Juan-David Nasio : la douleur d’aimer, l’Œdipe, l’hystérie et Lacan expliqué
En 1969, un jeune médecin argentin s’installe à Paris pour suivre l’enseignement de Jacques Lacan. Juan-David Nasio y est devenu l’un des passeurs les plus lus de la psychanalyse : des livres qui expliquent la castration, l’Œdipe, l’hystérie ou la répétition à des lecteurs qui n’ont jamais approché un divan, et tout un livre consacré à la douleur d’aimer. Cette page raconte son parcours, ouvre ses sept concepts cruciaux et se termine par un quiz.
1969installation en France pour suivre l’enseignement de Lacan
7 conceptscruciaux, dans son livre de 1988
30 ansd’enseignement à l’université Paris-VII
Pourquoi on le lit
Parce qu’il parle clair. Lacan a la réputation d’un auteur difficile, et elle n’est pas usurpée : phrases en spirale, algèbre, nœuds, jeux de mots. Nasio a fait de la traversée de ce paysage un métier à part entière, celui de passeur. Son éditeur présente les Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan comme une introduction claire et rigoureuse, qui s’adresse d’abord à celui qui aborde cette pensée pour la première fois, à travers des exemples cliniques et dans un style dialogué. Quant aux sept concepts cruciaux, ils sont offerts, toujours selon l’éditeur, comme un outil maniable pour le praticien et pour le lecteur non analyste : psychologue, médecin, juge, éducateur, soignant.
On le lit aussi pour sa façon de se mettre en scène sans se mettre en avant. Dans Un psychanalyste sur le divan, il s’allonge, le temps d’un livre, pour parler de sa vocation, de ses doutes et de ses convictions. Dans Oui, la psychanalyse guérit !, il soutient qu’un psychanalyste soigne par ce qu’il sait, ce qu’il dit et ce qu’il fait, mais surtout par ce qu’il est, et même par ce qu’il est à son insu. Cela donne à ses pages un ton de conversation, et aux notions les plus abstraites un visage.
Au cabinet
Une séparation, un deuil, un amour qui s’achève, une adolescence qui se complique : nous écoutons chaque personne dans son histoire, au cabinet ou en téléconsultation, et le premier rendez-vous se fait sans engagement. L’écoute analytique s’associe, selon la personne, à l’EMDR et aux outils de la TCC. Pourquoi un cabinet intégratif
Une vie en quatorze dates
Un médecin venu d’Argentine, devenu enseignant, auteur, puis voix de radio : une trajectoire que les catalogues de bibliothèque rendent presque lisible, livre après livre.
1942Naissance à Rosario, en Argentine. Études de médecine à l’université de Buenos Aires, puis internat de psychiatrie à l’hôpital de Lanús, dans la banlieue de la capitale.
1969Il s’installe en France pour suivre l’enseignement de Jacques Lacan. Il corrige la traduction espagnole des Écrits.
1971Début de son enseignement à l’université Paris-VII, qui durera trente ans.
1979Le 15 mai, il donne une conférence au séminaire de Lacan ; elle sera publiée à la suite de ses Cinq leçons. À la fin des années 1970, il anime aussi un séminaire à l’École freudienne de Paris, l’école de Lacan, jusqu’à sa dissolution en 1980.
1986Il fonde les Séminaires psychanalytiques de Paris.
1987Trois livres : Les Yeux de Laure (Aubier), sur l’objet a de Lacan ; L’Enfant du miroir, entretiens avec Françoise Dolto (Rivages) ; Le Silence en psychanalyse, ouvrage collectif qu’il dirige.
1988Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse (Rivages), repris ensuite chez Payot.
1990L’Hystérie ou l’Enfant magnifique de la psychanalyse (Rivages).
1992Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan (Rivages).
1996Le Livre de la douleur et de l’amour (Payot). La Douleur d’aimer paraîtra en 2005, La Douleur physique en 2006.
2005L’Œdipe, le concept le plus crucial de la psychanalyse (Payot).
2012L’inconscient, c’est la répétition ! (Payot). La même année, les universités de Buenos Aires et de Tucumán lui décernent un doctorat honoris causa.
2021Tout le monde peut-il tomber en dépression ? (Payot).
2022Il anime sur France Inter le podcast L’inconscient, où il raconte des histoires de patients, jusqu’en 2024.
Dates
né en 1942 à Rosario (Argentine)
Métiers
psychiatre, psychanalyste, enseignant, auteur et voix de radio
Œuvres clés
Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse (1988), L’Hystérie ou l’Enfant magnifique de la psychanalyse (1990), Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan (1992), Le Livre de la douleur et de l’amour (1996), L’Œdipe (2005), Tout le monde peut-il tomber en dépression ? (2021)
il explique Lacan avec des exemples cliniques et un ton de conversation
Quitter son pays pour entendre un homme est un geste que bien des analystes reconnaissent : la psychanalyse se transmet aussi de vive voix, de personne à personne. Les livres de Nasio en gardent la trace. Les Cinq leçons sont de vraies leçons ; L’Enfant du miroir est un livre d’entretiens ; Un psychanalyste sur le divan, dans son édition de 2009, naît d’un entretien recueilli par Xavier Diaz ; Dix histoires de vie, de souffrance et d’amour vient de la radio.
Plusieurs universités ont salué ce travail de transmission : un doctorat honoris causa à Buenos Aires et à Tucumán en 2012, à l’Université autonome de l’État de Mexico en 2015, à Rosario en 2016, à la Southern Connecticut State University en 2017. La France l’a nommé officier de la Légion d’honneur en 2025.
Les sept concepts cruciaux
En 1988, Nasio publie Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse. Son éditeur en donne la liste : la castration, la forclusion, le narcissisme, le phallus, le surmoi, l’identification, la sublimation. Le livre, déjà traduit dans une dizaine de langues, se veut un outil de travail pour le praticien et une porte d’entrée pour le lecteur qui n’est pas analyste. Voici chaque concept en quelques lignes, dans nos mots, comme on l’explique à quelqu’un qui n’a lu ni Freud ni Lacan. Choisissez un onglet.
La castration : accepter une limite
Le mot effraie, et l’idée est beaucoup moins sanglante qu’il n’y paraît. Chez Freud, le complexe de castration naît quand l’enfant découvre la différence des sexes et imagine que l’on peut perdre ce que l’on a. Chez Lacan, la castration devient une opération symbolique : accepter de ne pas être tout pour l’autre, ni de pouvoir tout, et reconnaître qu’une loi, un interdit, organise le désir au lieu de l’écraser. Un enfant à qui l’on dit non, et qui continue d’être aimé, fait très concrètement cette expérience.
La forclusion : ce qui n’a jamais été inscrit
C’est le mot que Lacan choisit pour traduire le Verwerfung de Freud, un rejet bien plus radical que le refoulement. Un élément fondamental, le Nom-du-Père, c’est-à-dire ce qui, dans le langage, inscrit la loi et la place du père, n’aurait jamais été intégré au monde symbolique du sujet. Lacan y voit le mécanisme propre à la psychose : ce qui est forclos, au lieu de revenir de l’intérieur comme le refoulé, fait retour de l’extérieur, dans le réel : une voix que l’on entend, une certitude délirante. Dans Les Yeux de Laure (édition de 2009), Nasio propose une « forclusion locale » : dans tel domaine sensible de la vie (argent, sexe, maladie, divorce, enfants), une personne par ailleurs cohérente peut, forte de sa certitude, devenir localement folle, le temps d’un micro-délire passager.
Le narcissisme : s’aimer pour tenir debout
En 1914, dans Pour introduire le narcissisme, Freud décrit l’amour que le moi se porte à lui-même, et montre qu’un minimum en est vital : sans lui, pas de sentiment d’exister, pas d’estime de soi. Lacan ajoute que le moi se construit sur une image, celle que le petit enfant reconnaît dans le miroir. Le narcissisme n’est donc pas d’abord un défaut de caractère, mais le socle sur lequel on s’appuie, et qui se fissure quand une humiliation ou une perte le touche.
Le phallus : ce qui manque à tous
Rien à voir avec l’organe. Chez Lacan, le phallus est un signifiant, le symbole du désir et du manque. L’enfant se demande ce que désire sa mère au-delà de lui, et il lui arrive de se rêver comme la réponse ; la castration lui apprend qu’il ne l’est pas, et que personne ne possède vraiment ce que l’autre désire. C’est l’un des concepts les plus déroutants de Lacan, et l’un de ceux qu’un bon exemple éclaire le mieux.
Le surmoi : la voix qui juge
C’est dans Le Moi et le Ça, en 1923, que Freud lui donne son nom : l’autorité des parents, intériorisée, devient une instance qui observe, juge, interdit et culpabilise. Elle fonde la conscience morale, mais elle peut aussi tourmenter : on connaît des personnes très scrupuleuses à qui personne ne reproche rien, sauf une voix intérieure. Freud relève dans Le Malaise dans la culture (1930) un paradoxe cruel : plus on renonce, plus le surmoi se montre sévère.
L’identification : devenir un peu l’autre
Prendre à quelqu’un un trait, une manière de parler, un geste, un idéal, et le faire sien. Freud montre que le moi lui-même est fait de ces emprunts successifs, à commencer par ceux des parents. Les identifications peuvent porter (on grandit en ressemblant à quelqu’un que l’on admire) ou encombrer (on se surprend un jour à dire à son enfant, mot pour mot, la phrase que l’on détestait entendre). Une grande part du travail analytique consiste à reconnaître d’où viennent ces emprunts.
La sublimation : donner une autre issue
Pour Freud, une pulsion peut renoncer à son but direct et trouver une issue valorisée : création, recherche, travail, jeu. Le peintre devant son chevalet, la chercheuse dans son laboratoire, le cuisinier devant ses fourneaux. Nasio y revient dans Art et psychanalyse (2014), où il invite à ressentir ce que le peintre Félix Vallotton, le danseur Marcello Bortoluzzi ou la Callas ont éprouvé en créant. La sublimation n’est pas une punition : c’est l’un des destins possibles de nos élans.
Pour pousser plus loin, la page Les concepts clés du guide donne les notions voisines : inconscient, pulsion, transfert, refoulement.
La douleur d’aimer
C’est l’un de ses thèmes de prédilection : il y consacre au moins trois livres, Le Livre de la douleur et de l’amour (1996), La Douleur d’aimer (2005) et La Douleur physique (2006). Tous partent d’une question simple et vertigineuse : qu’est-ce que la douleur psychique ? La réponse que l’éditeur met en quatrième de couverture tient en une phrase : c’est l’affect qui résulte de la rupture brutale du lien qui nous rattache à l’être ou à la chose aimés.
Dans La Douleur physique, il rapproche les deux douleurs : la physique naît de la perte brutale de notre intégrité corporelle, la psychique de la perte brutale de l’être que nous aimons. Il ajoute que la douleur jalonne notre vie, comme si nous mûrissions « à coup de douleurs successives ». La douleur du corps a d’abord des causes dans le corps, que la médecine regarde ; Nasio s’intéresse à ce que la douleur fait vivre à celui qui la traverse.
On peut lire ces pages à côté de Deuil et mélancolie, le texte que Freud écrit en 1915 et publie en 1917. Le deuil y est décrit comme un travail, long, qui consiste à revisiter un à un les souvenirs et les attentes liés à celui qui n’est plus, jusqu’à pouvoir s’en détacher. Faites glisser le curseur pour suivre le fil de la douleur d’aimer, du lien à l’après.
le lienla douleurl’après
Les étapes se chevauchent, reviennent, se contredisent : chacun traverse la sienne à son rythme.
Hystérie et Œdipe : deux livres de clinique
L’hystérie, enfant magnifique de la psychanalyse
Dans la langue courante, « hystérique » veut dire qu’on en fait trop. En clinique, le mot désigne tout autre chose, et son histoire est celle de la psychanalyse elle-même. À la fin du XIXe siècle, Charcot présente à la Salpêtrière des patientes dont les paralysies et les crises n’ont pas de cause dans le corps. Freud suit ses leçons à Paris en 1885-1886, puis signe avec Josef Breuer, en 1895, les Études sur l’hystérie. De ces malades qui parlaient, la psychanalyse est née : le titre de Nasio, L’Hystérie ou l’Enfant magnifique de la psychanalyse (1990), rappelle cette filiation.
Repris en poche en 2019, le livre pose, d’après son éditeur, des questions très concrètes : comment devient-on hystérique, et comment guérit-on ? De quelles souffrances la vie sexuelle est-elle touchée ? Pourquoi les relations entre hommes et femmes tournent-elles si vite à l’épreuve de force, où le pouvoir décide de l’amour, de la haine et du désir ? Lacan, de son côté, voit dans l’hystérie une position que l’on peut occuper sans être malade : celle de la personne qui interroge le savoir de l’autre, médecin, maître ou partenaire, et le met à l’épreuve. La page Lacan sans jargon montre comment ses quatre discours tournent autour de cette idée.
L’Œdipe pour tous les enfants
En 2005, Nasio consacre un livre entier à ce qu’il appelle le concept le plus crucial de la psychanalyse. Son point de départ : la légende d’Œdipe, le héros de Sophocle qui tue son père et épouse sa mère sans le savoir, raconte l’origine de notre identité sexuelle d’homme ou de femme et, au-delà, de nos souffrances névrotiques. Elle concerne tous les enfants, qu’ils grandissent dans une famille classique, monoparentale, recomposée ou homoparentale, et même ceux qui sont abandonnés, orphelins, adoptés par la société.
Aucun enfant n’y échappe, explique-t-il, parce que tout enfant de quatre ans, fille ou garçon, est traversé par un torrent de pulsions érotiques dont les adultes proches deviennent la cible, et qu’ils ont à endiguer. Cette lecture a l’intérêt de dédramatiser : l’Œdipe n’est pas une affaire de famille « normale » ou non, c’est une affaire d’enfance. Pour les parents, elle donne une consigne simple et peu glorieuse : supporter d’être, quelque temps, la cible des élans de son enfant, sans s’en offusquer ni y répondre, et poser une limite avec tendresse. Dolto parlait d’un interdit dit avec des mots, et la page consacrée à Françoise Dolto détaille cette idée. Le versant freudien est détaillé dans la page Freud, le versant sexuel dans psychanalyse et sexualité.
Le corps et ses deux images
Le matin, devant le miroir, vous voyez un visage reposé, et vous sentez un corps lourd. C’est ainsi que s’ouvre la présentation de Mon corps et ses images (2006) : nous avons deux images de notre corps, celle du corps que nous voyons et celle du corps que nous sentons du dedans.
Le corps vu
L’image du miroir, des photos, du regard des autres. Elle se fabrique tôt, dans le regard de l’entourage. Lacan la place au centre du stade du miroir (texte de 1949, repris dans les Écrits) : l’enfant se reconnaît dans une image qui l’unifie avant que son corps ne soit vraiment maîtrisé.
Le corps senti
Les sensations de l’intérieur : la tension, la fatigue, la faim, le cœur qui s’emballe. Cette image-là ne se voit pas, elle se vit. Il arrive qu’elles s’accordent mal, et l’on dit alors : « je ne me reconnais pas ».
Ce thème rapproche Nasio de plusieurs auteurs du guide. Avec Françoise Dolto, il a signé L’Enfant du miroir (1987) ; Dolto distinguait, elle, le schéma corporel, le même pour tous, et l’image inconsciente du corps, propre à chacun, trace de toute l’histoire vécue dans le corps. Du côté de Didier Anzieu et de son Moi-peau (1985), on retrouve l’idée que le moi s’édifie d’abord sur des sensations corporelles. Et chez Lacan, le miroir fait du moi une image avant d’en faire une personne. Trois voix, un même fil : le corps n’est jamais seulement un organisme. Pour le contexte, voyez Dolto et Lacan.
Il existe un exercice qui ne coûte rien : se regarder dans un miroir en se demandant, sans rire, si l’on se reconnaît bien. La plupart des gens répondent « à peu près », ce qui est exactement la bonne réponse.
« Je répète, donc je suis »
Pourquoi refaire les mêmes choix amoureux, retomber dans les mêmes conflits, échouer devant le même genre d’épreuve ? Nasio y a consacré L’inconscient, c’est la répétition ! (2012), repris en poche en 2021 sous le titre Pourquoi répétons-nous toujours les mêmes erreurs ? Son éditeur résume le propos d’une formule : « Je répète, donc je suis ! » Notre vie bat au rythme d’une répétition que l’inconscient nous impose.
Cette répétition est positive, dit-il, quand elle nous permet d’apprendre, de créer et de nous affirmer toujours davantage. Elle devient pathologique quand elle nous fait rejouer à notre insu des traumatismes de l’enfance, multiplier les ruptures amoureuses ou échouer de façon répétée devant les mêmes épreuves.
Freud avait ouvert la voie. En 1914, dans Remémoration, répétition et élaboration, il remarque que le patient, au lieu de se rappeler, rejoue : il met en actes son passé, y compris avec son analyste. En 1920, dans Au-delà du principe de plaisir, il observe le jeu de la bobine de son petit-fils, un enfant d’un an et demi qui fait disparaître puis revenir un jouet en scandant fort, da : il rejoue l’absence de sa mère pour la maîtriser. La page Freud raconte cette scène en détail ; retenons que la répétition fait déjà ce qu’elle fera toute une vie : transformer une perte subie en un jeu que l’on conduit soi-même.
Trois affirmations à retourner, pour voir si vous les croyez.
La question qui reste est celle de la sortie, et les cliniciens savent qu’elle prend du temps. La page Difficultés relationnelles : les répétitions en prolonge les exemples, côté couple, famille et travail.
Dépression, adolescents, récits de cure
Une part de ses livres s’adresse à des questions très quotidiennes. En voici trois, parmi d’autres.
La dépression, une désillusion
En 2021, Nasio répond non à la question de son titre, Tout le monde peut-il tomber en dépression ? Sa thèse : se déprime la personne que l’enfance a rendue si fragile et si dépendante d’un être aimé qu’en le perdant elle perd l’illusion d’une sécurité absolue. La dépression est alors avant tout une désillusion. Notre dossier Dépression en décrit les formes et les causes.
Un adolescent en crise
Dans Comment agir avec un adolescent en crise ? (2010), il décrit son but face à un jeune en difficulté : qu’il se sente accueilli tel qu’il est, sans être jugé. Il note que l’adolescent se parle souvent à lui-même avec mépris, en se dénigrant, et voit dans la cure un moyen d’apprendre à se parler autrement.
L’amour, la haine, l’amitié
Un psychanalyste sur le divan (2002) pose des questions de salon : peut-on encore croire à l’amour quand tant de couples se défont ? Comment apprivoiser la haine ? Comment parler vrai aux enfants ? Qu’est-ce qu’un ami véritable ? Les réponses passent par des histoires de patients qui ont un prénom, Joël, Florent, Léa.
Raconter la cure : la radio et les récits
Depuis 2022, Nasio raconte aussi des histoires de patients à la radio. Le podcast L’inconscient, sur France Inter, dure jusqu’en 2024 ; dix de ces récits forment Dix histoires de vie, de souffrance et d’amour (Gallimard et France Inter, 2023) ; d’autres, racontés pendant la saison 2022-2023, composent Clara, le bébé qui revient à la vie (Payot, 2024), dont l’éditeur annonce des histoires vraies, du retour à la vie d’un bébé déprimé à la belle vitalité de l’adolescent que nous avons été.
Le récit de cure est un genre ancien. Freud a raconté Dora (1905), le petit Hans (1909), l’Homme aux loups (1918) ; Dolto a publié Le Cas Dominique (1971). On raconte pour transmettre, et pour prouver que ce qui se passe entre deux personnes dans un bureau se laisse penser. La règle du genre, depuis Freud, est de transformer tout ce qui permettrait de reconnaître quelqu’un. Nasio y ajoute la voix, c’est-à-dire la chaleur d’une conversation.
Autour de lui : maîtres et compagnons
Nasio a fait des grands noms de la psychanalyse son sujet d’étude. En 1994, il dirige un ouvrage collectif, Introduction aux œuvres de Freud, Ferenczi, Groddeck, Klein, Winnicott, Dolto, Lacan. En 1998, il remanie et augmente le chapitre consacré à Freud dans Le Plaisir de lire Freud, construit, selon son éditeur, en trois temps : une synthèse de la pensée de Freud, une sélection de ses citations essentielles et une biographie résumée sous forme de tableau. En 2000, il dirige Les Grands Cas de psychose, qui réunit, selon son éditeur, les commentaires des plus célèbres cas de psychose légués par les grands maîtres de la psychanalyse : pour chaque cas, la vie du patient, le déroulement de la cure et l’importance du cas pour la théorie.
En 2005, Le Fantasme porte en sous-titre Le plaisir de lire Lacan. L’éditeur y définit le fantasme par une image, celle d’un petit roman de poche que l’on emporte partout avec soi et que l’on peut ouvrir au café, dans le train, parfois dans un rapport amoureux, sans que personne n’y voie rien.
Freud
Le Plaisir de lire Freud, les sept concepts, Deuil et mélancolie, la répétition : Freud est le terreau de presque tous ses livres. La page Freud
Lacan
Le maître : un voyage en 1969, un séminaire en 1979, cinq leçons, une introduction à la topologie, Les Yeux de Laure sur l’objet a. Lacan sans jargon
Dolto
L’Enfant du miroir (1987) : Dolto y dialogue avec Nasio sur le rôle du miroir dans la vie d’un enfant, sur la mélancolie, sur ce qu’est un dessin d’enfant. La page Dolto
Klein et Winnicott
Deux voix de la psychanalyse d’enfants, présentées dans l’Introduction de 1994, aux côtés de Ferenczi et de Groddeck. Melanie Klein et Winnicott
Landman
Psychiatre et psychanalyste lui aussi, il écrit pour le grand public, mais sur la tristesse, l’attention et le refoulement. La page Landman
Dans le guide
De part et d’autre de cette page, Charles Melman, psychiatre et psychanalyste élève de Lacan, et Daniel Widlöcher, qui a présidé l’Association psychanalytique internationale, ouvrent deux autres chemins dans la psychanalyse du XXe siècle.
Par quelle porte entrer dans ses livres ?
Six questions, un résultat en barres : le genre de lecture qui vous ressemble le plus. C’est un jeu, qui oriente vers une page du guide.
Quiz : connaissez-vous Nasio ?
Sept questions, une réponse expliquée à chaque fois. Rien n’est enregistré ni envoyé.
Questions fréquentes
Par quel livre de Nasio commencer ?
Cela dépend de ce que vous cherchez. Pour entrer chez Lacan, les Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan. Pour un vocabulaire de base, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse. Pour la perte et le deuil, La Douleur d’aimer. Pour la famille, Comment agir avec un adolescent en crise ? ou Un psychanalyste sur le divan. Pour les histoires vraies, Dix histoires de vie, de souffrance et d’amour.
Nasio est-il lacanien ?
Il est venu en France en 1969 pour suivre l’enseignement de Lacan, il a corrigé la traduction espagnole des Écrits, il a donné une conférence au séminaire de Lacan en 1979 et tenu un séminaire à l’École freudienne de Paris. Il a fondé en 1986 les Séminaires psychanalytiques de Paris. Ses livres expliquent surtout Freud et Lacan, avec de nombreux exemples cliniques.
Peut-on le lire sans rien connaître de Lacan ?
Oui, c’est précisément le propos de ses livres d’introduction : les Cinq leçons s’adressent d’abord à celui qui aborde Lacan pour la première fois, et les sept concepts sont expliqués pour le lecteur qui n’est pas analyste.
La douleur psychique ressemble-t-elle à la douleur physique ?
Nasio les rapproche : dans les deux cas, c’est une perte brutale qui est en jeu, celle de l’intégrité du corps pour la douleur physique, celle de l’être aimé pour la douleur psychique. Dans les deux cas, écrit-il, nous franchissons le seuil d’une épreuve décisive.
Tout enfant traverse-t-il l’Œdipe ?
Pour Nasio, oui : aucun enfant n’y échappe, quelle que soit la forme de sa famille, parce que tout enfant de quatre ans est traversé par des pulsions érotiques dont les adultes proches deviennent la cible. La page Freud détaille l’origine du concept.
Qu’est-ce que la forclusion, en deux mots ?
C’est le mot de Lacan pour un rejet radical, plus profond que le refoulement : un élément fondamental, le Nom-du-Père, n’aurait jamais été inscrit dans le monde symbolique du sujet. Lacan en fait le mécanisme propre à la psychose.
Un amour qui s’achève, un deuil qui s’éternise, un adolescent qui se renferme, une répétition dont on aimerait sortir : un premier rendez-vous permet d’en parler, à votre rythme, sans engagement. Nous recevons au cabinet, ou en téléconsultation.
La « loi de l’instrument », formulée par Abraham Kaplan en 1964 puis reprise par Abraham Maslow dans The Psychology of Science: A Reconnaissance (1966), rappelle qu’« il est tentant, si le seul outil dont on dispose est un marteau, de traiter tout comme si c’était un clou ».
En psychologie, une méthode ne peut pas répondre à toutes les situations. Forts de plusieurs décennies de pratique et de formations complémentaires, nous mobilisons de nombreux outils, choisis avec discernement, afin d’identifier rapidement les leviers les plus efficaces. Nous proposons ainsi un accompagnement aussi bref qu’efficace, tout en sachant accompagner aussi bien les suivis prolongés que le besoin d’un espace de parole régulier.