Une revue
La Clinique lacanienne, revue de psychanalyse créée en 1996 et publiée chez érès. Pommier en est le directeur, et c’est autour d’elle que son nom s’est fait connaître d’un public de cliniciens.
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Un psychiatre qui a connu Lacan de près, un professeur de psychopathologie, un auteur qui a écrit sur ce qui nous touche de très près : le nom qu’on porte, la trace qu’on laisse sur le papier, le corps, l’amour, le refoulement, le cerveau. Gérard Pommier (1941-2023) a publié pendant près de quarante ans des livres qui partent de choses simples, une signature, un prénom, une nuit d’amour, et qui y découvrent des questions de psychanalyste. Cette page en trace le portrait, livre après livre, et vous propose de jouer avec ses idées.
Parce qu’il prend au sérieux ce que l’on croit trop bien connaître. Un prénom, par exemple : on l’a reçu avant de savoir parler, on le signe vingt fois par semaine, et l’on ne se demande presque jamais ce qu’il fait de nous. Une signature, un carnet, une lettre jamais envoyée. Une nuit d’amour, aussi, dont on parle partout sauf là où cela compte. Gérard Pommier, psychiatre et psychanalyste, a construit son œuvre sur ces objets de tous les jours, en les regardant comme quelqu’un qui a passé sa vie à écouter des patients.
On le lit ensuite pour l’étendue du paysage. Il a écrit sur la psychose et sur la féminité, sur le transfert et sur la fin d’une analyse, sur l’écriture et sur le refoulement, sur le corps à l’heure du numérique, sur les neurosciences. Il passe d’un sujet à l’autre avec une aisance qui surprend, mais le fil reste le même : la clinique, c’est-à-dire ce qui se dit réellement dans une séance.
Il y a enfin la langue. Dans un hommage paru en octobre 2023 sur le site AOC, la psychanalyste Silvia Lippi souligne que Pommier, sans renier l’enseignement de Lacan, a choisi une langue personnelle et peu jargonnante pour parler de clinique, de sexualité, de culture et des questions de son temps. Cette page garde la même ligne : peu de jargon, beaucoup d’exemples.
Trois fils reviennent plus souvent que les autres dans ses livres : l’écriture, le nom et le corps. Nous les suivons l’un après l’autre, avant de regarder de plus près la façon dont il s’est confronté aux neurosciences.
Nous écoutons chaque personne dans son histoire, avec ses propres mots, d’où qu’ils viennent. Le premier rendez-vous se fait sans engagement, au cabinet ou en téléconsultation. L’accompagnement psychanalytique au cabinet
Un psychiatre devenu professeur d’université, un élève de Lacan qui a cherché sa propre langue, un auteur qui s’est aussi occupé de revues, de collections et de fondations.

Pommier a connu Lacan de près : il a suivi son enseignement et fait avec lui une partie de son chemin d’analysant. Il a travaillé aussi, en supervision, avec Piera Aulagnier et avec Françoise Dolto, dont vous trouverez le portrait dans notre page Dolto. Ces rencontres situent un analyste formé auprès de plusieurs figures importantes de la psychanalyse française.
En 1953, Lacan propose un « retour à Freud » que la page consacrée à Lacan raconte en détail. Pommier appartient à la génération qui a reçu cet enseignement et l’a prolongé dans ses propres livres. Le titre de sa revue dit bien son double attachement : La Clinique lacanienne, c’est une référence, Lacan, et un terrain, la clinique. Silvia Lippi, dans son hommage, le range parmi les analystes qu’elle appelle post-lacaniens : ceux qui prolongent Lacan en inventant à partir de lui.
La Clinique lacanienne, revue de psychanalyse créée en 1996 et publiée chez érès. Pommier en est le directeur, et c’est autour d’elle que son nom s’est fait connaître d’un public de cliniciens.
« Point Hors-Ligne », chez érès, dont il est l’initiateur selon la notice que lui consacre la Fondation européenne pour la psychanalyse. Certains de ses livres y ont paru, comme Le Dénouement d’une analyse.
Il est cofondateur de la Fondation européenne pour la psychanalyse, et membre d’Espace analytique depuis la fin des années 1990, où il intervient souvent dans les colloques et les journées d’étude.
L’université a été l’autre scène de son travail. Il enseigne la psychopathologie à l’université, à Strasbourg puis à Paris-Diderot, et il est professeur des universités émérite. L’université de Rosario, en Argentine, l’a nommé professeur honoris causa. Plusieurs de ses livres ont été traduits, en espagnol notamment, et l’un d’eux, sur la sexualité, en anglais.
Si un fil revient plus que les autres dans l’œuvre de Pommier, c’est celui de l’écriture. Dans Naissance et renaissance de l’écriture (PUF, 1993), il pose une question qui ressemble à une devinette et qui est une vraie question de recherche : les étapes que l’humanité a traversées pour inventer l’écriture ressemblent-elles à celles qu’un enfant traverse pour l’apprendre ? Les spécialistes disent phylogenèse pour l’histoire de l’espèce et ontogenèse pour celle de l’individu. Entre ces deux mots, Pommier cherche des ressemblances, et le livre y consacre 381 pages.
Quand il soutient sa thèse de doctorat, en 2000, il choisit un titre qui dit l’essentiel : L’écriture comme solution dans la psychose. Le mot « solution » est important. Devant une psychose, on ne cherche pas seulement à faire taire un symptôme : on cherche comment la personne peut tenir, retrouver un peu de sol sous ses pieds. Pour certains, écrire, un journal, des poèmes, une théorie personnelle, devient ce qui fait tenir. Le président Schreber, dont Freud a commenté les Mémoires d’un névropathe, en est l’exemple classique, que nous retrouvons dans notre page sur la paranoïa.
Louis du Néant (Aubier, 1998) applique cette idée à un cas célèbre. À partir des textes autobiographiques, de la correspondance et des témoignages laissés par le philosophe Louis Althusser, Pommier lit une mélancolie et la place qu’y tient l’écriture : elle apaise, parce qu’elle sort de soi ce qui hante et le dépose sur la page.
Faites glisser le curseur : à chaque cran, un peu plus de distance entre soi et ce qui fait mal.
Il n’est pas nécessaire d’écrire pour être soigné, et l’écriture n’a pas la même fonction pour tout le monde. Mais en analyse, il arrive qu’une personne apporte un carnet, une lettre brouillon, une liste faite à trois heures du matin, et que ce bout de papier devienne le premier endroit où l’on peut regarder ce qui fait mal sans que cela déborde. Pour ceux qui ont traversé des événements violents, l’EMDR travaille autrement, par le souvenir et le mouvement des yeux, comme le décrit la page psychanalyse et EMDR ; les deux approches ne s’excluent pas.
Vous avez reçu un nom avant de savoir dire « je ». D’autres ont décidé d’un prénom pour vous, vous avez hérité d’un nom de famille, et plus tard, des camarades de classe vous ont peut-être collé un surnom. Dans Le Nom propre (PUF, 2013), Pommier suit ces trois sortes de noms : leur histoire, leurs fonctions dans la langue, ce qu’ils font dans la vie psychique.
Le livre s’intéresse aussi aux moments où le nom vacille. Il examine les identifications que l’on noue à son nom, la différence entre s’identifier à son nom et s’identifier à son symptôme, et l’amnésie d’identité, ce trouble rare où quelqu’un ne sait plus qui il est. Un chapitre relie le tabou du nom aux débuts de l’écriture, ce qui ramène à ce que nous venons de voir : celui qui écrit signe, et celui qui signe répond de son nom.
En séance, on entend vite ce que fait un nom. On peut porter le prénom d’un frère mort avant sa naissance, être « la petite » à cinquante ans, ou sentir sa main hésiter en écrivant son nom sur un formulaire. Autant de scènes ordinaires où quelque chose de l’histoire familiale s’est logé dans une syllabe.
Léa, vingt-neuf ans, consulte parce qu’elle n’arrive pas à signer son nouveau contrat de travail. Elle rit : « C’est idiot, ce n’est que ma signature. » En parlant, elle se rappelle qu’à l’école on l’appelait par le nom de son père, qu’elle a longtemps écrasé son prénom pour le rendre illisible, et que sa grand-mère, qui portait le même, l’écrivait toujours avec un soin immense. Quelques séances plus tard, elle apporte un petit carnet où elle s’est entraînée, lentement, à écrire son prénom en entier.
Quel livre de Pommier ouvrir en premier ? Cela dépend de la question qui vous occupe. Voici trois propositions, en trois onglets.
Pommier s’appuie sur la bisexualité psychique, une idée que l’on trouve chez Freud : chacun porte en lui des positions masculines et féminines, quelle que soit son anatomie. Son livre soutient que le choix d’un genre ne suit pas l’anatomie, et que chaque personne se détermine en refoulant l’autre genre, qui reste le lieu d’une attirance et d’un conflit. De ce conflit naît une « guerre des sexes » dont les péripéties entretiennent le désir. Il explore ensuite le fantasme, le désir et la perversion comme rouages d’une « machinerie sexuelle », avant d’aborder la question de l’orgasme, dont l’analyse montre selon lui une dimension politique. Le livre a été traduit en anglais. Pour replacer ces idées, voyez notre page psychanalyse et sexualité.
Le titre est une image : des anges sur la terre, des corps devenus légers. Pommier y décrit une époque où les grands idéaux collectifs et l’autorité des religions du père perdent de leur force, et où le corps, que l’on réduit volontiers à un ensemble d’organes et de fonctions, devient à la fois une préoccupation et une idole. On le perce, on le marque, on le soigne, on le montre, comme si l’on voulait lui rendre une consistance que les anciens récits lui donnaient. Le livre a été traduit en espagnol en 2002. C’est une bonne porte d’entrée pour qui s’intéresse à ce que la vie d’aujourd’hui fait à notre rapport au corps et au père.
Un livre à deux voix, avec Patrick Landman, lui aussi psychiatre et psychanalyste, sur l’un des mots les plus célèbres de Freud. Le refoulement, c’est le mouvement par lequel une idée insupportable est tenue à l’écart de la conscience sans pour autant cesser d’agir : elle revient dans un rêve, un lapsus, un symptôme. Les deux auteurs reviennent sur la raison d’être de ce mécanisme et sur la manière dont il opère. Vous retrouverez l’auteur en lisant la page consacrée à Landman, et le mécanisme en action dans rêves, lapsus et actes manqués.
En 2004, Pommier publie chez Flammarion un livre au titre volontairement frappant : Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse. Il est tiré de son habilitation à diriger des recherches, soutenue en 2003, et sera repris en poche, dans la collection Champs, en 2007. Le pari tient dans le titre : au lieu de faire de la psychanalyse et des neurosciences deux adversaires, il cherche ce que les découvertes sur le cerveau disent de ce que Freud avait pressenti. Rappelons que Freud était neurologue de formation, et qu’il avait rédigé en 1895 une Esquisse d’une psychologie scientifique, laissée de côté puis publiée après sa mort.
Dans un article de 2007 pour le Journal des psychologues, « On ne peut pas se chatouiller tout seul », Pommier rappelle qu’un être humain dépérit sans le langage et sans la mélodie de la voix qui l’accompagne, et il relie ce constat à ce que les neurosciences décrivent du développement du cerveau. L’image du titre sert à dire qu’il faut un autre pour que la sensation ait son effet. Les neurosciences l’expliquent à leur manière : le cerveau prévoit les sensations de nos propres gestes et en atténue l’effet.
Retournez les trois cartes pour voir où vous en êtes.
Pour situer un auteur, il est utile de savoir avec qui il dialogue. Voici les repères de ce guide qui entourent Pommier.
Freud est le point de départ de tout : le refoulement, le transfert, l’inconscient sont des mots à lui, que Pommier reprend et déplace. Lacan est le maître direct, celui dont il a suivi l’enseignement et dont le nom figure dans le titre de sa revue. Dolto, enfin, a supervisé son travail : son portrait montre une tout autre façon de pratiquer, par la parole vraie dite aux enfants.
Charles Melman (1931-2022) est l’autre grande figure de cette génération lacanienne : il a fondé l’Association lacanienne internationale, tandis que Pommier rejoignait Espace analytique et cofondait la Fondation européenne pour la psychanalyse. Deux itinéraires parallèles, nés du même maître, que vous pouvez comparer en lisant la page Melman. Patrick Landman, son coauteur sur le refoulement, a la sienne aussi.
Quant aux élèves, Silvia Lippi écrit dans son hommage que Pommier a formé un grand nombre de psychanalystes. Elle compte elle-même parmi eux, et son texte a nourri cette page.
Lire Pommier donne envie d’écouter quatre choses de plus près, que l’on retrouve dans bien des séances.
L’écoute analytique s’associe, selon la personne, à l’EMDR et aux outils de la TCC : c’est le principe du cabinet intégratif, et rien n’oblige à choisir une seule voie. Le premier rendez-vous est sans engagement, en cabinet ou en téléconsultation. Pourquoi un cabinet intégratif
Sept questions pour regarder ce que vous savez de votre nom : celui que vous portez et celui que l’on vous donne. Il n’y a ni bonne ni mauvaise réponse, seulement des endroits où l’on a peut-être envie d’aller voir.
Sept questions, une réponse expliquée à chaque fois. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Un psychiatre et psychanalyste français, né à Marseille le 17 août 1941 et mort à Paris le 1er août 2023. Il a été l’élève de Lacan, professeur de psychopathologie à l’université, directeur de la revue La Clinique lacanienne et cofondateur de la Fondation européenne pour la psychanalyse. Il a publié de nombreux livres sur la psychose, la féminité, le transfert, l’écriture, le corps, la sexualité et les neurosciences.
Cela dépend de la question qui vous occupe. Pour l’amour et la sexualité, Que veut dire « faire l’amour » ? ; pour l’écriture, Naissance et renaissance de l’écriture ; pour le nom, Le Nom propre ; pour mieux connaître Lacan à travers un élève, Mon aventure avec Lacan, ses souvenirs publiés en 2022 chez Galilée.
Il a été l’élève de Lacan et a fait une partie de son chemin d’analysant avec lui ; sa revue porte le nom de La Clinique lacanienne. Il a aussi cherché sa propre langue, personnelle et peu jargonnante, et il a abordé des sujets très divers, de la culture aux neurosciences. On peut dire qu’il prolonge Lacan en inventant à partir de lui.
Dans Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse (2004), il soutient que ce que les chercheurs découvrent du cerveau rejoint ce que Freud avait pressenti. Dans un article de 2007, il rappelle notamment qu’un être humain dépérit sans le langage et sa mélodie, et il relie ce constat au développement du cerveau.
C’est le nom que l’on reçoit avant de parler, prénom, nom de famille ou surnom, et qui nous désigne aux yeux des autres. En psychanalyse, on s’intéresse à ce qu’il porte d’histoire familiale et à la manière dont on s’y identifie. Pommier y a consacré un livre, Le Nom propre (PUF, 2013).
Pour beaucoup de personnes, écrire met de la distance avec ce qui fait mal : on voit sa pensée en dehors de soi, on peut la relire, la transformer. Dans les cas de psychose, Pommier parle de l’écriture comme d’une solution possible. Elle ne remplace pas un accompagnement, mais elle peut en être une pièce utile.
Non. Gérard Pommier est mort à Paris le 1er août 2023. Ses livres, traduits en plusieurs langues, lui survivent, comme la revue La Clinique lacanienne, qu’il avait créée en 1996.
Un nom qui pèse, des mots qui manquent, un corps qui parle à votre place, une histoire d’amour qui se répète : un premier rendez-vous permet de poser la question, à votre rythme et sans engagement. Nous recevons au cabinet, ou en téléconsultation.
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La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.