L’angoisse : la comprendre, la traverser, l’écouter
De la peur à l’angoisse. Il y a des soirs où la gorge se ferme alors qu’il ne s’est rien passé. Un poids se pose sur le sternum, les mains deviennent moites, et une question monte que l’on ne sait pas formuler : « qu’est-ce qui m’arrive ? » Ce n’est pas une peur, puisqu’il n’y a rien devant. Ce n’est pas tout à fait de l’inquiétude, qui au moins sait de quoi elle parle. C’est l’angoisse. Cette page lui est consacrée en entier : ce qui la distingue de la peur et de l’anxiété, ce qu’elle fait au corps, ses visages (diffuse, nocturne, de séparation, existentielle), ce que nos trois approches en comprennent, comment la traverser quand elle monte, et comment l’écouter ensuite.
Peur, anxiété, angoisse : trois mots que l’on confond, trois expériences différentes
La peur a un visage. Un chien qui montre les dents, une voiture qui déboîte, une convocation chez le directeur : on sait de quoi on a peur, la réaction est proportionnée, et elle cesse quand la menace s’éloigne. L’anxiété, elle, regarde devant : c’est la peur de ce qui pourrait arriver, nourrie de scénarios, de « et si », de précautions. Elle a encore un contenu, même imaginé. L’angoisse est d’une autre nature. Elle ne regarde ni devant ni autour : elle est là, dans la gorge, dans la poitrine, dans le ventre, maintenant, et elle ne dit pas son nom. On la cherche, on ne la trouve pas, et cette absence de cause est précisément ce qui la rend si pénible. Notre psychothérapeute l’explique en quarante secondes dans la vidéo ci-dessous.
Cette distinction n’est pas une coquetterie de vocabulaire. Freud y tenait déjà : dans Au-delà du principe de plaisir (1920), il sépare la peur (Furcht), qui a un objet, l’effroi (Schreck), qui saisit quand le danger surprend sans préparation, et l’angoisse (Angst), qui est un état d’attente du danger, sans objet repérable. Le langage courant garde quelque chose de cette intuition : on a peur de quelque chose, on est anxieux à propos de quelque chose, mais on est angoissé, tout court. Plus tard, Lacan corrigera la formule d’une phrase restée célèbre : l’angoisse « n’est pas sans objet ». L’objet existe, mais il n’est pas nommable comme un chien ou une voiture. Nous y reviendrons.
Pourquoi cela compte-t-il pour vous ? Parce qu’on ne traite pas de la même façon ce qui n’a pas la même structure. Une peur se travaille en allant à la rencontre de son objet, par paliers ; c’est le cœur de la page phobies et évitement. Une anxiété se travaille sur ses scénarios et sur l’intolérance au doute : voir inquiétudes et ruminations. L’angoisse demande les deux, et autre chose encore : qu’on apprenne d’abord à la traverser sans fuir, puis qu’on l’écoute, parce qu’elle parle, à sa manière, de ce qui n’a pas trouvé d’autre voie pour se dire. Et si vous hésitez entre une pression de vie trop forte et une anxiété de fond, la page stress ou anxiété ? aide à trancher.
Faites glisser le curseur ci-dessous. Il parcourt sept états, de la peur la plus ordinaire à la crise, et vous dit à chaque étape ce qui change et par quelle page continuer.
Ce que l’angoisse fait au corps : gorge, poitrine, ventre, mains
Les personnes qui viennent nous voir pour une angoisse la décrivent presque toujours avec les mains. Une main à plat sur le sternum, une main autour du cou, un geste vers le creux de l’estomac. Le vocabulaire vient ensuite, et il est étonnamment stable d’une personne à l’autre : la boule dans la gorge, l’étau ou la chape de plomb sur la poitrine, le nœud au ventre, les mains glacées ou moites, les jambes qui ne portent plus. Pourquoi ces endroits-là ?
La gorge, d’abord. L’angoisse serre les muscles du pharynx et du haut de l’œsophage, ceux qui participent à la déglutition. On sent alors une gêne pour avaler, l’impression qu’un corps étranger est coincé, parfois le besoin de se racler la gorge sans fin. Les médecins appellent cela un globus. Rien n’obstrue le passage : les examens le montrent, et l’eau passe. C’est une contraction, et une contraction se relâche. La poitrine, ensuite. Quand l’alarme intérieure se déclenche, la respiration remonte vers le haut du thorax et se raccourcit ; les muscles entre les côtes et ceux du cou prennent le relais du diaphragme, se fatiguent, et donnent cette sensation de poids, de cage trop petite, de souffle qui ne « descend » pas. Le ventre, enfin : la digestion est mise en pause au profit des muscles et du cœur, l’estomac se contracte, l’intestin s’agite ou se bloque. D’où la nausée, la boule, l’envie pressante d’aller aux toilettes avant un rendez-vous que l’on redoute. Les mains, elles, se refroidissent parce que le sang est redirigé vers les grands muscles, et transpirent parce que la peau se prépare à mieux glisser et à mieux refroidir un corps qui s’apprête à courir.
Reste la sensation la plus troublante, celle que l’on ose à peine dire : l’impression de mort imminente. Elle n’est pas une exagération ni une mise en scène. Les cardiologues du dix-neuvième siècle lui avaient donné un nom, angor animi, l’angoisse de l’âme, parce qu’ils la rencontraient aussi chez leurs malades du cœur. Elle naît quand le cerveau lit, dans les signaux du corps en alerte, la preuve d’un danger vital : « si mon corps réagit ainsi, c’est que je suis en train de mourir ». Or le corps réagit ainsi parce qu’il est fait pour survivre, pas pour céder. Le cœur qui tape fort fait exactement ce pour quoi il est conçu ; le souffle court vient d’un excès d’air, non d’un manque ; les jambes en coton sont des jambes irriguées pour la course. La première fois, et chaque fois qu’un symptôme est nouveau, un avis médical est le bon réflexe, et nous travaillons volontiers en lien avec votre médecin. Mais une fois le corps vérifié, la phrase à retenir est celle-ci : l’angoisse est une sensation de danger, non un danger.
Une douleur qui serre la poitrine à l’effort ou qui irradie vers le bras ou la mâchoire, une perte de connaissance, une difficulté soudaine à parler ou une faiblesse d’un seul côté du corps ne se mettent jamais sur le compte de l’angoisse sans examen. En cas de danger immédiat, faites le 15 (SAMU). Prenez un rendez-vous au cabinet en téléconsultation le plus rapidement possible. Si Doctolib ne permet pas un rendez-vous immédiat, envoyez des textos WhatsApp ou/et SMS aux cliniciens du cabinet.
Où en est votre angoisse, à l’instant où vous lisez ces lignes ? Les cinq curseurs ci-dessous ne mesurent pas un trouble : ils photographient un moment. Beaucoup de personnes découvrent en les réglant que la dimension qui pèse le plus n’est pas celle qu’elles auraient nommée spontanément.
Les visages de l’angoisse
Il n’y a pas une angoisse mais plusieurs manières pour elle de se présenter, selon l’heure, l’âge, l’histoire. Les reconnaître aide à ne plus se sentir étranger à ce qui arrive. Les onglets ci-dessous décrivent les formes que nous rencontrons le plus souvent, et renvoient vers la page du dossier qui les approfondit quand elle existe.
L’angoisse diffuse : un fond permanent. Elle ne monte pas, elle ne descend pas ; elle est là en se levant et encore là en se couchant, comme une radio laissée allumée dans une pièce voisine. Les personnes qui la vivent disent souvent qu’elles ne se souviennent pas d’un temps sans elle, ou qu’elle s’est installée après une période dont on ne voit pas la fin : une maladie dans la famille, un travail sous tension, une relation qui use. Elle se confond facilement avec le tempérament (« je suis quelqu’un de tendu ») ou avec le stress, dont elle se distingue pourtant : le stress a une source extérieure et retombe quand elle disparaît ; voir le dossier stress. L’angoisse diffuse, elle, reste quand tout est calme. C’est l’une de celles où l’écoute analytique a le plus à apporter, parce qu’elle ne se laisse pas rattacher à une situation.
L’angoisse nocturne et celle du petit matin. Deux moments la favorisent. La nuit, parce que les défenses de la journée tombent avec l’activité : plus rien ne détourne l’attention du dedans, et le corps, allongé, perçoit mieux chaque battement. Et le petit matin, entre quatre et six heures, parce que le cortisol remonte naturellement pour préparer le réveil ; chez une personne déjà en alerte, cette poussée hormonale réveille en sursaut, avec une boule au ventre que rien dans la journée à venir ne justifie. Le réveil à 3 h, le cœur qui bat dans le noir, l’impossibilité de se rendormir ont leur page : anxiété et sommeil. Retenez simplement ceci : l’angoisse du matin n’annonce pas une mauvaise journée ; elle dit que le corps s’est réveillé avant l’esprit.
L’angoisse de séparation chez l’adulte. On la croit réservée aux enfants qui pleurent à la porte de l’école. Elle existe pourtant à tout âge : impossibilité de laisser son conjoint partir en déplacement sans une boule au ventre, besoin d’appeler plusieurs fois par jour, panique sourde quand un enfant devenu grand ne répond pas, incapacité de dormir ailleurs que chez soi. Les classifications l’ont reconnue chez l’adulte depuis 2013. Ce n’est pas de la dépendance ni un manque de maturité : c’est une alarme d’attachement qui s’est réglée très tôt, souvent dans une histoire de pertes ou d’absences, et qui continue de sonner. Quand elle organise un couple, nous recevons volontiers les deux : voir vivre avec une personne anxieuse.
L’angoisse existentielle : finitude, sens, liberté. Elle surgit souvent la nuit, ou à un tournant : un anniversaire à chiffre rond, la mort d’un parent, le départ des enfants, une maladie, parfois une réussite longtemps attendue qui laisse étrangement vide. Elle pose des questions que personne ne pose à voix haute au déjeuner : « à quoi bon », « qu’est-ce que je fais de ma vie », « et si tout cela n’avait pas de sens ». Kierkegaard, en 1844, en faisait le vertige de la liberté : l’angoisse de celui qui découvre qu’il peut choisir, et qu’aucune règle ne choisira pour lui. Elle n’est pas une maladie. Mais quand elle empêche de dormir, de décider ou d’aimer, elle mérite d’être entendue plutôt qu’étouffée. Nous en parlons aussi dans sens et finitude.
L’angoisse d’abandon. Elle se déclenche sur presque rien : un message lu sans réponse, un ton un peu sec, une soirée où l’autre rentre tard. En quelques secondes, la certitude s’installe qu’on va être quitté, et le corps réagit comme devant un danger de mort, parce que, pour le petit enfant que nous avons été, être laissé seul était bel et bien une question de survie. Cette angoisse pousse à vérifier, à se justifier, à retenir, parfois à partir le premier pour ne pas être laissé. Elle est au cœur de la dépendance affective et de certaines relations marquées par la peur de l’abandon. Elle se travaille très bien quand on remonte à ses scènes d’origine, et l’EMDR y est souvent précieuse.
L’angoisse hypocondriaque. Ici, l’angoisse a trouvé un objet de remplacement : le corps lui-même. Chaque sensation devient un indice, chaque indice une maladie possible, et le soulagement d’un examen normal ne dure jamais plus de quelques jours. Ce n’est pas une peur de la maladie au sens ordinaire ; c’est une angoisse qui s’est logée dans la chair pour avoir enfin quelque chose à surveiller. Nous lui avons consacré une page entière, parce qu’elle a ses cercles propres, Internet, les examens et les proches qui rassurent : l’anxiété de la santé.
La crise. Quand l’angoisse monte d’un coup jusqu’au maximum, en quelques minutes, avec le cœur, le souffle, le vertige et la peur de mourir ou de perdre la tête, on parle de crise d’angoisse ou d’attaque de panique. Nous ne la refaisons pas ici : la page crise d’angoisse et attaque de panique en décrit le déroulé minute par minute, le cercle de la peur de la peur et la façon de la traverser. Ce que cette page-ci ajoute, c’est le terrain : une crise pousse rarement sur un sol sans angoisse. Travailler le fond, c’est aussi espacer les crises.
Ce que la psychanalyse entend dans l’angoisse : Freud, Lacan, Winnicott, Jung
La psychanalyse est née, pour une bonne part, de l’angoisse : c’est l’un des premiers symptômes que Freud a cherché à comprendre, et l’un de ceux sur lesquels il a le plus changé d’avis. Nous résumons ici, en mots simples, quatre lectures qui nourrissent encore notre écoute. Elles ne se remplacent pas ; elles éclairent des faces différentes de la même expérience.
Freud, ou l’angoisse qui change de sens. Dans ses premiers textes, en 1895, Freud range l’angoisse parmi ce qu’il appelle les « névroses actuelles » : une excitation qui n’a pas trouvé à se décharger se transforme, dit-il, directement en angoisse, un peu comme une pression dans une chaudière. C’est une lecture énergétique, presque physique. Trente ans plus tard, dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), il renverse la perspective : l’angoisse n’est plus un sous-produit, elle devient un signal. Le moi la produit pour avertir d’un danger qu’il pressent, et ce danger est toujours, au fond, une perte : perdre l’être aimé, perdre son amour, perdre une part de soi, encourir la condamnation de sa propre conscience. Freud ajoute que la détresse du nourrisson sans secours (il parle de Hilflosigkeit) est le modèle de toutes les angoisses ultérieures. Ce que nous retenons en séance : une angoisse qui monte sans raison annonce souvent une perte que l’on n’a pas encore regardée. Pour aller plus loin, voir Freud.
Lacan, ou l’objet qui manque de manquer. Dans son séminaire de 1962-1963, entièrement consacré à l’angoisse, Lacan reprend la définition classique de l’angoisse « sans objet » et la retourne : l’angoisse « n’est pas sans objet ». Simplement, cet objet n’est pas une chose du monde ; c’est ce qui, en nous, est en jeu dans le désir de l’autre. Son image la plus parlante est celle d’un homme portant un masque dont il ignore la forme, face à une mante religieuse géante : l’angoisse, c’est ne pas savoir quel objet on est pour l’autre, ce qu’il veut de nous. Lacan avance une autre idée qui surprend toujours nos patients, et qui les aide : l’angoisse ne surgit pas quand quelque chose manque, mais quand le manque vient à manquer, quand il n’y a plus d’espace, plus de jeu, quand l’autre est trop présent, trop comblant, trop prévisible. C’est l’angoisse de celui dont la mère anticipait chaque besoin, de celui que son conjoint ne laisse jamais seul, de celui dont la vie est si bien réglée qu’il ne reste plus de place pour désirer. Il dit aussi que l’angoisse est « ce qui ne trompe pas » : là où les mots peuvent mentir, elle indique sans erreur l’endroit où ça se joue. Voir Lacan.
Winnicott, ou l’effondrement déjà survenu. Le pédiatre et psychanalyste anglais a laissé un texte bref et bouleversant, La crainte de l’effondrement, écrit dans les années 1960 et publié après sa mort. Il y décrit des patients habités par la terreur d’un effondrement à venir : perdre pied, se désintégrer, tomber sans fin. Son hypothèse est que cet effondrement a déjà eu lieu, très tôt, à un âge où le bébé n’avait pas encore un moi capable de vivre ce qui lui arrivait ; l’expérience n’a donc pas pu être éprouvée, et elle attend depuis d’être vécue pour de vrai, dans un lieu assez sûr. Il nomme ces états « agonies primitives » : retour à un état non intégré, chute sans fin, perte du lien entre le corps et l’esprit, perte du sentiment de réalité. Pour nous, cette lecture est précieuse devant les angoisses les plus archaïques, celles qui s’accompagnent d’un sentiment d’irréalité ou de détachement de soi (voir dépersonnalisation et déréalisation) : elles ne demandent pas d’abord à être expliquées, mais à être accueillies, quelqu’un restant là. Voir Winnicott.
Jung, ou l’angoisse devant l’ombre. Pour Jung, une partie de ce qui nous angoisse vient de ce que nous refusons de voir en nous : les désirs, les colères, les faiblesses qui ne cadrent pas avec l’image que nous tenons à donner. Il appelle cela l’ombre, et il écrit que la rencontre avec soi-même commence par la rencontre avec sa propre ombre, épreuve de courage que la plupart préfèrent éviter. L’angoisse, dans cette lecture, est le signe que l’ombre approche de la conscience, et qu’elle demande à être intégrée plutôt que combattue. Jung ajoute une dimension que nous trouvons juste pour les angoisses du milieu de vie : il voyait dans la névrose « la souffrance d’une âme qui n’a pas trouvé son sens ». L’angoisse qui réveille un homme de cinquante ans en pleine réussite n’est pas forcément une panne ; elle peut être une convocation. Voir Jung et, plus largement, la psychanalyse au cabinet.
Ce qu’en voient la TCC et l’EMDR
Les thérapies cognitives et comportementales regardent l’angoisse par un autre bout : non pas ce qu’elle signifie, mais ce qui la fait durer. Trois mécanismes reviennent sans cesse. Les pensées catastrophiques, d’abord, décrites par David Clark dès 1986 pour la panique et qui valent pour toute montée d’angoisse : une sensation banale est lue comme le début d’une catastrophe, ce qui déclenche l’alarme, qui augmente la sensation, qui confirme la lecture. L’intolérance à l’incertitude, ensuite, mise en évidence par l’équipe de Michel Dugas et Robert Ladouceur : certaines personnes supportent très mal de ne pas savoir, et l’angoisse se nourrit de chaque question laissée ouverte. Enfin les évitements fins, ceux que l’on ne remarque même plus : s’asseoir toujours près de la porte, ne jamais sortir sans une bouteille d’eau, garder son téléphone chargé « au cas où », éviter le café, le sport, les films trop prenants, l’ascenseur quand on est seul. Paul Salkovskis a montré comment ces petits arrangements de sécurité empêchent de découvrir que l’on aurait tenu sans eux. La TCC travaille ces trois mécanismes avec des exercices précis, et c’est pour cela que, dans le soin de l’anxiété, nous l’ouvrons en général en premier.
L’EMDR entre en scène quand l’angoisse a une scène d’origine, même oubliée, même sans lien apparent avec ce qui l’active aujourd’hui. Une hospitalisation à six ans où personne n’a expliqué ce qui se passait ; un père qui s’effondre dans la cuisine ; un accident de voiture sans blessure mais avec une seconde d’éternité ; une mère qui ne revenait pas à l’heure. Le corps a gardé l’alerte de ce moment-là et la rejoue dès qu’un détail lui ressemble : une odeur d’hôpital, un retard, une porte qui claque. L’EMDR permet de retraiter ces souvenirs pour qu’ils redeviennent du passé, puis de désamorcer les déclencheurs actuels et de préparer les situations à venir. Un bilan psycho-traumatique, voire dissociatif, est souvent utile avant de commencer, pour savoir où l’on met les pieds. Voir EMDR et anxiété et le dossier trauma.
Comment ces lectures s’articulent-elles chez nous ? Pour l’anxiété et l’angoisse, nous commençons le plus souvent par la TCC, que nous tenons strictement à égalité avec l’EMDR et l’écoute analytique ; aucune ne commande aux autres, et c’est quand les trois se répondent que les résultats s’amplifient. Pour voir concrètement ce que cela change, voici une seule et même angoisse, lue six fois. Un homme de quarante ans, promu il y a trois mois, sent chaque dimanche soir sa gorge se serrer et son cœur s’emballer, sans aucune pensée précise. Touchez les cartes.
Aucune de ces six lectures n’est « la bonne » : en séance, elles se succèdent et se complètent au fil des semaines. C’est l’intérêt d’un cabinet qui pratique les trois approches : nous n’avons pas à choisir pour vous une seule porte d’entrée.
Traverser une montée d’angoisse, ici et maintenant
Quand l’angoisse monte, le premier mouvement est de chercher la cause et la sortie en même temps : « pourquoi maintenant, qu’est-ce que j’ai, comment faire pour que ça s’arrête ». C’est ce double effort qui épuise et qui fait grimper la vague. Ce que nous apprenons aux personnes qui nous consultent tient en une idée : pendant la montée, on ne cherche pas à comprendre ; on traverse. On comprendra après, et l’après a d’ailleurs toute sa section plus bas. Trois gestes suffisent, dans l’ordre.
Le premier geste est de s’appuyer. L’angoisse décolle du sol : elle est dans la gorge et dans la tête, et les jambes semblent ne plus exister. Poser les deux pieds à plat, sentir le poids du corps dans le siège ou sur les talons, appuyer le dos contre quelque chose. Si vous êtes debout dans une file ou un couloir, appuyer une main sur un mur froid, ou tenir un objet et en décrire la texture à voix basse. Il s’agit de rendre au corps son bas. Le deuxième geste est d’allonger l’expiration. Non pas respirer à fond, ce qui aggrave souvent l’étau, mais souffler lentement, longuement, en laissant l’inspiration revenir d’elle-même ensuite. L’expiration est le seul moment du cycle où le cœur ralentit de lui-même ; en la prolongeant, on allonge ce freinage. Le troisième geste est de nommer, à voix basse ou en pensée : « c’est de l’angoisse ; elle est dans ma gorge ; elle va passer ». Pas « ça va aller », qui est une promesse, mais une description. Décrire ce qui se passe réinstalle une petite distance entre soi et la vague, et cette distance est le début de tout.
Et ne pas fuir. Ne pas quitter la pièce, ne pas ouvrir dix onglets sur son téléphone, ne pas appeler tout de suite, ne pas se coucher. Non pas par héroïsme, mais parce que chaque fuite enseigne au corps que l’angoisse était un danger, et qu’il devra sonner plus fort la prochaine fois. Rester une ou deux minutes de plus là où l’on est, en s’appuyant et en expirant, lui enseigne l’inverse. L’exercice ci-dessous vous entraîne à ce deuxième geste. Faites-le d’abord un jour calme, pour que le corps l’ait en mémoire le jour où il en aura besoin. Le premier rythme, avec une expiration deux fois plus longue que l’inspiration, est celui que nous recommandons pour une montée d’angoisse.
Après la montée, et seulement après, prenez trente secondes pour noter trois choses : l’heure, ce que vous faisiez, et la dernière pensée ou le dernier échange qui a précédé. Au bout de deux ou trois semaines, ces notes dessinent presque toujours un motif que l’on ne voyait pas de l’intérieur. Les autres gestes d’apaisement, cohérence cardiaque, ancrage par les cinq sens, relâchement musculaire, sont rassemblés dans les outils contre l’anxiété, et des séances guidées complètes dans la relaxation.
Écouter l’angoisse : ce qu’elle dit d’un changement, d’un désir empêché, d’une perte
Une fois la vague passée, il reste une question que la plupart des gens évitent, parce qu’elle fait peur à son tour : si l’angoisse n’est pas une panne, qu’est-ce qu’elle dit ? Nous ne croyons pas qu’elle ait un message tout fait, à décoder comme un rébus. Mais nous constatons, année après année, qu’elle se lève à des moments qui ne sont pas n’importe lesquels, et que la personne, quand elle les regarde, les reconnaît presque toujours.
Elle se lève d’abord aux seuils. Un déménagement, une naissance, une promotion, un mariage, le dernier enfant qui quitte la maison, un parent qui vieillit, une retraite ; et aussi des seuils heureux, car l’angoisse n’a rien contre le bonheur, elle a quelque chose contre le changement. Changer de place, c’est perdre l’ancienne, et le corps pleure l’ancienne avant que l’esprit ait fini de se réjouir de la nouvelle. Elle se lève ensuite devant un désir empêché : la chose que l’on veut et que l’on s’interdit, le non que l’on n’arrive pas à dire, le projet rangé dans un tiroir « pour plus tard », la colère que l’on retourne contre soi par politesse. Là, l’angoisse prend volontiers la place de la phrase que l’on n’a pas prononcée. Elle se lève enfin autour des pertes, et pas seulement les plus récentes : les anniversaires de deuil que l’on n’a pas notés mais que le corps a gardés, la date d’une séparation, l’âge qu’avait un parent quand il est tombé malade et que l’on atteint à son tour. Il nous arrive de demander à quelqu’un de raconter une montée d’angoisse minute par minute, et c’est souvent au détour d’un détail, une chanson à la radio, un plat sur la table, que la date se révèle. Voir aussi le dossier deuil.
Écouter l’angoisse, en séance, ce n’est donc pas l’interpréter à la volée ; c’est lui laisser le temps de se dire par d’autres chemins : ce qui vient à l’esprit juste après, les rêves de la nuit suivante, le mot qui échappe, la scène qui revient. Le petit jeu ci-dessous n’est pas ce travail, loin de là ; il en montre seulement l’esprit. Associez chaque phrase, telle que nous l’entendons souvent, à la piste qui pourrait l’éclairer. Il y a une correspondance attendue pour chaque ligne, mais retenez surtout que la même sensation peut dire autre chose chez vous.
L’angoisse de l’enfant, de l’adolescent, et ce que vivent les proches
Un enfant n’a pas le mot « angoisse », et il n’a souvent pas non plus le mot « peur » pour ce qu’il vit. Son angoisse passe par le ventre qui fait mal le dimanche soir, par le coucher qui n’en finit pas, par les questions sur la mort qui arrivent vers six ou sept ans et reviennent en boucle, par le besoin de vérifier que la porte est fermée, par une colère qui éclate pour une chaussette. Chez l’adolescent, elle prend d’autres habits : des questions existentielles qu’il pose à trois heures du matin, un sentiment d’irréalité qu’il n’ose raconter à personne, une fatigue qui ressemble à de la paresse, un repli dans la chambre. Nous recevons les enfants avec leurs parents, seuls ou les deux, et les adolescents seuls, les parents étant reçus à d’autres moments ; avec les plus jeunes, le jeu, le dessin et les histoires font passer ce que les mots ne portent pas encore. Les repères par âge, les signes qui doivent alerter et ce qui aide à la maison sont sur la page anxiété de l’enfant et de l’adolescent.
Les proches d’une personne angoissée vivent une expérience particulière : ils voient quelqu’un qu’ils aiment souffrir de quelque chose qui n’a pas de nom, et ils se sentent inutiles. D’où les deux réflexes qui, hélas, aggravent souvent les choses : chercher la cause à la place de l’autre (« mais qu’est-ce qui t’angoisse, dis-moi ») et vouloir que ça s’arrête (« respire, calme-toi, ce n’est rien »). La personne angoissée ne peut répondre ni à l’une ni à l’autre demande, et se sent doublement seule. Ce qui aide tient en peu de mots : rester, s’asseoir à côté, respirer lentement soi-même sans l’exiger de l’autre, et dire quelque chose comme « je suis là, prends ton temps ». Ne pas chercher de sens pendant la vague ; en parler plus tard, si l’autre le souhaite. Et ne pas tout organiser autour de l’angoisse, ce qui finit par la nourrir. La page vivre avec une personne anxieuse détaille ces équilibres, et nous recevons volontiers les couples et les familles quand l’angoisse de l’un s’est installée au milieu de tous.
Ce que nous faisons au cabinet quand l’angoisse est là
Le premier rendez-vous commence rarement par l’angoisse elle-même ; il commence par le moment où elle est apparue, par ce qui se passait alors dans votre vie, par ce qui a déjà été essayé. Nous faisons le point sur le corps et sur un éventuel suivi médical, en lien avec votre médecin si vous le souhaitez, parce qu’une angoisse qui s’installe mérite qu’on vérifie le terrain. Puis nous cherchons ensemble, sans précipitation, ce qui semble la nourrir : des cercles d’évitement, des souvenirs restés à vif, un seuil franchi, un désir en souffrance. C’est cette compréhension partagée qui décide de la suite, et non une méthode choisie d’avance.
Quand l’angoisse est trop envahissante pour penser, nous commençons par redonner de la prise : comprendre les mécanismes de la montée, installer les gestes de traversée, repérer les petits évitements qui l’entretiennent, parfois installer une ressource de sécurité intérieure que l’EMDR appelle le lieu sûr. Quand une scène d’origine se dessine, l’EMDR vient retraiter le souvenir, les déclencheurs d’aujourd’hui, puis les situations à venir ; les séances d’EMDR sont des séances longues de quatre-vingts minutes. Et tout au long, l’écoute analytique accueille ce que l’angoisse dit de votre histoire et de votre place, sans la presser de disparaître avant d’avoir été entendue. Un bilan psychologique, par notre psychothérapeute, peut être proposé quand il est utile de mesurer la part du trauma ou de la dissociation avant d’aller plus loin ; il est toujours précédé d’un rendez-vous, et suivi d’un compte rendu écrit. Le rythme des séances s’adapte à vous, nous faisons régulièrement le point sur ce qui a bougé, et tout, y compris l’EMDR, peut se faire en téléconsultation.
- La peur a un objet, l’anxiété a des scénarios, l’angoisse n’a ni l’un ni l’autre : elle est dans le corps, maintenant, et c’est ce qui la rend si déroutante.
- Ses sensations, gorge, poitrine, ventre, mains, impression de mort imminente, sont celles d’un corps prêt à survivre, non d’un corps en danger.
- Pendant la montée, on traverse (s’appuyer, expirer long, nommer, ne pas fuir) ; après la montée, on écoute : seuils, désirs empêchés, pertes.
- TCC, EMDR et écoute analytique lisent la même angoisse par trois côtés différents ; au cabinet, elles travaillent ensemble.
Notre psychothérapeute reçoit adultes, adolescents et enfants pour une angoisse, à Colombes, aux Pavillons-sous-Bois, en Ardèche ou en téléconsultation, tous les jours de l’année. Le premier rendez-vous n’engage à rien, et vous pouvez venir accompagné. Les bilans sont présentés sur la page bilans, notre façon de travailler l’anxiété sur la page notre approche, et les coordonnées sur la page le cabinet.
Exemple fictif : Mathilde, 44 ans, « une main sur la poitrine depuis le printemps »
Une situation imaginée pour cette page, à partir de ce que nous entendons souvent ; toute ressemblance avec une personne réelle serait fortuite.
Situation
Mathilde est infirmière de nuit. Depuis le mois d’avril, une oppression s’installe sur sa poitrine presque chaque soir vers dix-neuf heures, avant de partir travailler, et parfois l’après-midi, au repos, « sans aucune raison ». Son médecin a fait un électrocardiogramme et un bilan sanguin : tout est normal. Elle n’a pas de crise à proprement parler, pas de pensée précise, « juste cette main qui appuie ». Elle a arrêté le café, dort avec la lumière du couloir, et sa sœur lui a conseillé de « se changer les idées ». En racontant, elle précise, comme en passant, que sa mère est entrée en maison de retraite en mars, et qu’elle-même a fêté ses quarante-quatre ans, l’âge auquel son père est mort d’un infarctus.
Par où commencerions-nous ?
Questions fréquentes sur l’angoisse
Pourquoi ai-je de l’angoisse sans raison ?
Parce que l’angoisse, par définition, n’a pas d’objet nommable : c’est ce qui la distingue de la peur. Elle n’est pas sans cause pour autant. Le plus souvent, elle se lève à un seuil (changement de place, de rôle, d’âge), autour d’une perte que l’on n’a pas finie de regarder, ou à l’endroit d’un désir que l’on s’interdit. Le corps garde aussi des dates que l’esprit a oubliées. « Sans raison » veut donc dire « sans raison visible de l’intérieur » ; en séance, la raison se laisse en général approcher, pas d’un coup, mais au fil de ce qui vient quand on en parle.
Pourquoi l’angoisse est-elle plus forte le matin au réveil ?
Le cortisol, l’hormone qui prépare le corps à l’éveil, monte naturellement entre quatre et six heures du matin. Chez une personne déjà en alerte, cette poussée réveille en sursaut, avec une boule au ventre et un cœur rapide, avant même qu’une pensée ait eu le temps de se former. S’ajoute le fait qu’au réveil, aucune activité ne détourne encore l’attention du dedans. Cette angoisse du petit matin n’annonce rien sur la journée ; elle dit que le corps s’est réveillé avant l’esprit. Se lever, ouvrir les volets et bouger quelques minutes la fait retomber plus vite que de rester allongé à l’observer.
Angoisse ou crise cardiaque : comment faire la différence ?
Seul un examen médical tranche, et la première fois il est toujours indiqué. Quelques repères aident toutefois à comprendre ce que l’on vit. L’oppression de l’angoisse survient au repos ou dans l’attente, s’accompagne de picotements aux mains, d’un souffle court et d’une peur intense, et s’atténue quand on respire lentement et que l’attention se déplace. Une douleur cardiaque est plutôt déclenchée ou aggravée par l’effort, serre ou irradie vers le bras gauche, la mâchoire ou le dos, et ne cède pas au calme. Dans le doute, faites le 15 (SAMU). Une fois le cœur vérifié, on peut travailler l’angoisse sans arrière-pensée.
Qu’est-ce que l’angoisse existentielle ?
C’est l’angoisse qui se lève devant les grandes questions que la vie quotidienne tient à distance : la mort, la liberté de choisir sa vie, la solitude au fond de chaque lien, le sens de ce que l’on fait. Elle surgit souvent la nuit ou à un tournant, anniversaire, deuil, départ des enfants, maladie, réussite qui laisse vide. Kierkegaard la décrivait comme le vertige de la liberté. Ce n’est pas une maladie, et elle touche des personnes par ailleurs très équilibrées. Elle mérite d’être entendue plutôt qu’étouffée, et c’est l’un des domaines où l’écoute analytique est la plus à l’aise : non pour répondre aux questions à votre place, mais pour vous aider à les habiter.
Comment calmer une angoisse rapidement ?
Trois gestes, dans l’ordre : s’appuyer, en posant les pieds à plat et le dos contre quelque chose ; allonger l’expiration, en soufflant lentement et en laissant l’inspiration revenir toute seule, pendant une ou deux minutes ; nommer ce qui se passe à voix basse, « c’est de l’angoisse, elle est dans ma gorge, elle va passer ». Et surtout ne pas fuir, ne pas se coucher, ne pas chercher la cause pendant la montée. L’angoisse redescend d’elle-même en quelques minutes dès qu’on cesse de la nourrir par la lutte. Le guide de respiration de cette page permet de s’entraîner un jour calme, pour que le geste soit prêt le jour où il faudra.
L’angoisse peut-elle disparaître complètement ?
L’angoisse envahissante, celle qui serre la gorge chaque soir et organise les journées, oui : c’est l’un des motifs de consultation pour lesquels la psychothérapie donne les résultats les plus nets, en particulier quand la TCC, l’EMDR et l’écoute analytique travaillent ensemble. Ce qui reste, chez tout le monde, c’est la capacité d’éprouver de l’angoisse aux moments importants de la vie, et c’est heureux : une vie sans aucune angoisse serait une vie sans seuil, sans perte et sans désir. Le but n’est pas de ne plus rien sentir, mais de pouvoir traverser ce que l’on sent et de l’entendre, sans qu’il décide pour vous.
Laisser l’angoisse devenir une parole
Vous n’avez pas à savoir ce qui vous angoisse pour venir : c’est précisément ce que nous chercherons ensemble. Un premier rendez-vous, au cabinet ou en téléconsultation, suffit pour poser les gestes de traversée et commencer à entendre ce que votre angoisse essaie de dire.