Ce que l’écran calme
Une angoisse diffuse, une tristesse, un vide, une colère qu’on ne sait pas où mettre. L’écran est un régulateur immédiat. Comprendre ce qu’il régule permet de chercher d’autres voies.
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Quand une famille, un adolescent ou un adulte vient nous voir « pour les écrans », la demande est souvent de faire baisser un compteur d’heures. Nous l’entendons, et nous aidons volontiers à reprendre la main sur le quotidien. Mais l’expérience nous a appris que l’écran est rarement le fond de l’histoire : il apaise, il protège, il remplit, il évite quelque chose. Cette page décrit comment nous travaillons au Cabinet Bouche & Chmura : ce que nous cherchons à comprendre, la place de l’écoute analytique et de l’EMDR, les deux axes principaux de notre psychothérapie, celle des outils des TCC, ce qu’éclaire la neuropsychologue, et ce que dit la science pour chaque approche.
Le premier rendez-vous n’est pas un interrogatoire sur le temps d’écran. C’est un moment pour entendre la personne, et, pour un enfant ou un adolescent, ses parents. Nous posons des questions concrètes (quels écrans, quand, avec qui, ce qui a été essayé), mais nous cherchons surtout à comprendre ce que l’écran représente dans cette vie-là. Cinq questions guident notre écoute.
Choisissez une ou plusieurs phrases qui vous ressemblent (ou qui ressemblent à votre enfant). Le tableau montre ce que chaque regard du cabinet pourrait chercher à comprendre ou à travailler. C’est une illustration de notre façon de penser, pas un programme de soins : chaque accompagnement se construit avec la personne.
L’écoute analytique est l’un des deux axes principaux de notre psychothérapie. Elle part d’une conviction simple : derrière un comportement qui se répète et dont on n’arrive pas à se défaire, il y a souvent quelque chose qui cherche à se dire. Elle accueille la parole de la personne, son histoire, sa singularité, ce qui se répète dans sa vie et dans ses relations, sans tri ni jugement.
Appliquée aux écrans, elle s’intéresse à plusieurs dimensions :
Une angoisse diffuse, une tristesse, un vide, une colère qu’on ne sait pas où mettre. L’écran est un régulateur immédiat. Comprendre ce qu’il régule permet de chercher d’autres voies.
Un conflit, une pensée, un souvenir, une décision, la confrontation à l’autre, le silence. Ce qui est évité revient souvent par ailleurs.
L’écran comme mur, comme pont, comme enjeu de pouvoir entre parents et enfants, comme objet de désaccord entre adultes, comme lieu où l’enfant peut être « ailleurs » sans quitter la maison.
Se séparer des parents, construire son identité, trouver sa place parmi les pairs : le monde numérique est aussi un espace pour cela. Le psychanalyste Donald Winnicott parlait d’un espace entre soi et le monde où l’on peut jouer et créer.
Une façon d’attendre quelque chose qui ne vient pas, de se perdre dans un objet, de fuir la dépendance aux autres en dépendant d’autre chose. Ces répétitions ont souvent une histoire.
Au-delà de « jouer moins », que voudrait-elle pour sa vie ? Retrouver ce désir est souvent ce qui rend le changement possible, et durable.
L’écoute analytique ne nie jamais la réalité de l’usage ni ses conséquences, et elle ne renonce pas aux repères concrets quand ils sont nécessaires. Elle donne simplement une place à la personne derrière le symptôme. Pour en savoir plus sur cette approche : la psychanalyse au cabinet et l’écoute analytique dans nos pratiques.
Non. L’écoute analytique n’implique pas forcément une cure longue sur le divan. Elle peut être présente dans un accompagnement de quelques mois, en face à face, associé à l’EMDR et à des outils concrets. Certaines personnes souhaitent ensuite poursuivre un travail plus approfondi, parce qu’elles découvrent que la question des écrans en ouvrait d’autres. C’est un choix, jamais une obligation.
L’EMDR est l’autre axe principal de notre psychothérapie. On la connaît surtout pour le traitement des traumatismes, où elle est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé et la Haute Autorité de santé. Mais notre pratique de l’EMDR va au-delà du seul traumatisme identifié : c’est une psychothérapie qui travaille les expériences de vie qui pèsent encore, les émotions qui y restent attachées, les représentations de soi qu’elles ont forgées, les déclencheurs actuels et la préparation des situations futures. Face aux écrans, cela ouvre plusieurs portes.
Ce qui s’est passé. Un cyberharcèlement, une photo diffusée, une humiliation publique dans un groupe de classe, une image choquante vue trop jeune, une rupture apprise par message, un conflit familial violent : ces expériences laissent parfois des souvenirs qui reviennent en boucle, avec la même honte ou la même peur. Quand l’écran sert à ne plus y penser, apaiser le souvenir lui-même diminue souvent le besoin de fuir. Voir les souvenirs et émotions bloqués.
Ce qu’on croit de soi. « Je suis nul en dehors du jeu », « je ne vaux rien si personne ne réagit à mes photos », « je suis moche », « personne ne m’aime vraiment ». Ces croyances se sont souvent forgées dans des moments précis. L’EMDR permet de revenir à ces moments et d’aider la personne à en tirer une autre conclusion sur elle-même. Voir EMDR, estime et confiance en soi.
Ce qui déclenche l’envie aujourd’hui. La solitude de 22 heures, le silence de l’appartement, l’angoisse du dimanche soir, le retour d’une réunion difficile : certains moments déclenchent une envie d’écran presque irrésistible. On peut travailler ces déclencheurs actuels pour qu’ils perdent de leur charge. Des protocoles EMDR adaptés aux envies et aux comportements addictifs ont été proposés ; les données sont encore préliminaires, et nous les utilisons avec prudence, en complément du reste. Voir EMDR et anxiété.
Se préparer à demain. Le « scénario du futur » consiste à se représenter une situation à venir (poser le téléphone à 22 heures, aller à une soirée sans regarder son écran, retourner au collège après un harcèlement, éteindre la console sans colère) et à la travailler pour s’y sentir prêt et en sécurité. Voir le scénario du futur.
Chez l’enfant et l’adolescent, l’EMDR s’adapte à l’âge, avec des dessins, des histoires et des stimulations ludiques. Voir l’EMDR chez l’enfant et l’adolescent et la présentation générale de l’EMDR au cabinet.
Les thérapies cognitives et comportementales ne sont pas l’axe principal de notre psychothérapie, mais leurs outils sont précieux pour le quotidien, et ce sont elles qui ont été le plus étudiées dans les usages problématiques des écrans. Nous les intégrons au travail, au moment où ils sont utiles.
Nous utilisons aussi l’approche motivationnelle, très utilisée dans les addictions : plutôt que de convaincre, aider la personne à explorer elle-même ses raisons de changer et ses hésitations. Avec un adolescent qui « n’a pas de problème » et que ses parents ont amené, c’est souvent la seule porte d’entrée possible. Voir les TCC au cabinet.
La psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie apporte un éclairage différent : celui du fonctionnement cognitif. Il ne s’agit pas de « mesurer une addiction », ce qu’aucun test ne fait, mais de comprendre ce qui, dans le fonctionnement de la personne, rend les écrans si attirants ou si difficiles à lâcher, et ce que leur usage a pu modifier au quotidien.
Attention soutenue, sélective, partagée, flexibilité : des épreuves étalonnées décrivent un profil précis, au-delà de l’impression de « ne pas se concentrer ».
Le TDAH est plus fréquent chez les personnes qui ont un usage problématique des écrans. Le repérer change souvent la donne. Voir le bilan TDAH.
Une dette de sommeil peut imiter un trouble de l’attention. Le bilan en tient compte, et peut être refait une fois les nuits réparées si besoin. Voir sommeil et attention.
Inhibition, planification, mémoire de travail : quand ces fonctions sont fragiles, s’arrêter et organiser son temps coûtent davantage.
Un haut potentiel qui s’ennuie à l’école, un trouble des apprentissages qui fait de l’école un lieu d’échec, un autisme avec des intérêts intenses : chacun change la lecture de l’usage. Voir le bilan HPI et le bilan TSA.
Quand la question porte sur les émotions, la personnalité, l’anxiété ou l’humeur, un bilan psychologique éclaire ce qui se joue. Voir le bilan psychologique.
Le bilan n’est pas systématique. Il est utile quand une question précise se pose : un TDAH est-il possible ? Les difficultés scolaires viennent-elles des écrans ou d’autre chose ? Que deviennent l’attention et la mémoire quand les nuits sont courtes ? Il oriente ensuite la suite : psychothérapie, remédiation cognitive, aménagements scolaires, avis médical. Les modalités pratiques sont décrites sur la page bilans.
Les écrans se vivent rarement seul. Chez l’enfant et l’adolescent, l’accompagnement des parents est presque toujours nécessaire, et les approches familiales sont parmi celles qui donnent les résultats les plus encourageants chez les adolescents. Le psychothérapeute, formé à la thérapie familiale et de couple, peut recevoir :
Voir le guide des parents, écrans, couple et relations, la thérapie familiale et EMDR et thérapie familiale.
Nous tenons à distinguer clairement la place de chaque approche dans notre pratique et l’état des connaissances scientifiques pour cette indication. La recherche sur le traitement des usages problématiques des écrans et du trouble du jeu vidéo est encore jeune : les études sont souvent petites, de durée courte, et menées surtout en Asie de l’Est et en Europe. Aucune approche ne peut promettre de résultat ; toutes peuvent aider.
| Approche | Sa place dans notre pratique | L’état des connaissances |
|---|---|---|
| Écoute analytique | Axe principal : comprendre ce que l’écran apaise ou évite, l’histoire, la place dans la famille | Pas d’essai contrôlé dans cette indication précise. Longue tradition clinique ; les psychothérapies psychodynamiques ont des données dans d’autres troubles, comme la dépression et certains troubles anxieux. |
| EMDR | Axe principal : expériences qui pèsent, croyances sur soi, déclencheurs, scénario du futur | Recommandée pour le trouble de stress post-traumatique (OMS, HAS). Pour les envies et les addictions, quelques études préliminaires. Pas d’essai spécifique sur le trouble du jeu vidéo : nous l’utilisons pour ce qui se tient derrière l’usage. |
| Outils des TCC | Complément : habitudes, contrôle du stimulus, pensées, prévention de la rechute | L’approche la plus étudiée dans le trouble du jeu vidéo. Les synthèses montrent une diminution des symptômes à court terme, avec une qualité de preuve modérée et peu de données sur le long terme. |
| Approches familiales | Guidance parentale, consultations familiales et de couple | Résultats encourageants chez les adolescents, à partir d’un nombre encore limité d’études. |
| Approche motivationnelle | Porte d’entrée, surtout avec les adolescents peu demandeurs | Bien établie dans les addictions en général ; moins étudiée spécifiquement pour les écrans. |
| Bilan neuropsychologique | Éclairer l’attention, un TDAH possible, l’impact du manque de sommeil, le profil cognitif | Ce n’est pas un traitement, mais un outil d’évaluation. Il permet de repérer des troubles associés fréquents, dont le traitement peut améliorer la situation. |
| Traitement médical | Relève du médecin, avec qui nous travaillons | Aucun médicament n’est indiqué pour le trouble du jeu vidéo lui-même. Traiter un TDAH ou une dépression associés peut aider, selon de petites études. |
Aucune étude n’a comparé la façon dont nous articulons ces approches à d’autres façons de faire. Notre pratique repose sur des connaissances établies quand elles existent (les outils des TCC, l’approche familiale, l’EMDR pour les traumatismes), sur une longue tradition clinique pour l’écoute analytique, et sur notre expérience. Nous ajustons en permanence, avec la personne, ce qui l’aide vraiment.
Deux situations inventées pour ce dossier, pour montrer comment les regards se complètent dans le temps. Chaque parcours réel a sa propre forme.
Il pratique l’EMDR chez l’adulte et l’enfant, l’écoute analytique et les outils des TCC, et reçoit individuellement, en couple et en famille. Spécialisé dans le traumatisme, il accompagne les situations où l’écran recouvre une souffrance.
Psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie, elle réalise les bilans neuropsychologiques et psychologiques de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte (attention, TDAH, haut potentiel, autisme) et la remédiation cognitive.
Six questions pour voir quel regard pourrait être le plus utile au départ. Quiz pédagogique, ce n’est ni un test validé ni un diagnostic : la décision se prend ensemble, lors du premier rendez-vous.
Les outils des TCC sont les plus étudiés pour le trouble du jeu vidéo, et les approches familiales donnent des résultats encourageants chez l’adolescent. Au cabinet, nous associons l’écoute analytique et l’EMDR, les deux axes de notre psychothérapie, à ces outils, pour travailler à la fois les habitudes et ce que l’écran vient apaiser ou éviter.
L’EMDR n’agit pas directement sur le temps d’écran. Elle peut aider quand l’usage est lié à des expériences qui pèsent (harcèlement, humiliation, séparation), à une anxiété, à des croyances sur soi ou à des déclencheurs précis, et pour préparer des situations à venir. Les données spécifiques aux écrans sont encore limitées.
Pas toujours. Il est utile quand une question précise se pose : un TDAH possible, des difficultés scolaires ou d’attention, l’impact du manque de sommeil, un profil particulier. Il ne mesure pas une addiction, mais il oriente la suite de l’accompagnement.
C’est fréquent. Les parents peuvent venir seuls, pour comprendre et ajuster leur façon de faire. Souvent, cela apaise la maison et l’adolescent accepte ensuite un rendez-vous. Une approche motivationnelle, sans sermon, aide à ce qu’il trouve ses propres raisons de venir.
Cela dépend de la situation : quelques séances suffisent parfois pour des ajustements familiaux, quelques mois sont souvent nécessaires quand l’écran recouvre une souffrance, et certaines personnes choisissent un travail plus long. Le rythme se décide ensemble et se revoit en chemin.
Un premier rendez-vous permet d’entendre la situation, de comprendre ce que l’écran apporte et ce qu’il coûte, et de décider ensemble de la suite : psychothérapie, travail avec la famille, bilan, ou un peu de tout cela. Au cabinet ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.