place.
Demander un rendez-vous à l’école, par écritAu professeur principal, au directeur ou au chef d’établissement, en décrivant les faits et en demandant ce qui est prévu pour protéger votre enfant. La page enfant harcelé : que faire pas à pas donne des repères pour cette étape.
Protéger le quotidienTrajets accompagnés quelque temps si l’enfant le souhaite, soirées sans interrogatoire, un adulte de l’école identifié vers qui aller en cas de problème. L’enfant a besoin de sentir que le filet se resserre autour de lui, pas qu’il devient le centre d’une guerre.
Lui donner un lieu à luiUn pédopsychothérapeute n’est pas un juge ni un enquêteur : c’est quelqu’un à qui l’enfant peut dire ce qu’il ne dit pas à ses parents, par exemple la honte, ou la peur de les décevoir. Ce lieu change souvent la suite de l’histoire.
Il est utile de savoir ce que la loi nomme, non pour menacer, mais pour parler à l’école sans demander une faveur. L’article 222-33-2-3 du code pénal fait du harcèlement scolaire un délit : des propos ou des comportements répétés qui dégradent les conditions de vie d’un élève et altèrent sa santé physique ou mentale, lorsqu’ils viennent d’une personne qui étudie ou travaille dans le même établissement ; le texte vise aussi ce qu’un groupe impose à un même élève de manière concertée ou successive, et il reste applicable quand les faits se poursuivent après le départ de l’auteur ou de la victime. Les peines vont jusqu’à trois ans d’emprisonnement lorsqu’il n’y a pas d’incapacité de travail ou qu’elle ne dépasse pas huit jours, cinq ans au-delà, dix ans lorsque les faits ont conduit l’élève à se suicider ou à tenter de le faire. De son côté, l’article L111-6 du code de l’éducation pose qu’aucun élève ne doit subir de harcèlement, dans l’établissement comme en marge de la vie scolaire, et que les écoles et établissements, publics comme privés, doivent prévenir ces situations, les repérer et orienter victimes, témoins et auteurs. Texte vérifié le 30 octobre 2026. Le détail de ces textes et ce qu’implique une plainte sont sur la page harcèlement scolaire : la loi et la plainte. Une plainte est une démarche judiciaire que nous n’organisons pas ; nous accompagnons l’enfant et la famille avant, pendant et après, si elle a lieu.
La réunion avec l’école et le « je te crois » écrit
La réunion avec l’école est souvent le moment que les parents redoutent le plus. Ils craignent qu’on minimise, qu’on leur dise que leur enfant « se met en retrait » ou « provoque », qu’on renvoie la faute sur une sensibilité excessive. Cela arrive, et cela arrive d’autant plus que le récit de l’enfant est fragmenté, que les faits sont petits pris un par un, et que la famille arrive en colère.
Avec l’accord des parents, le pédopsychothérapeute peut participer à cette réunion. Il n’y vient pas pour accuser l’école ni pour défendre l’enfant comme un avocat ; il y vient avec ce qu’il a observé en séance, et il le dit en termes cliniques : le niveau d’anxiété, les troubles du sommeil, les évitements, la peur qui ne s’invente pas. Sa présence change le registre de la conversation : on passe du « il dit que » au « voici ce que cet enfant présente ». Quand il est utile d’aller plus loin, un bilan psychologique, appuyé sur des entretiens cliniques et des évaluations psychométriques, donne lieu à un compte rendu écrit que la famille reçoit et dont elle fait l’usage qu’elle juge bon : le remettre à l’école, le garder, le transmettre si une procédure est engagée.
C’est là que prend tout son sens ce que nous appelons le « je te crois » du psy. Quand un enfant raconte, le « je te crois » de ses parents est son premier refuge. Mais il arrive que ce ne soit pas assez pour l’école, pour l’autre parent, pour la famille élargie, pour une institution : « ses parents le croient, bien sûr, ce sont ses parents ». La parole d’un psy n’est pas une opinion de plus : elle vient de quelqu’un dont le métier est d’écouter, d’évaluer, puis de conclure. Dite en séance, elle remet debout l’enfant qui doutait de lui. Écrite dans un compte rendu, elle fait croire les autres à leur tour, et l’enfant n’a plus à prouver qu’il ne ment pas. Nous attachons à cela une très grande importance, parce que nous avons vu ce que cela change, pour l’enfant d’abord, pour le cercle des adultes ensuite.
Pour que l’école puisse agir, l’enfant a aussi besoin d’un adulte identifié dans l’établissement, celui vers qui aller en cas de problème. Quand une réunion a lieu, nous insistons pour que ce nom soit décidé ce jour-là, et que l’enfant le connaisse. Quand l’enfant ne veut plus franchir la grille, la page phobie scolaire explique comment le retour se prépare, par étapes, sans forcer ni céder.
Exemple fictif : Inès, 11 ans, « c’est moi qui exagère »
Inès est un personnage imaginé pour cette page. Sa situation réunit des éléments que nous rencontrons souvent chez les enfants qui entrent au collège.
Situation
Depuis la rentrée en sixième, Inès a mal au ventre tous les matins sauf le mercredi et le week-end. Elle a demandé à être déposée en voiture, ne va plus à la cantine et a déchiré, sans explication, le dessin qu’elle avait fait pour sa chambre. Un soir, dans la voiture, elle lâche qu’une fille de sa classe a créé un groupe où l’on commente ses tenues, et qu’un garçon la pousse dans l’escalier « mais pas fort ». Elle ajoute aussitôt : « c’est moi qui exagère, laisse tomber, et surtout n’appelle pas le collège ». Sa mère, bouleversée, prend rendez-vous au cabinet.
Quelle façon de faire vous semble la plus juste ?
Dans la suite que nous imaginons, Inès accepte que ses parents écrivent au collège à condition de relire le message. En séance, elle dessine l’escalier, puis le redessine avec une rampe et des adultes dessus. Au bout de quelques semaines, elle retourne à la cantine avec une camarade qu’elle avait perdue de vue. Le mal de ventre revient encore certains lundis, puis de moins en moins.
L’adulte qui garde les traces de l’école
Une part des personnes qui consultent au cabinet pour une anxiété sociale, une difficulté à prendre la parole en réunion, une peur du regard ou un sentiment persistant de ne pas être à leur place découvrent, en remontant le fil, une cour de récréation. Un surnom, une table de cantine, une humiliation devant la classe, une agression au collège dont ils n’ont jamais parlé. Ils ont souvent honte d’en parler encore : « c’était il y a trente ans, j’ai une vie, ce n’est pas sérieux ». C’est sérieux. Un corps qui a appris à se faire petit à onze ans continue parfois de se faire petit à quarante.
Ces traces prennent des formes reconnaissables : une hypervigilance au moindre rire dans un groupe, la certitude d’être jugé, une difficulté à se défendre face à un collègue qui hausse le ton, un sursaut quand quelqu’un approche par-derrière, un évitement des vestiaires de sport ou des repas d’équipe. Certaines personnes ont aussi construit leur vie sur la réparation : réussir, ne plus jamais dépendre d’un groupe, ne jamais montrer de faiblesse. Cela marche jusqu’au jour où une situation ordinaire, une réunion, un déménagement, la rentrée de leur propre enfant, réveille l’ancien climat.
Ce qui aide, chez l’adulte, est d’abord de nommer ce qui s’est passé avec les mots d’aujourd’hui, sans le minimiser au nom de l’époque : ce qui a été subi était une violence, et l’enfant qu’on était n’avait pas les moyens d’y répondre. L’EMDR cible ensuite les scènes qui restent à vif, dont on sait qu’elles maintiennent le corps en alerte des années après ; la page estime de soi blessée par l’humiliation et le harcèlement explique comment ces souvenirs continuent de peser sur la valeur que l’on s’accorde. L’écoute analytique, enfin, s’intéresse à ce que ces années ont installé : une position de retrait, une peur du groupe, une loyauté envers des parents que l’on n’a pas voulu inquiéter. Quand les traces du collège se mêlent à un fonctionnement attentionnel particulier, la page TDAH et harcèlement scolaire éclaire ce lien.
Ce que le pédopsychothérapeute propose
Un enfant qui subit des violences à l’école n’a pas besoin d’être « soigné » au sens d’un traitement : il a besoin d’être protégé, cru, et aidé à déposer ce que son corps et sa tête ont emmagasiné. Notre pédopsychothérapeute reçoit l’enfant avec ses parents, seul, ou les deux selon les moments ; l’adolescent est reçu seul, ses parents à d’autres moments. Les plus jeunes racontent par le jeu, le dessin et les histoires bien plus que par les mots, et c’est souvent par là que l’escalier, la cantine ou le groupe de classe apparaissent en séance.
Quand une scène précise reste coincée, l’agression dans les vestiaires, l’humiliation devant la classe, l’EMDR adaptée aux enfants et aux adolescents permet de la retraiter, avec des moyens à leur portée. Les outils de la TCC servent à préparer les situations redoutées : l’entrée dans la cour, la réponse à une moquerie, le retour à la cantine, répétés en séance avant d’être tentés sur place. L’écoute analytique accueille ce que l’enfant ne sait pas encore dire : la honte, la peur de décevoir, la place qu’il occupe dans sa famille et qu’il rejoue parfois dans la classe.
Quand la peur de l’école a pris toute la place et que l’adolescent ne sort plus, la téléconsultation peut être une première étape, depuis sa chambre, avant de venir au cabinet. Une séance avant une rentrée difficile aide à la préparer. Si des plaintes d’attention ou de mémoire persistent après une période de violences, notre neuropsychologue peut proposer un bilan neuropsychologique, après un rendez-vous préliminaire, pour distinguer une attention saturée par la peur d’un trouble resté inaperçu ; un compte rendu écrit est remis. Avec l’accord des parents, nous échangeons avec l’école et participons si besoin à la réunion. Tout cela peut se faire au cabinet ou en téléconsultation, séances familiales comprises. Notre façon de travailler avec les familles est détaillée sur la page harcèlement : notre approche.
À retenir
La violence entre élèves a deux visages, l’événement et le climat ; une agression unique peut marquer autant qu’un harcèlement.
L’enfant se tait par honte, par peur des représailles et pour protéger ses parents : les signes passent par le corps, l’humeur et les habitudes.
Le premier soir, trois phrases : je te crois, ce n’est pas ta faute, je ne ferai rien sans toi. Puis écrire les faits et demander un rendez-vous à l’école.
Le « je te crois » du psy, dit puis écrit, fait croire les autres à leur tour ; avec l’accord des parents, nous participons à la réunion avec l’école.
Les traces de l’école peuvent durer jusqu’à l’âge adulte ; elles se travaillent, notamment par l’EMDR.
Si votre enfant parle de ne plus vouloir vivre
Des propos sur la mort, des blessures qu’il s’inflige, des adieux déguisés ne sont jamais une provocation à ignorer. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Questions fréquentes sur les violences scolaires
Comment savoir si mon enfant subit des violences à l’école s’il ne dit rien ?
Regardez les changements plutôt que d’attendre les mots. Des maux de ventre les matins d’école et pas le week-end, un sommeil abîmé, un enfant qui ne mange plus à la cantine, qui veut être déposé en voiture, qui n’est plus invité, qui sursaute à chaque notification ou qui se dévalorise. Un seul signe ne dit rien ; plusieurs, apparus en même temps, disent beaucoup. Ouvrez une porte sans interrogatoire : « j’ai l’impression que l’école est devenue dure, je suis là, et je ne ferai rien sans toi ».
Une seule agression dans la cour peut-elle laisser des traces durables ?
Oui. La gravité d’une violence ne se mesure pas à sa répétition. Une agression unique, surtout publique, filmée ou vécue dans une impuissance totale, peut installer des sursauts, des évitements, des cauchemars et une honte qui durent des années. Nous recevons des adultes qui portent encore une scène de collège. Chez l’enfant, en parler vite, être cru et retraiter la scène quand elle reste à vif, par exemple avec l’EMDR, empêche souvent qu’elle s’installe.
Faut-il contacter les parents de l’élève qui s’en prend à mon enfant ?
Pas à chaud, et pas seul. C’est la tentation la plus forte et celle que les familles regrettent le plus souvent : les parents de l’auteur se défendent, minimisent ou retournent l’accusation, et le conflit entre adultes retombe sur les enfants dès le lendemain. Écrivez les faits, demandez un rendez-vous à l’école par écrit, et laissez l’établissement organiser, s’il y a lieu, la rencontre avec l’autre famille. Votre enfant doit savoir que rien ne se fera dans son dos.
Que faire si l’école minimise ce que mon enfant raconte ?
Revenez avec des faits écrits et datés plutôt qu’avec de la colère, et demandez concrètement ce qui est prévu pour le protéger et qui sera son adulte de référence dans l’établissement. Un pédopsychothérapeute qui reçoit votre enfant peut, avec votre accord, participer à la réunion et décrire ce qu’il observe en termes cliniques ; un compte rendu écrit de bilan a un autre poids qu’un récit de parents. La loi, de son côté, demande aux établissements de prévenir et de repérer ces situations.
Mon enfant refuse d’aller à l’école depuis une agression : est-ce une phobie scolaire ?
Le refus d’aller à l’école après une violence est d’abord une réaction de protection : le lieu est devenu dangereux, le corps refuse d’y retourner. Si la peur s’installe et que chaque matin devient une crise, on parle de refus scolaire anxieux, ou phobie scolaire. Dans les deux cas, la réponse n’est ni de forcer ni de laisser faire, mais de mettre l’enfant en sécurité, de traiter la peur et de préparer un retour par étapes avec l’école. Notre dossier phobie scolaire décrit ce chemin.
À quoi sert un pédopsychothérapeute quand la violence a lieu à l’école ?
Il donne à l’enfant un lieu qui n’est ni la famille ni l’école, où il peut dire la honte, la peur et la culpabilité qu’il cache à ses parents. Il nomme ce qui arrive, dit clairement qu’il le croit, traite la peur et les scènes qui restent à vif (jeu, dessin, EMDR, outils de la TCC), et prépare avec lui les situations redoutées. Avec l’accord des parents, il échange avec l’école, participe à la réunion si c’est utile, et un bilan avec compte rendu écrit peut appuyer la parole de l’enfant.
Adulte, je repense encore à ce que j’ai subi au collège : est-ce normal ?
C’est fréquent, et ce n’est pas un manque de maturité. Les humiliations et les agressions de l’enfance sont enregistrées par un cerveau en construction, et elles continuent d’orienter le corps bien après : peur du regard, hypervigilance en groupe, difficulté à se défendre face à quelqu’un qui hausse le ton. Ces traces se travaillent, notamment par l’EMDR sur les scènes restées à vif et par un travail sur l’estime de soi. Consulter trente ans après n’a rien d’absurde : c’est souvent le bon moment.
Références
Livres, articles et liensQuelques références de cette page…
Les travaux et sources sur lesquels cette page s’appuie.
Dan Olweus, Bullying at School: What We Know and What We Can Do, Blackwell, 1993 (traduction française : Violences entre élèves, harcèlements et brutalités, ESF, 1999).
Sándor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant », 1932-1933, dans Œuvres complètes, tome IV, Payot.
Judith Lewis Herman, Trauma and Recovery, Basic Books, 1992.
Boris Cyrulnik, Les Vilains Petits Canards, Odile Jacob, 2001.
Qu’il s’agisse d’une agression d’hier ou d’un climat qui dure depuis des mois, un premier rendez-vous permet de comprendre ce que vit votre enfant et de décider ensemble des étapes, y compris avec l’école. La première rencontre n’engage à rien, et elle peut se tenir au cabinet comme en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.